En te voyant sur scène, comme à l'écoute de tes disques, on imagine aisément que ton art est un exutoire, qu'il te permet de transcender certaines choses, d'expulser certaines frustrations. Qu'en est-il exactement ?
Effectivement. Mes concerts me permettent d'évacuer certaines tensions, cela peut peut être s'apparenter à quelque chose de presque thérapeutique. C'est vraiment un moment où, dans les bons jours, je m'oublie et me livre entièrement, comme une transe. Cela me permet surtout d'être moi-même, entière, de laisser surgir l'inattendu, la passion.
Pour revenir à l'âpreté de "Over The Sun", qu'espères-tu d'un disque comme celui-ci, tellement brut qu'il risque de surprendre une partie de ton public ?
Avec Steve (Albini), nous avions décidé en amont de l'enregistrement, de sonner vraiment live. L'idée de départ était que les gens qui viennent me voir en concert retrouvent vraiment sur album ce qui se déroule sur scène, et vice versa. Je ne suis donc pas certaine que les gens seront si choqués que cela. Ce qu'on trouve sur "Over The Sun", c'est ce que je fais depuis déjà plusieurs années sur scène. En tout état de cause, le fait que le public ou la critique puissent être déstabilisés ne me pose pas de problème.

La façon dont le public accueille tes disques change-t-il ton regard sur ces disques ? Envisages tu le succès public comme une confirmation de ton talent ?
Je tente, dans la mesure du possible, de faire les disques que j'ai envie de faire. Je ne me soucie pas de savoir de quelle façon sera accueilli un disque, car à mes yeux, l'essentiel est de réussir à coucher sur bande ce que j'entends dans ma tête et ce que j'ai envie de jouer au moment M. Si les gens apprécient, et manifestent cet engouement d'une manière ou d'une autre, c'est bien entendu gratifiant. Mais je ne fais pas des disques pour séduire.
Pourquoi écris-tu, au juste ?
Je pense que les raisons profondes m'échappent sans doute. C'est un besoin dont je ne peux me passer, sans doute comme pour beaucoup d'artistes, sans vraiment savoir pourquoi. La musique me permet de communiquer, de me défouler, bref, elle me permet d'exprimer différentes facettes de ma personnalité.
Et envisagerais-tu par exemple de faire autre chose ?
Parfois, je m'imagine que je pourrais me passer de musique. Tout du moins que cela ne soit plus ma principale activité. Je songe parfois à arrêter, comme tout le monde, je suppose, mais je crois qu'au fond, j'en suis totalement incapable. Malgré les contraintes et les souffrances que cela peut parfois impliquer, je ne peux pas faire autrement. Je ne suis définitivement pas prête pour devenir cuisinière ou je ne sais quoi d'autre.
propos recueills par Jan.
Merci à Jonathan.
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