Dimanche 16 août
Palais du Grand Large
(FQ) Pour cette dernière journée de festival, le palais accueille les deux meilleures émanations du jeune label The Social Registry, à savoir Gang Gang Dance et Telepathe. L'après-midi débute par le concert du groupe défini comme "la nouvelle sensation new-yorkaise" : Telepathe. Si l'on avait été plutôt convaincu par l'electro minimaliste de leur album "Dance Mother", on l'est moins à la vue de leur prestation scénique, qui s'avère plutôt décevante. Busy et Melissa sont distantes et leur concert semble long. Même si "So Fine" ou "Can't Stand It" sont de vraies perles à écouter sur disque, en live, la sauce ne prend pas. Allez les filles, lâchez-vous ! C'est le soleil breton qui vous ramollit ?
Fort de Saint-Père
(VA) Etrange de faire passer en début de soirée un artiste aussi expérimenté que le quadragénaire Bill Callahan, anciennement connu sous le nom de Smog (avec ou sans parenthèses), auteur d'une quinzaine de disques depuis le début des années 90 - soit le musicien le plus prolifique de cette édition avec le tout aussi funky Mark Kozelek. Mais bien vu, finalement, pour commencer en douceur ce troisième et dernier jour. Habillé avec une élégante simplicité (chemise blanche, pantalon noir satiné... et pieds nus), l'Américain pince-sans-rire et grisonnant égrène ses chansons d'une voix fabuleusement grave, avec un mélange de tension et de nonchalance. La setlist mêle des extraits de ses deux albums solo et des morceaux de Smog ; la plupart sont tirés des derniers albums, même si Callahan remonte jusqu'en 1995 avec un "Bathysphere" nettement moins glacial que dans sa version studio, mais tout aussi puissant. L'ensemble est d'une extrême sobriété, qui, comme sur disque, confinerait peut-être à la monotonie sans l'apport décisif du violon et du violoncelle. Le public semble en tout cas captivé, malgré les longues séances d'accordage silencieuses entre les morceaux. Et de tout évidence, l'ami Bill compte des fans parmi les autres artistes programmés ce soir-là, puisque Andrew Bird lui rendra hommage en reprenant brillamment "Cold Blooded Old Times". Classe.
(CG) Jouant lui aussi pieds nus, Andrew Bird parvient à prendre dignement la relève après le moment de recueillement suscité par la performance de Callahan. Dégainant sa guitare, il commence par enflammer la salle de son "Fiery Crash", avant d'enchaîner sur des titres du dernier album : "Oh No!", "Effigy", "Masterswarm" y passent les uns après les autres. La scène a beau être sobre, habillée d'un fond noir, Bird réussit sans peine à ensoleiller tout le cadre, maniant avec aisance sa ribambelle d'instruments. Il est peut-être moins léger qu'il ne l'est dans des petites salles, soucieux qu'il semble de captiver un public particulièrement nombreux. Peu importe, le combo qu'il forme avec ses musiciens a une maîtrise parfaite de la situation, même lorsqu'une corde de l'archet saute en plein milieu d'un morceau. Le multi-instrumentiste garde son sens de l'humour et ses mimiques de clown en toutes circonstances, tout en enveloppant la salle de sa voix puissante. "Not a Robot But a Ghost", est d'une justesse à fendre l'âme, "Imitosis" reste efficace et léger. Et si Bird aura ce soir été un peu moins parfait qu'en avril dernier à la Cigale, c'est sans doute pour mieux nous donner l'envie de retourner écouter ce magicien du son, capable de dresser en quelques coups d'archet un univers merveilleux.
(VA) En attendant un retour en groupe à la rentrée, c'est en solo que Dominique A se produit dans la foulée de "La Musique" et de son compagnon "La Matière". L'auteur de "La Mémoire neuve" a déjà beaucoup pratiqué l'exercice, dans lequel il semble parfaitement à l'aise. Utilisant moins l'autosampling que par le passé, la chanteur se partage entre la guitare et les claviers, souvent accompagné par une boîte à rythmes minimaliste. La setlist est assez surprenante : quelques-uns des titres les plus évidents de "La Musique" sont laissés de côté, au profit d'extraits de "La Matière" et de morceaux encore moins connus (dont le très émouvant "Manset", déjà dévoilé lors de ses précédents concerts, et qu'on retrouve sur un EP tout juste sorti). Peu de morceaux anciens mais, entre les attendus "Pour la peau" et "Le Courage des oiseaux" (dans une version assez fidèle à l'originale), le retour de l'oublié et un peu mineur "Otto Box", asséné avec une rage impressionnante. On regrettera que le concert n'ait duré que 50 minutes, soit la moitié de ce que Dominique A offre habituellement : on aurait bien repris du rab.

(VLD) Grizzly Bear taille sans doute trop large aux contours pour assumer d'être la tête d'affiche de cette troisième journée. Qu'on ne se trompe pas, avec "Veckatimest", les New-Yorkais nous ont offert un des plus beaux albums de cette année, mais on a peut-être crié avec un peu trop d'empressement au génie. Quoi qu'il en soit, les Américains jouent devant un public relativement clairsemé. Et c'est bien dommage car ce set est rudement bon. Grizzly Bear joue quasiment son dernier album en entier. Comme "Veckatimest", le set se présente de manière désarticulée, alternant passages mornes et envolées magnifiques. Cependant, sur scène, l'ensemble des titres fusionnent dans un climat plus homogène, les morceaux un peu brumeux sont éclaircis par une harmonisation des voix et des arrangements plus bruts. A l'instar de Tortoise, Grizzly Bear nous offre un son parfait. On reste fasciné devant les textures magnifiques de "Two Weeks" et "While You Wait for the Others".
La soirée se poursuit avec les remixeurs talentueux de Simian Mobile Disco (duo composé de James Ford, producteur des Arctic Monkeys, et James Anthony Shaw, tous deux issus de Simian), déjà aperçus pour ma part deux ans auparavant. Et mon avis reste le même. C'est plutôt décevant, les Anglais se contentent de beats binaires un peu trop synthétiques, alternant lentes plages et éclatements de sons compactés interchangeables. De plus, les parties chantées pré-enregistrées n'apportent que peu de présence, et les deux acolytes errent maladroitement entre leurs différentes machines. Le public semble néanmoins conquis. C'est sûr qu'après l'excellent, mais pas très dansant, quatuor Callahan/Bird/Dominique A/Grizzly Bear, les Malouins avaient envie de bouger un peu leurs pieds.
(FQ) Le festival se clôt avec le concert du duo britannique autoKratz. Alors c'est simple, si vous souhaitez avoir l'impression d'écouter la même chanson durant une heure, je ne peux que vous conseiller d'aller les voir. Les beats sont répétitifs, la mélodie est simple et la voix devient vite insupportable. Cette musique banale et répétitive en fait danser certains, c'est déjà ça. Je n'attends même pas la fin du concert et préfère partir, il est temps de plier bagage.
Compte rendu écrit par Vincent Arquillière, Catherine Guesde, Vincent Le Doeuff et Florine Miller.
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