Scott Walker, l'imputrescible ?

03/12/2012, par Christophe Despaux | Clips |
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L'art du clip est fort simple : il s'agit de fasciner, troubler, envoûter (ou d'amuser pour les plus faibles) et d'amener le spectateur à répéter la projection pour que fascination, trouble, envoûtement se répètent et se répètent, ad libitum. Sous cet angle ci, il suffit de dix minutes - le temps du morceau - pour comprendre qu'on tient un clip de premier ordre avec "Epitoozics!". Ce nouveau titre de Scott Walker est filmé par Olivier Groulx qui offre aux chausses-trappes musicales du dandy abscons un écrin aussi brillant, aussi surprenant qu'elles. D'une surréalité légère, presque indécelable, "Epizootics!" impressionne par sa maîtrise parfaite des changement de tempos. Les premiers ralentis en fondus enchaînés feront pâlir de jalousie le pâteux Yoann Lemoine. On est, chez Groulx, plus proche de Chris Cunningham : le lent sourire de la vahiné obèse aux dents gâtées renvoie clairement au classique "Windowlicker", mais l'agressivité de l'anglais cède le pas à un travail plus ambigu sur la représentation. Rien au fond n'est vraiment hors norme ici, hormis le rapprochement d'images déréalisées par le défilement plus ou moins rapide des plans. Une danseuse exotique intronisant une débutante, un somme dans une clairière, deux danseurs black décomposés à plusieurs moments d'un boogie mis en boucle par le montage, rien de bien stupéfiant ; le beau bizarre se loge dans les coupes ou la lenteur, et dans trois scènes. Une reprise : les Repetto blanches sur lesquelles pleuvent les "fleurs de paradis" de la chanson jusqu'à les remplir de pétales de roses (que l'on retrouve au dernier plan de vahiné à yeux clairs). Une en couleur - l'unique - extrêmement marquante et presque abstraite, une petite araignée à pattes longues musardant autour d'un nombril de femme. Et la dernière découpée en deux, une fleur splendide ployant sous les chenilles avant, plus tard, d'être prise de combustion subite. La nature d'"Epizootics!" abonde de pièges, en premier lieu, la décomposition qui fait passer d'un règne à l'autre, mais sa beauté fugace en paraît plus frappante. Et la fleur au bûcher invisible rappelle curieusement le finale de "Gohatto", l'ultime chef-d'oeuvre de Nagisa Oshima, quand Takeshi Kitano coupait gratuitement et de rage le tronc d'un cerisier en fleurs. "Gohatto" avait pour titre en Europe, "Tabou", comme le film de Murnau et Flaherty auquel on pense immanquablement devant "Epizootics" (pour cause de vahiné muette en noir et blanc). Tout ça pour dire peu de choses : que le clip d'Olivier Groulx est inoubliable.

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