Sufjan Stevens - Le Point Ephémère, Paris, Le 26 Octobre 2005

03/11/2005, par Jean-Charles Dufeu | Concerts |
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SUFJAN STEVENS - Le Point Ephémère, Paris, le 26 octobre 2005

Sufjan lui-même vient présenter au micro le premier groupe, My Brightest Diamond, qui s'avère de prime abord composé d'une chanteuse et de sa guitare électrique. Ça commence par une reprise de Nina Simone, "Feeling Good " (chanson malheureusement trop maltraitée par le passé pour être vraiment appréciée à la hauteur de la version qui en est donnée) et ça continue en un rock abrasif d'où émergent notamment une puissante voix féminine, quelques paroles en un français absurde, une reprise de Kurt Weill et bien évidemment, la guitare lourde, et maniée néanmoins avec une grande dextérité par la chanteuse. Elle sera rejointe après les deux premiers titres par le reste du groupe, relégué au second plan (mais il semble que ce soit aussi leur intention). Parmi ces trois membres, le bassiste a l'air de tout juste sortir d'une profonde dépression (en est-il vraiment sorti ?). On est triste pour lui. Du reste, à part la chanteuse, personne n'a l'air de rigoler sur scène. Cette première partie, agréable cependant, se termine comme elle a commencé, avec Sufjan Stevens sur scène, grand prince, venu secouer des percussions au micro le temps de la dernière chanson.
Mais le Sufjan aperçu ici n'a rien à voir avec celui qui assure le show de la seconde partie. Une jeune fille habillée en majorette vient annoncer au micro la venue du groupe, The Illinoise Makers. Quelques secondes plus tard, une petite troupe arrive en sautillant sur la scène, dans un roulement de tambour symphonique. Les filles portent jupettes et pompons, les garçons, un pantalon orange à bandes blanches. Tous ont un T-shirt bleu sur lequel un "I" trône majestueusement. Bienvenue au concert de Sufjan Stevens.

C'est une grande parade visuelle qui démarre. Chorégraphies, animations de pom-pom girls, applaudissements, sautillements, cris de ralliement, et même pyramide humaine ponctuent le spectacle. On est content de reconnaître la chanteuse du premier groupe qui semble autant à son affaire en majorette qu'en icône rock. Et puis, petit à petit, on identifie tous les membres de My Brightest Diamond, jusqu'au bassiste dépressif, qui lui aussi s'amuse avec des pompons et sautille dans tous les sens en applaudissant. Voilà les effets de la sufjanite aiguë. Le maître de cérémonie ne dépare évidemment pas dans cette assemblée. Tout sourire, il assure en milieu de parcours que lui et les Illinoise Makers sont des gens tout à fait sérieux et que porter de pareils habits les fait agir de la sorte. Malgré cette propension au feu d'artifice visuel, les chansons ne perdent rien en force, et certaines d'entre elles en sortent même grandies sur scène, comme "John Wayne Gacy Jr", dont la sobriété tout en piano tranche, par contraste, avec le reste du spectacle, et qui devient d'autant plus poignante. Sur les titres les plus orchestrés, le second degré est de mise, et voir Sufjan Stevens tenter, sans éclater de rire, de continuer les chorégraphies avec ses bras, alors qu'il chante au piano, un morceau qui, sur disque, aurait de quoi faire pleurer, donne tout simplement envie de crier au génie. Evidemment, on est en plein Walt Disney par moments, mais on se laisse subjuguer comme un enfant. D'autant plus que la prestation a beau être fantaisiste au possible, elle est réglée au millimètre par un Sufjan intransigeant, qui (sur)veille d'un œil en coin, en aimable et généreux despote, à la coordination de l'ensemble des musiciens. Pas un faux pas ne vient troubler cet étonnant périple à travers l'Illinois (entrecoupé seulement d'un ou deux détours par le magnifique album "Seven Swans"), d'où l'on ressort, après la très attendue "Chicago" en rappel, assommé par un tel flamboiement, hébété d'admiration et béatement hagard. Simplement miraculeux.

Jean-Charles Dufeu

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