Shearwater - Interview

19/02/2010, par Luc Taramini | Interviews |
  • Facebook
  • Twitter
| permalien

SHEARWATER

Dans ce petit local d'interview, Jonathan Meiburg, physique d'étudiant sage, attend une guitare à la main son prochain interlocuteur... C'est un garçon affable et réfléchi qui se tient devant moi. Un type qui aurait pu être scientifique et qui a choisi d'être saltimbanque. Pendant une demi-heure, cap pour les confins du globe, sur les îles reculées qu'il a connues pendant ses voyages d'études qui ont constitué le matériau de base du sixième disque de Shearwater, "The Golden Archipelago". Shearwater, un groupe définitivement important et à part, dont la discographie de haute tenue divise déjà les fans de la première heure et les suivants.

D'où vient l'idée d'écrire sur le thème des îles ?
J'ai passé pas mal de temps sur des îles à cause de mes recherches sur les oiseaux et quand j'ai commencé à travailler sur ce disque, la première chose que j'ai eu c'est le titre, "The Golden Archipelago". Je trouvais qu'il sonnait bien. Et puis j'ai passé tellement de temps à rêver d'îles puis à y aller que je voulais vraiment évoquer ce thème dans un disque. Après quelques mois passés sur l'écriture, les mélodies etc., j'ai entendu l'enregistrement de l'hymne national d'atoll de Bikini réalisé en 1998. Cet enregistrement m'a ému pour plusieurs raisons. Voici les paroles en anglais : "No longer can I stay, it's true, no longer can I live in peace and harmony, no longer can I lead my head on my sleeping mat and pillow, because of my island and the life i once knew there...." C'est une chanson qui parle d'exil, de la maison dans laquelle on ne reviendra jamais. Presque tout le monde peut revenir chez lui mais pas les habitants de cet atoll car l'île est toujours radioactive (à cause des essais nucléaires américains menés de 1946 à 1958, obligeant la population à s'exiler sur une autre île, ndlr). L'enregistrement lui-même est quelque chose de joyeux même si la chanson est très triste. D'une certaine façon, sur un plan artistique, cet hymne est une victoire sur l'exil. C'est le grand pouvoir de la musique, de transformer la tristesse en joie ou bien d'exprimer ces deux sentiments inverses en même temps. Ce fut pour moi le point de départ de ce disque. Je voulais vraiment explorer ce sentiment et aussi confronter l'histoire de ces gens avec ma propre expérience de la vie insulaire.

Selon toi s'agit-il d'un concept-album ?
Oui, mais pas dans le sens de "The Wall" dans lesquels toutes les chansons sont imbriquées et où il y a des personnages qu'on retrouve d'une chanson à l'autre. Là, il y a un arc émotionnel qui traverse le disque. C'est un voyage. Je pense que la meilleure façon de l'écouter, c'est dans l'ordre, du début à la fin, mais ce n'est pas une obligation du tout. Le truc qui me gêne parfois avec les concept albums, c'est qu'ils cherchent à contrôler la façon dont tu dois écouter. Je voulais vraiment faire un disque dans lequel chacun se sente libre d'évoluer ou d'explorer des sensations. Les albums que je préfère sont ceux-là. Je n'aime pas trop quand on m'impose une opinion ou une façon de penser.

Par plusieurs d'aspects, ce disque est avant tout un projet personnel, comment as-tu réussi à impliquer le reste du groupe dedans ?
Le groupe est impliqué au niveau des arrangements des chansons. Je me charge du concept et des paroles, j'arrive avec des idées de mélodies et les structures de base. Nous avons commencé par faire une sorte de brouillon, en studio pendant trois jours, en enregistrant très vite beaucoup de chansons sans trop se soucier du son ou du tempo exact. De ce brouillon est sortie une idée assez nette de ce que nous voulions.

Le son de ce disque me paraît plus apaisé que les précédents, quelles en sont les raisons ?
Vraiment ? J'ai plutôt l'exact sentiment inverse, donc je ne sais quoi répondre.

Disons qu'il y a moins d'écarts entre des pics d'intensité et des plages de calme. Tu abuses peut-être moins de ta voix...
Je ne sais que dire...

A l'écoute des chansons de cet album des images apparaissent...
...c'est merveilleux car c'est exactement l'intention que je voulais donner. Je pense que c'est important que la musique soit visuelle. Des images à écouter. Je voulais qu'on enregistre dans une grande pièce pour que l'on puisse ressentir l'espace à travers notre musique de façon naturelle. Mieux qu'une réverb' ou des effets auraient pu le faire.

Par tes études ou ce que tu as pu faire parallèlement à la musique, te considères-tu comme quelqu'un de particulier concerné par l'environnement ?
Eh bien, je suis toujours en contact avec les gens avec qui j'ai fait mes études ornithologiques. Je donne aussi de l'argent à des causes écologiques, mais je n'ai jamais été capable de m'impliquer personnellement dans un projet tout simplement parce que la musique me prend tout mon temps. Grâce à mes voyages d'études, j'ai eu l'occasion d'aller dans des endroits très spéciaux où presque personne n'est allé. Je me sens le devoir de parler de ces endroits sauvages d'une manière artistique ou esthétique, mais certainement pas de façon engagée ni scientifique.

Te considères-tu à la fois comme un scientifique et un musicien ? Ou as-tu fait un choix ?
Eh bien, il y a quelques années, j'ai dû décider si je continuais dans la voie scientifique ou si je faisais de la musique. Je ne peux définitivement pas mener les deux de front. A l'époque, je me suis dit que si j'arrêtais la musique, je n'arriverais jamais à m'y remettre. A l'inverse, la recherche si. Donc le choix de la musique s'est imposé. Mais, je te rassure, je ne me vois pas tourner dans un vieux van à 50 ans passés. Enfin, peut-être que si !

 


les derniers articles


»» tous les articles
»» toutes les chroniques de disque
»» tous les posts du blog