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SOLTERO
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Quand
tu abordes l'enregistrement d'un nouvel album, c'est de
façon globale en sachant à l'avance comment
il doit sonner ou, au contraire, est-ce que c'est l'inconnu
?
Quand
je commence à enregistrer toutes les chansons sont
déjà finies. J'essaie de savoir ce que je
cherche globalement. Les chansons qui ont été
finies ont moins d'importance que la tonalité globale
du disque. J'essaie d'avoir une idée d'ensemble mais
celle-ci peut évoluer en cours de route.
Et
sur "You're No Dream" qu'est-ce que tu cherchais
de particulier ?
Je
voulais vraiment faire quelque chose d'intime. Je sortais
de "Hell Train" qui avait été enregistré
à Boston dans le studio d'un ami et avec un groupe.
C'était chiant parce que je n'avais jamais assez
de temps à y consacrer, surtout pour le mixage qui
nécessite de passer des heures avec les autres à
trier les idées et à rechercher un son que
tu n'arrives pas à expliquer. Il faut de la patience
et de la disponibilité. Donc, cette fois, je voulais
travailler tout seul sans dépendre de personne. Je
ne cherchais pas le son d'un mec tout seul avec sa guitare.
Je ne voulais pas faire un album de folk même si c'est
parfois très folk quand même…
Le son de ce disque est parfois très étrange,
spatial, ethnique même. Pourquoi ?
Oui,
j'écoutais beaucoup de musique ethnique au moment
de l'enregistrer. Pour moi sonner comme un singer/songwriter
ça ne m'intéresse pas vraiment. J'ai été
touché par tout un tas de musiques différentes
pendant l'enregistrement (de la musique africaine surtout)
donc je ne voulais pas me limiter à l'étiquette
du singer/songwriter même si c'est ce que je suis.
Finalement, je suis à l'aise avec le son que tu décris…
Justement,
ce disque rompt avec l'aspect folk. Il y a des morceaux
un peu distendus, on voyage dans ton disque…
Oui,
c'est exactement ce que je cherchais, un voyage. Surtout
dans les morceaux plus instrumentaux. Pendant la réalisation
de ce disque, j'ai déménagé de nombreuses
fois et cet album a été le seul endroit où
je me sentais chez moi pendant plus d'un an et demi. C'est
assez prétentieux de dire ça mais c'est vrai.
Déjà
sur "Hell Train", les morceaux partaient aussi
dans des digressions, est-ce que c'est une marque de fabrique
de Soltero ?
J'essaie
d'écrire des morceaux structurés mais j'adore
quand la musique s'étend. Je ne sais jamais ce que
je vais faire, parfois des chansons, parfois rechercher
des sons que j'ai toujours aimés. D'ailleurs je suis
fasciné par un album de Brian Eno qui s'appelle "Another
Green World". C'est un album qui mêle chansons
et morceaux instrumentaux. Je suis d'accord avec ça.
Dans la musique éthiopienne que j'écoute en
ce moment, je ne comprends pas les paroles mais il y a beaucoup
de chansons instrumentales qui ont un aspect transcendantal
intéressant. Tout ça n'a rien à voir
avec le folk donc. C'est juste que je suis à Paris
avec une guitare en bois et que j'ai l'air d'un chanteur
folk.
Est-ce
que parfois tu te perds dans des recherches de sons infinies
?
Mais
c'est le but. C'est pour ça que je fais de la musique
et que je veux que les gens l'écoutent. Je ne suis
pas spécialement content quand on me dit qu'on aime
quelques paroles ou une ou deux chansons. La musique c'est
fait pour s'échapper et au bout de dix ans de pratique
je ne connais toujours pas la recette. J'ai envie de continuer
à faire de la musique sans en faire une carrière
mais plutôt comme si c'était une ombre qui
me suit. Je ne suis pas attiré par le succès
parce que ça changerait ma relation à la musique.
Donc
tu vis la musique dans un rapport personnel et pas du tout
dans le partage ?
Oui.
Au départ je n'avais pas vraiment l'intention de
sortir ce disque parce que c'est un énorme boulot.
Je suis assez pessimiste par rapport à l'industrie
musicale. Mais, heureusement, je suis bien entouré
en France et aux Etats-Unis.
Comment
fais-tu connaître ta musique aux Etats-Unis ?
Auparavant
je faisais beaucoup plus de concerts et de tournées.
Mais, aujourd'hui, je le fais vraiment quand j'ai envie.
C'est le problème quand tu es musicien professionnel,
tu es toujours obligé de faire ce qu'il faut pour
vendre des disques. C'est tellement difficile de gagner
sa vie avec la musique que quand ça devient un boulot
ça te colle une énorme pression. C'est triste
parce que, pour moi, la musique est peut-être la chose
la plus intéressante dans la vie et je ne voudrais
pas en être écœuré.
Quels
sont tes liens avec la scène musicale de Philadelphie
?
Je
n'ai pas trop de liens avec ces gens parce que j'ai été
longtemps plongé dans la réalisation de mon
disque. Mais il y a une scène musicale assez forte
que je commence à fréquenter. Il y a beaucoup
de bons groupes comme Dr. Dog par exemple. Mais peu qui
font la même musique que moi. C'est juste un peu pénible
quand j'essaie de trouver des gens avec qui faire des concerts.
Sinon, je me sens chez moi à Philadelphie.
Ce n'est pas frustrant de ne pas retrouver toute la richesse
du disque sur scène ?
Non jamais. Le seul problème c'est que je n'arrive
pas à jouer mes chansons préférées.
Ce qui m'intéresse en jouant parfois avec des musiciens
c'est que les chansons évoluent et deviennent autre
chose. Récemment, j'ai commencé à jouer
avec un petit groupe. Ça n'a rien à voir avec
l'album mais je m'en fous. Le but n'est pas de le rejouer
note pour note.
Propos recueillis par Luc Taramini et David Larre
Photos par Julien Bourgeois
A lire également,
sur Soltero :
la chronique de "You're
no Dream"
l'interview
suite à Hell Train (2006)
la chronique de "Hell
Train" (2005)
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