Syd Matters - Interview

23/01/2008, par Catherine Guesde | Interviews |
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J'ai eu l'impression que cet album était plus optimiste et lumineux que les précédents. Est-ce que tu as eu l'impression de te tourner plus vers l'avenir avec cet album, là où les disques précédents étaient clairement marqués par la nostalgie ?

Tourné vers l'avenir, non, parce que j'ai déjà du mal à me projeter dans deux semaines. Mais j'ai l'impression d'être plus tourné vers le présent. Je n'ai jamais vraiment voulu faire de la musique mélancolique ou triste. Le côté mélancolique de mes chansons vient surtout de ma voix qui est un peu limitée. Sur ce disque, il y a des morceaux dont je voulais vraiment qu'ils soient gais, notamment "It's a Nickname" ; et un de mes copains m'a dit que même sur cette chanson qui est en majeur, il y a un côté mélancolique. Je crois que ma voix fait que je pourrais chanter "I'm happy" et quand même avoir l'air triste. Mais je suis content que l'on puisse trouver cet album plus léger, parce que je n'ai jamais voulu plomber mes disques. Je voulais avoir plus de palettes, et ne pas être seulement le mec un peu tristounet dans sa chambre.

Syd Matters, par Jason Glasser

Certains morceaux de cet album sont accompagnés des clips de Jason Glasser. D'où est venue l'envie de combiner image et musique ? Est-ce que c'est le fait d'avoir fait la B.O. de "La Question humaine" qui t'a donné envie de travailler dans le sens inverse, de demander des images à partir de tes titres plutôt que de composer à partir des images des autres ?
J'ai toujours eu envie de faire ce genre de travail. C'est en partie lié au fait que je n'aime pas montrer ma tête sur les albums, ou faire des clips dans lesquels j'apparais (ndlr : on confirme ; Jonathan n'avait pas trop envie de se faire prendre en photo à l'occasion de cette interview). Qu'est-ce qu'on fait quand on ne veut pas se montrer ? On essaie de montrer autre chose. Naturellement, pour tous les disques, j'ai toujours voulu développer un univers visuel assez fort. Jason est un copain à moi ; j'ai vu ce qu'il faisait au moment où je travaillais sur ce disque, et j'ai trouvé que c'était très proche de ce que j'essayais de faire. Son travail m'a influencé pour la musique de cet album ; et inversement, lui a écouté ma musique pendant qu'il travaillait sur ces images, donc ça l'a influencé aussi ; et du coup ça donne une cohérence. Mais c'était vraiment un coup de foudre que j'ai eu pour son travail, que je trouve inclassable : il y a un côté bricolé, une esthétique un peu lo-fi ou indé, et en même temps il y a un côté plus naïf et coloré. Je n'arrivais pas à mettre un nom sur ce qu'il faisait, et c'est ça qui m'a touché. Donc, naturellement, j'ai eu envie de rentrer dans cet univers-là.

Un de vos points de rencontre se situe au niveau du thème de l'enfance...
Ce thème était très important pour moi sur les autres albums. Je suis quelqu'un de très nostalgique. Mais j'avais un peu fait le tour de la question sur les autres albums, et je n'avais pas envie de continuer à chanter "j'étais enfant, c'était chouette", alors que ce n'était pas si chouette... Par contre, il y un truc de l'enfance que je veux garder, c'est le jeu, et le jeu est très lié à la musique. Quand j'ai arrêté de jouer aux jeux vidéos, j'ai commencé à faire de la musique. Jason a aussi cette conception du travail artistique. Je pourrais acheter des figurines et jouer dans ma chambre, encore aujourd'hui, sauf que c'est grotesque et que je ne le ferais pas.

Donc faire la musique, c'est un peu une façon de rester en enfance sans avoir à se compromettre en achetant des jouets réservés aux moins de 10 ans ?
Oui, c'est un peu ça... C'est le jeu des grands en quelque sorte. Il y a plein de choses dans la musique qui sont similaires aux jeux d'enfants. Parfois on rencontre des mecs avec qui on joue aux mêmes jeux, et puis ensuite on va faire de la musique ensemble, partir en tournée, être tous ensemble en colo... C'est un mode de vie un peu éloigné des standards du monde adulte. Hier j'ai regardé un film assez mauvais des années 70 avec Christian Clavier et j'ai trouvé qu'ils avaient l'air beaucoup plus adultes que nous aujourd'hui. Nos parents sont de vrais adultes ; alors qu'aujourd'hui les gens de 35 - 40 ans rentrent chez eux et vont jouer à la Wii. Même dans la musique, quand tu écoutes Roberta Flack ou Bobbie Gentry, ces femmes-là étaient des adultes : des femmes, des mamans... Aujourd'hui on a le culte des jeunes : soit on joue sur le côté sexy, comme Madonna qui a cinquante balais et qui montre ses fesses, soit on est un groupe super jeune, et plus on est jeune mieux c'est... Moi j'ai l'impression de ne pas trop savoir ce que c'est que d'être adulte. Il y a aussi le fait qu'on est une génération qui vit moins bien que celle de nos parents : il y a une régression économique, culturelle... Et du coup on n'est jamais adulte ; on reste dans le jeu et dans le divertissement. L'adulte est une image qui disparaît.

Il y a quelques années, tu as fait une collaboration avec Euros Child (chanteur des ex-Gorky's Zygotic Mynci). Comment ça s'était passé ? Est-ce que ça t'a donné envie de faire d'autres collaborations ?
Il y a plein de groupes avec qui j'aimerais jouer. Par exemple, j'adorerais faire quelque chose avec Midlake, qui est un groupe que j'aime beaucoup. Ou alors avec Joanna Newsom, Bill Callahan... Mais avant tout il faut que ce soient des gens avec qui je m'entende bien. Je serais plus tenté de faire des collaborations avec des gens que j'aime beaucoup, même si musicalement je n'aime pas trop, plutôt que de faire l'inverse. Avec Euros Child, ça s'est fait super naturellement : je lui ai envoyé quelques démos, je lui ai demandé s'il voulait chanter avec moi. Puis quelques jours plus tard il est venu chez moi, et c'était un peu mon corres'... Il y a plein de gens avec qui j'aimerais faire de la musique, mais il faudra avant tout se demander si on est bien quand on est ensemble, ou si on n'a rien à se dire.

La question un peu inévitable en ce début d'année : quels sont tes projets et tes attentes pour 2008 ?
(Soupir) J'en sais rien... (Double soupir) Qu'il y ait du changement, qu'il se passe des trucs dans ma vie et dans celle des gens que j'aime. Que ça se passe toujours mieux que l'année dernière et que l'année d'avant. J'espère aussi faire le plus de concerts possible après ce disque, et ne pas me retrouver au chômage technique en mars. 

Photos de Jason Glasser

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