Passés
de Kitty-Yo à Morr Music, moins par volonté
de rupture que par désir de chercher ailleurs où
va sa musique, le duo berlinois Tarwater propose avec "The
Needle Was Traveling" une solution de continuité
élégante à ses travaux antérieurs,
une sorte de concentré synthétique des différentes
tendances qu’il a pu explorer sur ses derniers albums.
Ainsi, renouant avec les constructions pop de "Animals,
Suns & Atoms" sans délaisser les recherches
sonores qui l’ont fait connaître à l’époque
de "Silur", il fait alterner chansons et instrumentaux,
en un dialogue où les qualités attendues dans
chaque “genre” apparaissent discrètement
dans l’autre. La voix de Ronald Lippok assure toujours,
de sa régularité de métronome, le balancier
rythmique de compositions dont les détails mélodiques
apparaissent ailleurs, dans les parties de guitare ou les
explorations électroniques. En retour, les instrumentaux,
peut-être plus que par le passé, sont attachés
à la recherche d’une forme lisible, fondée
davantage sur des jeux d’harmonie et de couleurs que
sur la répétition et la traque du matériau
sonore inédit.
De fait,
ce qui frappe d’emblée et distingue le disque
des essais antérieurs, c’est la richesse de
l’instrumentation, la prolifération des détails
: outre la guitare, la basse et les bleeps habituels, la
musique s’enrichit de l’appoint subtil de samples
inattendus (des cuivres un peu partout), d’instruments
classiques (violon, contrebasse et trombone sur l’énigmatique
"Yeah", perdu quelque part entre le jazz ambient
et la musique contemporaine). Le travail de la matière
électronique est lui-même particulièrement
varié, entre synthés vintage, percussions
diverses, délicatesses mélodiques, motifs
concrets ou abstraits incongrus. Par ailleurs, de petites
références à la musique du début
des années 80 émaillent le disque (des claps
électro comme sortis du "Big Science"de
Laurie Anderson sur "All That", une reprise de
Minimal Compact, "Babylonian Tower", des ambiances
à la Tuxedomoon) moins comme éléments
décoratifs que comme parties constitutives d'une
riche mémoire musicale.
Le disque
a vraiment toutes les qualités pour rassembler ceux
qui ont, un jour ou l'autre, été saisis, charmés,
ou seulement intrigués par la musique du groupe (à
ceux-là, on recommande d'oser enfin la rencontre)
: sur "The Needle was Traveling", Tarwater franchit
sans doute une étape supplémentaire de maturation
artistique, dans un mélange de générosité,
de maîtrise et de subtilité qui laisse assez
admiratif. Danke vielmals.
david
Across
the Dial
Stone
Seven of Nine
Entry
Babylonian Tower
TV Blood
The People
All That
Jackie
Yeah
In a Single Place
90 Days
Unseen in the Disco
Home Tonight