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SIGUR RÓS - Ba Ba Ti Ki Di Do
(Delabel / EMI)
Lorsque le vénérable Merce Cunningham propose à Radiohead et Sigur Rós de concevoir les pièces musicales à partir desquelles ses danseurs travailleront sur un projet de spectacle baptisé Split Sides, il n'a peur de rien. Alors que, généralement, les compagnies de danse contemporaine utilisent la musique comme bande-son toute faite, le chorégraphe intègre les compositeurs dans le processus créatif pour le mettre en danger (composée préalablement, la musique a été découverte sur scène par les danseurs qui ont improvisé à partir d'elle) et il leur rend hommage avec un titre explicitant le partage d'audience : élégant. En ce qui concerne Sigur Rós, on peut d'emblée affirmer que l'expérience aura permis au groupe de repousser un peu les limites que leur dernier album, le bien nommé ( ), qui restera donc peut-être une parenthèse, avait trop clairement montrées. Ainsi, les trois morceaux qui constituent cette suite ne sont pas chantés et ne ressemblent en rien à du rock planant. Vignettes essentiellement électroniques, enluminées de piano, de tapotements de chaussons de danse, de samples au cut-up opérés sur la voix de Cunningham, elles se déroulent lentement entre le cristallin et l'acide. Le premier morceau, porté par une mélodie un peu trop évidente, introduit le propos en douceur et en lisibilité, mais dès le deuxième, jouant sur des motifs de music box clairsemés, des étirements et des trouées, l'espace de l'imaginaire s'ouvre, la précision du son joue avec l'indécision du sens, et le morceau final, à la fois bavard et incompréhensible (mais les Islandais nous ont habitués à cela) s'enfonce dans le rouge et la saturation des sons. Une expérience à la fois étrange et enivrante dont on se demande ce qu'elle pourra signifier pour la suite de la démarche du groupe. Vérification à faire les 28 et 29 septembre à la Villette où le groupe donnera "Odin's Raven Magic, oratorio inspiré de la bible de la mythologie nordique". Je vous laisse imaginer.
David
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