St. Vincent - Interview

05/12/2007, par | Interviews |
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ST. VINCENT

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St. Vincent, par Julien Bourgeois

HELEN MERRILL - Music Makers
J'aime bien, mais je ne sais pas qui c'est.

C'est Helen Merrill, une chanteuse de jazz. Nous voulions te faire écouter des ballades jazz, parce que certaines chansons de l'album, sans en être vraiment, se rapprochent de cet esprit.
Oui, l'un de mes chanteurs favoris est d'ailleurs Johnny Hartman, le "Sinatra noir" (un immense crooner qui a enregistré un album avec John Coltrane, et dont on entend les chansons dans le film de Clint Eastwood "Sur la route de Madison", ndlr). Etant une femme, blanche et très jeune (rires), j'essaie de faire mon Johnny Hartman avec juste un petit bout de son talent.

Et les chanteuses, comme Billie Holliday, ou Madeleine Peyroux ?
Oui, même si c'est une partie de mon histoire musicale qui est un peu derrière moi aujourd'hui, ce sont des choses que je n'ai pas réécoutées depuis longtemps. Mes oncles et tantes étaient musiciens de jazz, et m'ont donné un tas de disques, Mingus, Coltrane, Miles, Ornette Coleman, dont je suis très fan. J'ai baigné là-dedans à une certaine période, mais je n'y suis pas retournée depuis un moment. Je le ferai sans doute un jour.

Certains des titres de ton album sont comme des torch songs, avec un côté dramatique.
(Elle murmure) J'aime les drames (éclats de rire).

REGINA SPEKTOR - On the Radio
Je ne connais pas.... Ah, Regina Spektor. J'en ai juste entendu parler, mais sans connaître sa musique.

Est-ce que tu te sens proche d'autres chanteuses comme elle ou Joan As Police Woman ? Les titres les plus calmes de "Marry Me" baignent dans le même type d'atmosphère.
J'ai juste entendu quelques chansons de Joan As Police Woman, et j'aime vraiment bien.

On a l'impression que tu ne fais pas vraiment partie d'une scène.
C'est vrai. En fait, je viens juste d'emménager à New York, alors peut-être que dans un an, je ferai partie d'une scène. J'habitais au Texas auparavant, et j'étais toujours en tournée, ce qui ne donne pas trop le temps de t'apitoyer sur ton sort avec tes amis artistes (rires).

MY BRIGHTEST DIAMOND - L'Hymne à l'amour / Je n'en connais pas la fin (Session pour l'émission de radio Planet Claire, juin 2006)
Il y a une longue intro parlée, parce qu'elle a été enregistrée pour une radio parisienne. C'est une reprise d'une chanson d'Edith Piaf. C'est quelqu'un que tu connais.
Oh, c'est Shara ? (Elle s'extasie). Je reconnais sa voix. Elle est si adorable... Bon boulot, Shara !

Il y a quelque chose d'assez tourmenté dans sa musique. Si on peut trouver cela aussi dans la tienne, je pense qu'elle est quand même un peu plus enjouée.
Oui . J'aime ce qui est dramatique et tourmenté, mais j'ai aussi grandi en regardant pas mal de films de Woody Allen, et je me sens proche de ce type d'humour absurde et acide. C'est une façon si magnifique de composer avec le monde et avec l'anxiété, le cocktail anxiété-dépression, que nous sommes nombreux à goûter (rires).


DAVID BOWIE - Aladdin Sane
(Elle reconnaît immédiatement et chante) Le solo est si bon... Il est joué par Mike Garson, il l'a fait à la troisième prise. J'adore Mike. C'est le meilleur solo de piano rock qui ait été enregistré. C'est ce qu'a dit David Bowie à propos de Mike : c'est le meilleur pianiste rock, parce que ce n'est pas un pianiste rock. Et c'est vrai.

C'est à cause de cette chanson que tu voulais qu'il joue sur ton album ?
Oui. Mais il a aussi enregistré avec The Polyphonic Spree, et durant les trois semaines qu'a duré l'enregistrement, je suis surtout restée assise à ses pieds, à le supplier : "Apprends-moi !". C'est quelqu'un de si unique, et un musicien tellement brillant. Nous sommes restés en contact par e-mail. (Elle chante "We love Aladdin Sane...") Mike savait que je travaillais sur l'album, et je lui ai envoyé un titre. (Elle s'interrompt de nouveau un long moment, enthousiaste.) C'est si bon, tatatata, tatatata... Ecoute, c'est si incroyable : "Excusez-moi, mais je viens de vous arracher le cœur, et il est là devant vous, palpitant au creux de ma main !". C'est OK, (en français) c'est bon ! (Elle retourne à son histoire) Je lui ai envoyé une démo de "All My Stars Aligned", un morceau que j'avais écrit tard le soir après les séances de studio avec Polyphonic Spree. Je l'avais composée en pensant à lui, parce que cette chanson est vraiment une lettre d'amour au Bowie des mid-70's, au Plastic Ono Band et à John Lennon. Et il m'a répondu dans la foulée pour me dire qu'il adorerait jouer dessus. Et je me suis dit que mon plan avait marché : "OK, si tu y tiens vraiment" (rires).

Est-ce que tu pourrais écrire des paroles aussi sibyllines et obscures que David Bowie ? Parfois, on ne comprend pas trop ce qu'il chante.
Oui, mais tu peux le ressentir. Par exemple, une chanson comme "Five Years" : tout le monde a été confronté à ce mélange de paranoïa, de joie, d'espoir, d'amour, tout ça condensé en cinq minutes.

C'est peut-être trop tôt pour en parler, mais est-ce que tu aimerais avoir une carrière comme la sienne, en changeant de style à chaque album, en explorant toujours de nouvelles directions, en empruntant même à d'autres artistes ?
Oui. En fait, j'ai toujours fantasmé de faire un plan à la Bowie-Iggy à Berlin. Probablement sans l'héroïne. Mais c'est un détail (rires). Et je cherche encore mon Iggy !

MEREDITH MONK - Gotham Lullaby
(elle écoute longuement)... Il y a un coté Philip Glass, non ?...

Oui, c'est assez proche. C'est Meredith Monk, une chanteuse et artiste pluridisciplinaire issue de l'avant-garde new-yorkaise. Elle a enregistré quelques disques pour le label ECM, où elle utilise sa voix comme un instrument. Est-ce que tu imaginerais faire quelque chose de plus expérimental, comme elle, ou tu préfères rester dans des structures plus classiques de chansons ?
J'ai tendance à penser que si tu es à l'aise dans une écriture classique, cela rend plus intéressant ce que tu peux faire dans un style plus avant-gardiste. "Marry Me" est en quelque sorte une tentative dans l'option songwriting classique, la grande tradition du folk ou du jazz américain. En avançant, et au fur et à mesure que j'écoute davantage de choses, j'aurai sans doute envie d'aller plus loin, vers quelque chose de plus pointu. Mais je pense que l'aspect mélodique restera toujours présent dans ma musique.

Tu as des concerts en prévision ?
Après une tournée avec The National début novembre en Angleterre, je reviendrai fin novembre pour ma propre tournée européenne. Je suis très impatiente. Enfin un meilleur café et une meilleure nourriture ! (rires)
Shara a d'ailleurs ouvert pour The National à New York. Elle est fantastique. C'est vraiment une bonne personne. Ou une bonne menteuse (rires). Non, ne dites pas ça, je pense vraiment que c'est quelqu'un de bien !

Interview réalisée par (Saint) Vincent Arquillière et Marc Schmit.
Photos par Julien Bourgeois.

A lire également :
La chronique de "Marry Me"

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