Shayo, du bon son suisse

02/10/2009, par | Edito |
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La Suisse n'a pas très bonne presse en ce moment, pour les raisons que l'on sait. C'est sûr qu'on y réfléchira à deux fois si l'on se fait inviter à un festival de cinéma là-bas ; s'il s'agit de musique, en revanche, on sautera dans le premier TGV ou le premier avion. Certes, la "scène suisse" (raccourci commode) n'est pas aussi médiatisée hors de ses frontières que la "scène belge" (autre raccourci commode) et, vue de l'extérieur, ressemble plus à un agrégat de personnalités disparates. L'une des plus intéressantes à avoir émergé ces derniers mois est sans doute la Zurichoise Sophie Hunger, dont nous avions déjà parlé sur ce blog il y a un petit moment. Côté suisse francophone, la petite commune frontalière de Perly-Certoux, dans le canton de Genève, abrite un micro-label, Shayo Editions musicales, qui a eu la bonne idée de nous envoyer quelques-unes de ses productions. Digipacks soignés, à l'image du site internet, et musique qui ne laisse pas indifférent. Même si, pour tout dire, l'album "Electric Butterfly" de Sally Doherty (rien à voir avec Peter, a priori), ne nous a pas vraiment emballé ; la chanteuse de Sheffield, qui compte Richard Hawley et Scanner parmi ses collaborateurs, s'avère nettement plus convaincante dans un registre jazzy. En revanche, nos oreilles difficiles sont tombées sous le charme un peu austère de Goodbye Ivan ("The K Syndrome", paru en juin dernier) et de Blind Cave Salamander ("Troglobite", qui sort aujourd'hui même). Goodbye Ivan, c'est le Genevois Arnaud Sponar qui, de retour d'une errance en Europe de l'Est et Russie, a enregistré cet album en forme de carnet de voyage, de recueil de souvenirs fragmentaires. Des compositions instrumentales à la mélancolie diffuse, qui se déploient lentement et délicatement. On pense à Yann Tiersen (les sonorités nostalgiques) ou à Sigur Ros (les mélodies de quelques notes en boucle, les atmosphères planantes), mais Sponar possède déjà un univers très personnel qu'on espère voir s'épanouir sur de prochains disques. Groupe italien formé par Fabrizio Palumbo et Paul Beauchamp, Blind Cave Salamander explore des territoires assez proches, expérimentaux et essentiellement instrumentaux (quelques vocaux spectraux ici ou là, mais rien qui pourrait être raisonnablement qualifié de chansons). Quelque part entre les groupes du label Constellation, le minimalisme de compositeurs comme Henryk Gorecki ou Gavin Bryars et le psychédélisme tortueux de Pink Floyd post-Barrett et pré-"Dark Side of the Moon" (ils reprennent d'ailleurs "Set the Controls for the Heart of the Sun", ce qui est quand même plus intéressant et original que "Another Brick in the Wall"), Blind Cave Salamander a choisi une voie plutôt escarpée, ce qui est tout à leur honneur - et à celui du label qui les soutient.

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