Rockomotives - interview

19/10/2011, par | Interviews |
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Ce n'est pas le plus connu ni le plus gros des festivals français, il n'a pas lieu l'été, et à Vendôme il n'y a pas la mer. Mais les Rockomotives (du 22 au 31 octobre), qui fêtent cette année leurs 20 ans, ont d'autres atouts : une taille modeste, garantie d'une proximité entre les artistes et le public ; des lieux de concerts atypiques, telle la chapelle Saint-Jacques ; et surtout une programmation toujours impeccable, où quelques têtes d'affiche bien choisies voisinent avec des découvertes excitantes.

Cette année, en vrac : The Dø, The Luyas, Mondkopf, Karkwa, Wild Beasts, Xavier Plumas, Thomas Belhom, dEus, Chokebore, Bonnie "Prince" Billy, John Cale, Yann Tiersen, et un Diabologum fraîchement reformé pour ce qui constitue pour l'instant leur seule date annoncée. D'où l'envie de poser quelques questions à Richard Gauvin, directeur et programmateur des "Rockos".

 Wild Beasts - Rockomotives

Qu'est-ce qui vous a donné envie de créer les Rockomotives ? Quelles sont pour vous les grandes dates de son évolution ?
Le créateur du festival est "la Ville de Vendôme" en 1992… Il y avait surtout au départ une certaine envie de répondre à des attentes locales. A ses débuts, les Rockomotives étaient la manifestation d'une politique en direction de la "jeunesse" vendômoise. Très vite, l'aspect culturel est devenu central au sein du festival. En 1997, la première évolution a été de passer d'une salle de 300 à une salle de 1 000 places, avec tout ce que ça peut avoir comme conséquences, c'est-à-dire plus d'artistes et de possibilités techniques. Depuis, une chapelle de 300 places (devenue un lieu mythique pour certains artistes) est également utilisée, des concerts chez l'habitant…

Diabologum avait déjà joué en 1997. C'était un rêve de les faire revenir ? Comment ça s'est fait ?
Un rêve : non ; une nécessité : oui. Je pense qu'aujourd'hui, ce groupe a son mot à dire dans le paysage musical et sociétal de notre pays. Un exemple pour beaucoup, loin de la hype, du buzz… Diabologum est devenu une référence pour beaucoup d'artistes et de mélomanes, à raison ! C'est le genre d'artistes qui ne vend pas énormément de disques mais qui marque l'histoire de la musique… C'est en général plutôt bon signe.

Des artistes comme Dominique A, Yann Tiersen ou Xavier Plumas sont venus plusieurs fois. Vous avez établi des liens forts avec certains ?
Le festival a la réputation d'être accueillant (60 bénévoles s'y emploient), les artistes le sentent certainement et des relations particulières peuvent se tisser. Nous sommes des adeptes du "non aux barrières Vauban pour dégager les spectateurs sur le dernier coup de batterie du dernier concert de la soirée"… et surtout pas de bars VIP (même pour Katerine !). En fait, les artistes (intelligents) se sentent à mon avis plus respectés lorsqu'ils sont accueillis comme des gens "normaux". Donc oui, certains liens sont très forts.

Diabologum - Rockomotives

Sur ces 20 ans, quels sont les concerts, les moments, les rencontres qui vous ont le plus marqués ?
J'aime les surprises, les décalages… L'année passée, certains proches de notre association (bénévoles…) me chambraient : « Oh non, pas Gaétan Roussel ! » Finalement, ces mêmes personnes ont trouvé que lui et toute son équipe avaient été parmi les gens les plus cool à avoir été accueillis aux Rockomotives. Sinon, les Olivier Mellano, Laetitia Sheriff & Co sont des alliés du festival, ils ont compris le sens de cet événement.

En ce qui concerne les concerts : La Chair des Anges, 16 Horsepower, Caribou, 22 Pistepirkko, Clues, GaBlé, Dead Man Ray, Fuck Buttons, Le Loup…  

On a l'impression que les Rockomotives, comme la Route du rock à une tout autre échelle, restent un festival "de fans". Avez-vous été tentés à un moment de programmer de plus grosses têtes d'affiche pour attirer plus de public (il y en a eu quelques-uns d'ailleurs, comme Alain Bashung), ou tenez-vous à rester un festival de taille relativement modeste ?
A titre personnel, je tiens à ce que le festival reste relativement modeste. Nous sommes dans une petite ville de 25 000 habitants et le potentiel est tout de même inférieur à une métropole comme Tours ou Orléans. Ceci dit, les grosses "têtes d'affiches" ne me font pas peur du tout. Hors ou dans le festival, nous avons en effet accueilli Bashung, et aussi Julien Doré, Camelia Jordana, Camille, Louise Attaque, Suzanne Vega… Et nous avons eu affaire, la plupart du temps, à des gens vraiment chouettes, et moins aigris que certains venus de milieux dits "underground". Je n'opposerai jamais entre eux des styles, des modes de fonctionnements… Mettre des artistes dans des cases me fout réellement la gerbe. L'artiste "non fréquentable" parce que "passé sur telle radio" ou mis en avant par telle presse : non merci. Il faut prendre exemple sur le Québec, où le public passe facilement de Clues à Cœur de Pirate, de Godspeed à Pierre Lapointe sans avoir l'impression de trahir sa famille… Non au communautarisme dans le milieu de la musique !

Bonnie 'Prince' Billy

C'est important pour vous de proposer des concerts dans des lieux inhabituels comme la chapelle St-Jacques, où joue notamment cette année Will Oldham, alias Bonnie 'Prince' Billy ?
Oui ! Cette salle est chouette ! Nous avons également proposé des concerts chez l'habitant, dans des caves, dans le chai d'un viticulteur… L'expérience est toujours intéressante.

Parmi les groupes et artistes peu connus qui sont programmés cette année, quels sont ceux sur lesquels vous voudriez particulièrement mettre l'accent ?
Christine & The Queens, Leif Vollebekk, Mellanoisescape, The Finkielkrauts, Mesparrow…

Y a-t-il encore des artistes que vous rêveriez de faire jouer ?
Arcade Fire dans le chai d'un viticulteur, Montgomery dans une bouteille de rhum, Piano Chat dans un lave-linge, The Feelies au camping municipal… et Téléphone en acoustique dans la boutique Orange !

 

Photos : 1. Wild Beasts (crédit : Paul Phung), le 27 octobre au Minotaure. 2. Diabologum, le 29 octobre au Minotaure. 3. Bonnie 'Prince" Billy, le 29 octobre à 15 h à la Chapelle Saint-Jacques.

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