Scarzello & Lys - De bon matin en robe du soir...

06/10/2005, par Frédéric Antona | Albums |
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PATRICK SCARZELLO & LYS - De Bon Matin En Robe Du Soir...
(Editions Le Récif /Asso Bordeaux Rock) [site]

SCARZELLO & LYS - De Bon Matin En Robe Du Soir...C'est toujours la même chose : on a beau évoluer, grandir (ouh le gros mot), multiplier les expériences, lire des bouquins, voir des centaines de films, écouter toutes sortes de musiques, il y a toujours des morceaux fondateurs, des héros absolus de l'adolescence, qui ont permis de façonner notre manière d'être, de voir la vie sous un prisme différent, des disques qui nous ont convaincus que la marginalité était le prix à payer pour échapper à une société ayant fait de la lobotomie des masses et la no-culture la politique nationale ("to live outside the law, you must be honest", disait Dylan...), et que non, "I'm not Like Everybody Else". Ces morceaux, on le sait, nous poursuivront dans la tombe... Ces galettes à la pochette éclatée, ces photos jaunies, qu'on finit par délaisser (car elles ont été tellement écoutées qu'elles se trouvent dans les chromosomes, le jukebox mental), mais qui donnent un coup au cœur dès que les premières mesures déboulent de la chaîne hi-fi un jour, par hasard, sans que l'on s'y attende...

Après avoir affirmé et affiné son style dandy, thuriféraire de l'esthétique décadente, entre cabaret et décharges d'électricité rock'n'rolliennes, avec des disques aussi indispensables que "Les Armées de verre soufflé" ou bien "La Reine gore", Patrick Scarzello, accompagné une fois encore de sa dulcinée/diva Lys, fait ressortir les obsessions originelles de son adolescence. La thématique "Back to the roots" de l'album frappe dès sa pochette, qui reproduit le papier peint de la chambre d'ado de Scarzello entre 1977-79, sur lequel Thunders côtoie les Stooges, où Sid et Nancy dansent un bop avec le premier EP d'Asphalt Jungle (là où tous les coups sont permis !). Dans cet album où l'évocation des héros côtoie les citations directes des styles fondateurs, Scarzello et Lys, accompagnés de la section rythmique des Wonky Monkees et du guitariste lettré OD, renouent avec la bande-son des années 77-79, de l'été de la haine, en 9 titres de rock'n'roll punk (mais n'est ce pas la même chose ?).

"Le Dernier des tailleurs de pierres", évocation de la génération perdue des punks, dédié à GrandClaude, qui aurait pu être Rikki Darling, Alain Z. Kan, ou Riton, est une élégie à tous ces visages hantant les rues mouillées de Paris, Bordeaux, Lille et ailleurs... Ces armées de la nuit décimées par l'héroïne, l'alcool, les Walter PPK ou l'âge adulte, Scarzello et Lys les évoquent dans ce titre hanté, tout comme l'était, en 1981, "Avenue du Crime " de Taxi Girl ("Avenue du crime / les bottines jaunes revivent / sous les pantalons straight"). Le duo bordelais renoue avec le style de textes-slogans, maladroits et touchants, du rebelle de 18 ans ("Carriérisme, je te claquerai... Matérialisme, je te fouetterai..."). "Comme une Overdose de pose", entre Undertones et Heartbreakers, pour un texte au croisement de Jankélévitch, Jean-Jacques Schuhl et Spinoza ("Un je ne sais quoi, je ne sais rien"). Les morceaux ressuscitent les rythmiques des Stooges ("Halte au confort", qui aurait pu être joué par Ron Asheton), de Johnny Kidd & the Pirates, de T. Rex... Mais le morceau le plus important de l'album reste à mes yeux "Sans adresse ni téléphone", une évocation des transes velvetiennes, Thunders période "Can't put Your Arms Around a Memory", pour une référence directe à "Like a Rolling Stone". Nos Bonnie & Clyde bordelais réaffirment ici la connexion Bob Dylan-Lou Reed, tellement évidente mais pourtant jamais évoquée. L'instrumental "Ethéromanie", qui clôt l'album, est un petit bijou d'efficacité. Un seul regret : que l'on n'entende pas assez la voix de Lys dans ces élégies aux mythes disparus.

Au final, bien qu'il lui manque la diversité de "La Reine Gore" (ceci tenant au fait que le nouvel album ne se compose que de neuf titres, contre 23 pour le précédent), cet album indique de leur part, en ces temps de retour en grâce d'une certaine esthétique, une volonté de rappeler les styles, les titres qui les ont sortis de leur torpeur adolescente, mais plus par l'évocation d'influences dans des morceaux originaux que par des reprises pures et dures. Ils font tomber le masque et révèlent les fenêtres qui leur ont fait voir la lumière (beginning to see the light...). Cet album est en quelque sorte leur "Copycats ".

Frédéric Antona

Le Dernier des tailleurs de pierre
Les Affameurs
Halte au confort !
Une Journée bête
Sans adresse ni téléphone
Cacahuètes, mars et codéine
Comme une overdose de pose
Demi-monde
Ethéromanie

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