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soltero - interview - POPNEWS Juin 2008

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SOLTERO

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Quand tu abordes l'enregistrement d'un nouvel album, c'est de façon globale en sachant à l'avance comment il doit sonner ou, au contraire, est-ce que c'est l'inconnu ?
Quand je commence à enregistrer toutes les chansons sont déjà finies. J'essaie de savoir ce que je cherche globalement. Les chansons qui ont été finies ont moins d'importance que la tonalité globale du disque. J'essaie d'avoir une idée d'ensemble mais celle-ci peut évoluer en cours de route.

Et sur "You're No Dream" qu'est-ce que tu cherchais de particulier ?
Je voulais vraiment faire quelque chose d'intime. Je sortais de "Hell Train" qui avait été enregistré à Boston dans le studio d'un ami et avec un groupe. C'était chiant parce que je n'avais jamais assez de temps à y consacrer, surtout pour le mixage qui nécessite de passer des heures avec les autres à trier les idées et à rechercher un son que tu n'arrives pas à expliquer. Il faut de la patience et de la disponibilité. Donc, cette fois, je voulais travailler tout seul sans dépendre de personne. Je ne cherchais pas le son d'un mec tout seul avec sa guitare. Je ne voulais pas faire un album de folk même si c'est parfois très folk quand même…

Le son de ce disque est parfois très étrange, spatial, ethnique même. Pourquoi ?
Oui, j'écoutais beaucoup de musique ethnique au moment de l'enregistrer. Pour moi sonner comme un singer/songwriter ça ne m'intéresse pas vraiment. J'ai été touché par tout un tas de musiques différentes pendant l'enregistrement (de la musique africaine surtout) donc je ne voulais pas me limiter à l'étiquette du singer/songwriter même si c'est ce que je suis. Finalement, je suis à l'aise avec le son que tu décris…

Justement, ce disque rompt avec l'aspect folk. Il y a des morceaux un peu distendus, on voyage dans ton disque…
Oui, c'est exactement ce que je cherchais, un voyage. Surtout dans les morceaux plus instrumentaux. Pendant la réalisation de ce disque, j'ai déménagé de nombreuses fois et cet album a été le seul endroit où je me sentais chez moi pendant plus d'un an et demi. C'est assez prétentieux de dire ça mais c'est vrai.

Déjà sur "Hell Train", les morceaux partaient aussi dans des digressions, est-ce que c'est une marque de fabrique de Soltero ?
J'essaie d'écrire des morceaux structurés mais j'adore quand la musique s'étend. Je ne sais jamais ce que je vais faire, parfois des chansons, parfois rechercher des sons que j'ai toujours aimés. D'ailleurs je suis fasciné par un album de Brian Eno qui s'appelle "Another Green World". C'est un album qui mêle chansons et morceaux instrumentaux. Je suis d'accord avec ça. Dans la musique éthiopienne que j'écoute en ce moment, je ne comprends pas les paroles mais il y a beaucoup de chansons instrumentales qui ont un aspect transcendantal intéressant. Tout ça n'a rien à voir avec le folk donc. C'est juste que je suis à Paris avec une guitare en bois et que j'ai l'air d'un chanteur folk.

Est-ce que parfois tu te perds dans des recherches de sons infinies ?
Mais c'est le but. C'est pour ça que je fais de la musique et que je veux que les gens l'écoutent. Je ne suis pas spécialement content quand on me dit qu'on aime quelques paroles ou une ou deux chansons. La musique c'est fait pour s'échapper et au bout de dix ans de pratique je ne connais toujours pas la recette. J'ai envie de continuer à faire de la musique sans en faire une carrière mais plutôt comme si c'était une ombre qui me suit. Je ne suis pas attiré par le succès parce que ça changerait ma relation à la musique.

Donc tu vis la musique dans un rapport personnel et pas du tout dans le partage ?
Oui. Au départ je n'avais pas vraiment l'intention de sortir ce disque parce que c'est un énorme boulot. Je suis assez pessimiste par rapport à l'industrie musicale. Mais, heureusement, je suis bien entouré en France et aux Etats-Unis.

Comment fais-tu connaître ta musique aux Etats-Unis ?
Auparavant je faisais beaucoup plus de concerts et de tournées. Mais, aujourd'hui, je le fais vraiment quand j'ai envie. C'est le problème quand tu es musicien professionnel, tu es toujours obligé de faire ce qu'il faut pour vendre des disques. C'est tellement difficile de gagner sa vie avec la musique que quand ça devient un boulot ça te colle une énorme pression. C'est triste parce que, pour moi, la musique est peut-être la chose la plus intéressante dans la vie et je ne voudrais pas en être écœuré.

Quels sont tes liens avec la scène musicale de Philadelphie ?
Je n'ai pas trop de liens avec ces gens parce que j'ai été longtemps plongé dans la réalisation de mon disque. Mais il y a une scène musicale assez forte que je commence à fréquenter. Il y a beaucoup de bons groupes comme Dr. Dog par exemple. Mais peu qui font la même musique que moi. C'est juste un peu pénible quand j'essaie de trouver des gens avec qui faire des concerts. Sinon, je me sens chez moi à Philadelphie.

Ce n'est pas frustrant de ne pas retrouver toute la richesse du disque sur scène ?

Non jamais. Le seul problème c'est que je n'arrive pas à jouer mes chansons préférées. Ce qui m'intéresse en jouant parfois avec des musiciens c'est que les chansons évoluent et deviennent autre chose. Récemment, j'ai commencé à jouer avec un petit groupe. Ça n'a rien à voir avec l'album mais je m'en fous. Le but n'est pas de le rejouer note pour note.

Propos recueillis par Luc Taramini et David Larre
Photos par Julien Bourgeois

A lire également, sur Soltero :
la chronique de "You're no Dream"
l'interview suite à Hell Train (2006)
la chronique de "Hell Train" (2005)