Stephen Malkmus - Interview

12/03/2008, par Aurélien Gaidamour | Interviews |
  • Facebook
  • Twitter
| permalien

Récemment, tu as participé à la B.O. du film "I'm not there". Comment s'est déroulée cette collaboration ?

Je connais Todd Haynes, le réalisateur. Son film "Safe" est excellent ; je le recommande. C'est un ami ; on habite tout les deux à Portland. Il est sympa ; je pense que c'est pour ça qu'il m'a demandé d'enregistrer quelques morceaux. Ma voix est peut-être aussi suffisamment "brute" (rough) pour bien coller aux morceaux de Dylan ("Ballad of a Thin Man", "Can't Leave Her Behind" et "Maggie's Farm"). Ce n'est pas moi qui les ai choisis ; on m'a dit ce qu'il fallait que je chante. Je ne suis pas spécialement fan de Bob Dylan. Mais j'aime bien ses grandes chansons. Cela dit, c'est cool de participer à ce genre de choses.

Que deviennent les Silver Jews ?
La dernière fois que j'ai eu David Berman au téléphone, il était en train d'enregistrer le nouvel album. Je ne sais pas quand il sortira. Je n'y participe pas : je n'ai plus le temps de jouer dans deux groupes. Maintenant qu'il y a les enfants, ma femme me tuerait.
Tu as des enfants ?

Euh, non...
Alors, un bon conseil : prenez votre temps. Profitez de la vie, sortez, allez au cinéma, faites toutes les choses qui vous paraissent aujourd'hui un peu ennuyeuses mais que vous regretterez plus tard...
Je ne pensais pas que c'était si dur d'avoir des enfants. Mais je suis peut-être trop feignant. Nos familles n'habitent pas près de chez nous, on ne peut pas leur faire garder les enfants. On a une nounou qui nous aide. Mais mon Dieu, c'est tellement de boulot ! Dès qu'on a des enfants, on prend un sacré coup de vieux.

Tu as pourtant toujours l'air d'un étudiant de première année. Quel est ton secret ?
Ce doit être génétique : je tiens ça de mes parents. Mais je fume des cigarettes : si ce n'était pas le cas, j'aurais l'air encore plus jeune.

Stephen Malkmus, par Julien Bourgeois

Aujourd'hui, te considères-tu comme un musicien professionnel ?
Ouais, dans un sens ! Je pense qu'on pourrait se mesurer à n'importe qui sans être ridicule. Cela dit, on n'est pas exactement le groupe le plus puissant et le plus précis du monde. On est plutôt puissants, mais pas encore complètement précis ! Mais bon, quand on s'y met, au bout d'un moment...
À Nashville, où habite David, dans les bars country, il y a ces mecs qui jouent tous les soir et qui connaissent des millions de chansons. C'est impressionnant. Eux, ce sont vraiment des pros.

Aujourd'hui, Pavement est un mythe. Ça fait quoi d'avoir joué dans un groupe qui est devenu au fil du temps une véritable référence ?
Il y a de quoi être fier à propos de Pavement ; on a fait pas mal de choses qui tiennent encore la route. Musicalement, c'était consistant. Mais je ne sais pas si c'est vraiment une référence. En tout cas, ça fait plaisir qu'on en parle encore. C'est pas complètement dépassé, comme tant de groupes pour lesquels, cinq ans après, il n'y a plus que trois lignes dans la rubrique "Mais que sont-ils devenus ?" de Mojo. J'espère que ça va durer, que d'autres générations vont écouter les disques et qu'ils pourront toujours apprécier la musique. (il se lève pour ouvrir la fenêtre, puis se recouche)

Pavement pourrait faire un come-back ?
Pas tout de suite. You just have to deal with it. On ne prévoit rien de tel. Pour le moment, on laisse Pavement continuer sans nous et vivre tout seul. Sans le côté "live".

Qu'est-ce que tu écoutes en ce moment ?
Mmmm... Pas grand-chose. L'album de Panda Bear, "Person Pitch". Mmmm... Times New Viking, des gamins super cool. Ils sont aussi chez Matador. Et Blitzen Trapper, un groupe de Portland avec lequel on a tourné.

Une dernière question : aujourd'hui, c'est le "super tuesday" des élections américaines...
J'aimerais bien qu'Obama soit le candidat démocrate. Mais il ne part pas favori dans les grands États, la Californie, la Floride... J'espère qu'il va battre Hillary et gagner les élections.
Mon père va voter McCain : c'est le mâle blanc conservateur typique de sa génération.
Mais bon, je suis un peu sceptique, après toutes ces élections truquées... En plus, quelle que soit la personne au pouvoir, les choses ne s'améliorent pas vraiment. Tout est trop imbriqué, et il y a tant d'intérêts divergents en jeu... Les années passent et rien n'évolue vraiment. C'est pareil en France, non ?

Propos recueillis par Aurélien Gaidamour
Photos par Julien Bourgeois

les derniers articles


»» tous les articles
»» toutes les chroniques de disque
»» tous les posts du blog
»» tous les CR de concerts et festivals
»» toutes les interviews