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SYD
MATTERS
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précédente]
J'ai
eu l'impression que cet album était plus optimiste
et lumineux que les précédents. Est-ce que
tu as eu l'impression de te tourner plus vers l'avenir avec
cet album, là où les disques précédents
étaient clairement marqués par la nostalgie
?
Tourné vers l'avenir, non, parce que j'ai déjà
du mal à me projeter dans deux semaines. Mais j'ai
l'impression d'être plus tourné vers le présent.
Je n'ai jamais vraiment voulu faire de la musique mélancolique
ou triste. Le côté mélancolique de mes
chansons vient surtout de ma voix qui est un peu limitée.
Sur ce disque, il y a des morceaux dont je voulais vraiment
qu'ils soient gais, notamment "It's a Nickname"
; et un de mes copains m'a dit que même sur cette
chanson qui est en majeur, il y a un côté mélancolique.
Je crois que ma voix fait que je pourrais chanter "I'm
happy" et quand même avoir l'air triste. Mais
je suis content que l'on puisse trouver cet album plus léger,
parce que je n'ai jamais voulu plomber mes disques. Je voulais
avoir plus de palettes, et ne pas être seulement le
mec un peu tristounet dans sa chambre.

Certains morceaux
de cet album sont accompagnés des clips de Jason
Glasser. D'où est venue l'envie de combiner image
et musique ? Est-ce que c'est le fait d'avoir fait la B.O.
de "La Question humaine" qui t'a donné
envie de travailler dans le sens inverse, de demander des
images à partir de tes titres plutôt que de
composer à partir des images des autres ?
J'ai toujours eu envie de faire ce genre de travail. C'est
en partie lié au fait que je n'aime pas montrer ma
tête sur les albums, ou faire des clips dans lesquels
j'apparais (ndlr : on confirme ; Jonathan n'avait pas trop
envie de se faire prendre en photo à l'occasion de
cette interview). Qu'est-ce qu'on fait quand on ne veut
pas se montrer ? On essaie de montrer autre chose. Naturellement,
pour tous les disques, j'ai toujours voulu développer
un univers visuel assez fort. Jason est un copain à
moi ; j'ai vu ce qu'il faisait au moment où je travaillais
sur ce disque, et j'ai trouvé que c'était
très proche de ce que j'essayais de faire. Son travail
m'a influencé pour la musique de cet album ; et inversement,
lui a écouté ma musique pendant qu'il travaillait
sur ces images, donc ça l'a influencé aussi
; et du coup ça donne une cohérence. Mais
c'était vraiment un coup de foudre que j'ai eu pour
son travail, que je trouve inclassable : il y a un côté
bricolé, une esthétique un peu lo-fi ou indé,
et en même temps il y a un côté plus
naïf et coloré. Je n'arrivais pas à mettre
un nom sur ce qu'il faisait, et c'est ça qui m'a
touché. Donc, naturellement, j'ai eu envie de rentrer
dans cet univers-là.
Un de vos points
de rencontre se situe au niveau du thème de l'enfance...
Ce thème était très important pour
moi sur les autres albums. Je suis quelqu'un de très
nostalgique. Mais j'avais un peu fait le tour de la question
sur les autres albums, et je n'avais pas envie de continuer
à chanter "j'étais enfant, c'était
chouette", alors que ce n'était pas si chouette...
Par contre, il y un truc de l'enfance que je veux garder,
c'est le jeu, et le jeu est très lié à
la musique. Quand j'ai arrêté de jouer aux
jeux vidéos, j'ai commencé à faire
de la musique. Jason a aussi cette conception du travail
artistique. Je pourrais acheter des figurines et jouer dans
ma chambre, encore aujourd'hui, sauf que c'est grotesque
et que je ne le ferais pas.
Donc faire la musique,
c'est un peu une façon de rester en enfance sans
avoir à se compromettre en achetant des jouets réservés
aux moins de 10 ans ?
Oui, c'est un peu ça... C'est le jeu des grands en
quelque sorte. Il y a plein de choses dans la musique qui
sont similaires aux jeux d'enfants. Parfois on rencontre
des mecs avec qui on joue aux mêmes jeux, et puis
ensuite on va faire de la musique ensemble, partir en tournée,
être tous ensemble en colo... C'est un mode de vie
un peu éloigné des standards du monde adulte.
Hier j'ai regardé un film assez mauvais des années
70 avec Christian Clavier et j'ai trouvé qu'ils avaient
l'air beaucoup plus adultes que nous aujourd'hui. Nos parents
sont de vrais adultes ; alors qu'aujourd'hui les gens de
35 - 40 ans rentrent chez eux et vont jouer à la
Wii. Même dans la musique, quand tu écoutes
Roberta Flack ou Bobbie Gentry, ces femmes-là étaient
des adultes : des femmes, des mamans... Aujourd'hui on a
le culte des jeunes : soit on joue sur le côté
sexy, comme Madonna qui a cinquante balais et qui montre
ses fesses, soit on est un groupe super jeune, et plus on
est jeune mieux c'est... Moi j'ai l'impression de ne pas
trop savoir ce que c'est que d'être adulte. Il y a
aussi le fait qu'on est une génération qui
vit moins bien que celle de nos parents : il y a une régression
économique, culturelle... Et du coup on n'est jamais
adulte ; on reste dans le jeu et dans le divertissement.
L'adulte est une image qui disparaît.
Il y a quelques années,
tu as fait une collaboration avec Euros Child (chanteur
des ex-Gorky's Zygotic Mynci). Comment ça s'était
passé ? Est-ce que ça t'a donné envie
de faire d'autres collaborations ?
Il y a plein de groupes avec qui j'aimerais jouer. Par exemple,
j'adorerais faire quelque chose avec Midlake, qui est un
groupe que j'aime beaucoup. Ou alors avec Joanna Newsom,
Bill Callahan... Mais avant tout il faut que ce soient des
gens avec qui je m'entende bien. Je serais plus tenté
de faire des collaborations avec des gens que j'aime beaucoup,
même si musicalement je n'aime pas trop, plutôt
que de faire l'inverse. Avec Euros Child, ça s'est
fait super naturellement : je lui ai envoyé
quelques démos, je lui ai demandé s'il voulait
chanter avec moi. Puis quelques jours plus tard il est venu
chez moi, et c'était un peu mon corres'... Il y a
plein de gens avec qui j'aimerais faire de la musique, mais
il faudra avant tout se demander si on est bien quand on
est ensemble, ou si on n'a rien à se dire.
La question un peu
inévitable en ce début d'année : quels
sont tes projets et tes attentes pour 2008 ?
(Soupir) J'en sais rien... (Double soupir) Qu'il y ait du
changement, qu'il se passe des trucs dans ma vie et dans
celle des gens que j'aime. Que ça se passe toujours
mieux que l'année dernière et que l'année
d'avant. J'espère aussi faire le plus de concerts
possible après ce disque, et ne pas me retrouver
au chômage technique en mars.
Propos recueillis par Catherine Guesde
Photos de Jason Glasser
A lire également sur Syd Matters :
La
chronique de "Fever In
Winter, Shiver In June"
La chronique de "A Whisper
and a Sigh"
La chronique de "Someday
We Will Foresee Obstacles"
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