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ST.
VINCENT
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HELEN MERRILL -
Music Makers
J'aime bien,
mais je ne sais pas qui c'est.
C'est Helen Merrill,
une chanteuse de jazz. Nous voulions te faire écouter
des ballades jazz, parce que certaines chansons de l'album,
sans en être vraiment, se rapprochent de cet esprit.
Oui, l'un de mes chanteurs favoris est d'ailleurs Johnny
Hartman, le "Sinatra noir" (un immense crooner
qui a enregistré un album avec John Coltrane, et
dont on entend les chansons dans le film de Clint Eastwood
"Sur la route de Madison", ndlr). Etant une femme,
blanche et très jeune (rires), j'essaie de faire
mon Johnny Hartman avec juste un petit bout de son talent.
Et les chanteuses,
comme Billie Holliday, ou Madeleine Peyroux ?
Oui, même si c'est une partie de mon histoire musicale
qui est un peu derrière moi aujourd'hui, ce sont
des choses que je n'ai pas réécoutées
depuis longtemps. Mes oncles et tantes étaient musiciens
de jazz, et m'ont donné un tas de disques, Mingus,
Coltrane, Miles, Ornette Coleman, dont je suis très
fan. J'ai baigné là-dedans à une certaine
période, mais je n'y suis pas retournée depuis
un moment. Je le ferai sans doute un jour.
Certains des titres
de ton album sont comme des torch songs, avec un côté
dramatique.
(Elle murmure) J'aime les drames (éclats de rire).
REGINA SPEKTOR -
On the Radio
Je ne connais
pas…. Ah, Regina Spektor. J'en ai juste entendu parler,
mais sans connaître sa musique.
Est-ce que tu te
sens proche d'autres chanteuses comme elle ou Joan As Police
Woman ? Les titres les plus calmes de "Marry Me"
baignent dans le même type d'atmosphère.
J'ai juste entendu quelques chansons de Joan As Police Woman,
et j'aime vraiment bien.
On a l'impression
que tu ne fais pas vraiment partie d'une scène.
C'est vrai. En fait, je viens juste d'emménager à
New York, alors peut-être que dans un an, je ferai
partie d'une scène. J'habitais au Texas auparavant,
et j'étais toujours en tournée, ce qui ne
donne pas trop le temps de t'apitoyer sur ton sort avec
tes amis artistes (rires).
MY BRIGHTEST DIAMOND
– L'Hymne à l'amour / Je n'en connais pas la
fin (Session pour l'émission de radio Planet Claire,
juin 2006)
Il y a une
longue intro parlée, parce qu'elle a été
enregistrée pour une radio parisienne. C'est une
reprise d'une chanson d'Edith Piaf. C'est quelqu'un que
tu connais.
Oh, c'est Shara ? (Elle s'extasie). Je reconnais sa voix.
Elle est si adorable… Bon boulot, Shara !
Il y a quelque chose
d'assez tourmenté dans sa musique. Si on peut trouver
cela aussi dans la tienne, je pense qu'elle est quand même
un peu plus enjouée.
Oui . J'aime ce qui est dramatique et tourmenté,
mais j'ai aussi grandi en regardant pas mal de films de
Woody Allen, et je me sens proche de ce type d'humour absurde
et acide. C'est une façon si magnifique de composer
avec le monde et avec l'anxiété, le cocktail
anxiété-dépression, que nous sommes
nombreux à goûter (rires).
DAVID BOWIE - Aladdin Sane
(Elle reconnaît immédiatement et chante) Le
solo est si bon… Il est joué par Mike Garson,
il l'a fait à la troisième prise. J'adore
Mike. C'est le meilleur solo de piano rock qui ait été
enregistré. C'est ce qu'a dit David Bowie à
propos de Mike : c'est le meilleur pianiste rock, parce
que ce n'est pas un pianiste rock. Et c'est vrai.
C'est à cause
de cette chanson que tu voulais qu'il joue sur ton album
?
Oui. Mais il a aussi enregistré avec The Polyphonic
Spree, et durant les trois semaines qu'a duré l'enregistrement,
je suis surtout restée assise à ses pieds,
à le supplier : "Apprends-moi !". C'est
quelqu'un de si unique, et un musicien tellement brillant.
Nous sommes restés en contact par e-mail. (Elle chante
"We love Aladdin Sane…") Mike savait que
je travaillais sur l'album, et je lui ai envoyé un
titre. (Elle s'interrompt de nouveau un long moment, enthousiaste.)
C'est si bon, tatatata, tatatata… Ecoute, c'est si
incroyable : "Excusez-moi, mais je viens de vous arracher
le cœur, et il est là devant vous, palpitant
au creux de ma main !". C'est OK, (en français)
c'est bon ! (Elle retourne à son histoire) Je lui
ai envoyé une démo de "All My Stars Aligned",
un morceau que j'avais écrit tard le soir après
les séances de studio avec Polyphonic Spree. Je l'avais
composée en pensant à lui, parce que cette
chanson est vraiment une lettre d'amour au Bowie des mid-70's,
au Plastic Ono Band et à John Lennon. Et il m'a répondu
dans la foulée pour me dire qu'il adorerait jouer
dessus. Et je me suis dit que mon plan avait marché
: "OK, si tu y tiens vraiment" (rires).
Est-ce que tu pourrais
écrire des paroles aussi sibyllines et obscures que
David Bowie ? Parfois, on ne comprend pas trop ce qu'il
chante.
Oui, mais tu peux le ressentir. Par exemple, une chanson
comme "Five Years" : tout le monde a été
confronté à ce mélange de paranoïa,
de joie, d'espoir, d'amour, tout ça condensé
en cinq minutes.
C'est peut-être
trop tôt pour en parler, mais est-ce que tu aimerais
avoir une carrière comme la sienne, en changeant
de style à chaque album, en explorant toujours de
nouvelles directions, en empruntant même à
d'autres artistes ?
Oui. En fait, j'ai toujours fantasmé de faire un
plan à la Bowie-Iggy à Berlin. Probablement
sans l'héroïne. Mais c'est un détail
(rires). Et je cherche encore mon Iggy !
MEREDITH MONK - Gotham
Lullaby
(elle écoute
longuement)… Il y a un coté Philip Glass, non
?…
Oui, c'est assez
proche. C'est Meredith Monk, une chanteuse et artiste pluridisciplinaire
issue de l'avant-garde new-yorkaise. Elle a enregistré
quelques disques pour le label ECM, où elle utilise
sa voix comme un instrument. Est-ce que tu imaginerais faire
quelque chose de plus expérimental, comme elle, ou
tu préfères rester dans des structures plus
classiques de chansons ?
J'ai tendance à penser que si tu es à l'aise
dans une écriture classique, cela rend plus intéressant
ce que tu peux faire dans un style plus avant-gardiste.
"Marry Me" est en quelque sorte une tentative
dans l'option songwriting classique, la grande tradition
du folk ou du jazz américain. En avançant,
et au fur et à mesure que j'écoute davantage
de choses, j'aurai sans doute envie d'aller plus loin, vers
quelque chose de plus pointu. Mais je pense que l'aspect
mélodique restera toujours présent dans ma
musique.
Tu as des concerts
en prévision ?
Après une tournée avec The National début
novembre en Angleterre, je reviendrai fin novembre pour
ma propre tournée européenne. Je suis très
impatiente. Enfin un meilleur café et une meilleure
nourriture ! (rires)
Shara a d'ailleurs ouvert pour The National à New
York. Elle est fantastique. C'est vraiment une bonne personne.
Ou une bonne menteuse (rires). Non, ne dites pas ça,
je pense vraiment que c'est quelqu'un de bien !
Interview réalisée
par (Saint) Vincent Arquillière et Marc Schmit.
Photos par Julien Bourgeois.
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La chronique de "Marry
Me"
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