Sylvain Chauveau – Track by Track

15/10/2012, par | Track by track |
  • Facebook
  • Twitter
| permalien

Sylvain Chauveau, de retour d’une tournée solo aux Etats-Unis, a bien voulu prendre le temps de nous raconter un peu l’envers du décor de son travail sur des morceaux de Smog, "Palimpsest", réalisé en duo avec Stephan Mathieu. Déchiffrage.

 

"Palimpsest" :

Peut-être mon morceau préféré du disque. C'est une chanson qui ouvrait l’ultime album de Smog, "A River Ain't Too Much To Love" (2005), qui était vraiment bon, alors que j’avais décroché de Callahan depuis des années. Ça a été un de mes premiers choix quand j’ai eu l’idée de chanter des reprises de Smog sur les musiques que m’avait envoyées Stephan en vue de notre collaboration. Et ça nous a paru évident que cette version devait introduire aussi notre album.

C’est marrant aussi de voir que souvent dans la création, on donne un sens aux choses après coup. On a choisi pour titre à l’album un des titres de Smog et "Palimpsest" nous a paru parfait. Je pense que c’est plutôt pour des raisons esthétiques. Mais en réfléchissant deux secondes, on se rend compte que ça résume exactement ce qu’on a fait ici. Un palimpseste est, en gros, un texte écrit par-dessus un autre texte. Ça correspond même doublement à notre album : moi réécrivant du Smog par-dessus les compositions de Stephan Mathieu, et nous deux effaçant les chansons de Smog pour y réécrire nos versions par-dessus.

 

"Chosen One" :

Pour moi un des classiques de Callahan dans les années 90. Un morceau carrément emblématique de son style : trois accords en boucle, une voix grave et mélancolique, une histoire pessimiste. Et encore une fois, l’image du cheval, qui revient si souvent chez lui. Dans combien de chanson de Bill Callahan y a-t-il les mots "horse" et "river" ? Ce serait amusant de compter.

 

"Wild Love" :

Morceau-titre de l’album de Smog qui m’a peut-être le plus marqué. C'est sorti en 95, j’ai adoré tout de suite. Notamment le "tube" (à l'échelle callahanienne) "Bathysphere". Je l’écoutais dans le train en allant enregistrer la nouvelle démo de mon groupe de l’époque, Watermelon Club. Et j’ai eu envie de la reprendre illico, ce que j’ai fait durant cette session. C'est ensuite sorti en 45 tours, la même année que l’album de Smog. Notre version était même passée sur France Inter chez Bernard Lenoir : une sorte de consécration pour nous à l’époque.

 

"Soaking the pages in tea" :

Un instrumental de Stephan. Cette fois, je n’ai rien fait sur le morceau. Mais il faut savoir que tous les morceaux du disque ont été réalisés comme ça : Stephan enregistrait des compositions avec des instruments acoustiques qu’il retraitait électroniquement. C’étaient des morceaux finis, ils étaient très bons et auraient très bien pu être publiés tels quels. Mais sa proposition était de me les envoyer pour que je rajoute des parties. Au début on avait évoqué des arrangements de cordes. Puis, finalement, j’ai opté pour le chant. Il était d’accord. J’ai alors proposé de chanter des chansons de Smog sur ses compositions, en craignant que ça le choque un peu. Mais au contraire il était intrigué par cette idée. J’ai choisi des morceaux, enregistré mes parties voix, je les lui ai envoyées et il a réalisé le mixage.

 

"The floating world" :

Un autre instrumental de Stephan qu’on a laissé tel quel. Mais au final il a fondu la fin du morceau dans le début de "Your Wedding".

 

"Your Wedding" :

Une chanson assez trash de Smog. J’avais interviewé Callahan pour mon fanzine de l'époque, en 95, juste après la sortie de "Wild Love". Je lui avais parlé des chansons de lui que j’aimais et je lui disais que souvent j’avais du mal à saisir le sens réel des textes, l’anglais n'étant pas ma langue maternelle. Notamment "Your Wedding". Très avare en paroles, il m’avait répondu : "Tu crois que ça parle de quoi ?". J’ai dit qu’il me semblait que c’était le récit d'un gars qui a vécu une histoire, plutôt longue, avec une fille, et qu’un jour, elle se marie et elle l’invite au mariage parce qu’ils sont restés en bons termes. Mais il l’aime encore, alors il est un peu dégoûté d’être là et il se bourre la gueule comme un abruti au mariage. Il m’a juste répondu "Eh ben, c'est ça". Point. Du pur Bill Callahan.

 

"Prince Alone in the studio" :

Encore un titre-phare de l'album "Wild Love". Dans tous les morceaux de notre disque, l’une des principales difficultés pour moi était de caler des parties chant mélodiques, pop, sur une musique presque atonale. Il y a toujours une note dominante dans les drones de Stephan. Donc j’ai essayé de naviguer vocalement en m’accrochant à cette dominante. Mais sur "Prince Alone In The Studio", c'est sans doute là que ça a été le plus dur, car les notes dominantes changeaient d'un passage à l’autre et ne revenaient pas. Il a vraiment fallu faire une sorte de slalom harmonique pour arriver à caler la mélodie vocale de ce morceau. Mais c’est un challenge que j’aime beaucoup. Je suis persuadé qu’on peut presque tout chanter sur n’importe quelle musique : c’est juste une question d’adaptation de la voix à l’harmonie et au rythme. J’aime bien faire ça. Ça pourrait aller loin : genre chanter du Beyoncé sur une musique de Morton Feldman...

 

"I Break Horses" :

Gros gros classique de Smog. Peut-être LE classique pour les connaisseurs. Il fallait que ce soit sur le disque.

 

Propos recueillis par Guillaume Delcourt.

Avec l'aide de Johanna D. pour sortir du brouillard de la relecture.

les derniers articles


»» tous les articles
»» toutes les chroniques de disque
»» tous les posts du blog
»» toutes les interviews