Tarwater + Anne Laplantine - Café de la Danse, 24 mai 2005

02/06/2005, par David Larre | Concerts |
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TARWATER + ANNE LAPLANTINE - Café De La Danse, 24 Mai 2005

Aller écouter de la musique électronique jouée live n'est pas toujours la chose la plus attirante qui soit, surtout quand le lieu, en l'occurrence le Café de la Danse, conjugue la beauté austère (le monumental mur de pierre du fond de scène) et les limites acoustiques (le maintien du niveau sonore à un niveau jugé acceptable par le voisinage et les règlementations locales). Chacun à sa manière, Anne Laplantine et le duo allemand Tarwarter tenteront de faire oublier ces limites inhérentes à leur art et à aux possibilités techniques de la transposition sur scène, avec une manière de ne pas y toucher (un rien d'ironie pour la demoiselle, une densité constante pour ces messieurs) qui mérite plus qu'un jugement hâtif.

Anne Laplantine commence par prendre le public à rebrousse-poil en en rajoutant dans le minimalisme. Plutôt adepte du non-look (Converse et tee-shirt roses, nattes derrière les oreilles), du non-spectacle (assise sur sa chaise, elle reste rivée à sa guitare et aux bandes de voix enregistrées qu'elle a emportées avec elle), du discours non verbal (la bande lancera pour elle, et sur une note plutôt virile, le "Vielen Dank" de clôture).
Mais, car il y a un mais, ce qu'elle propose sur scène est suffisamment original et délicat pour que quiconque ayant envie d'écouter de la musique se laisse gagner, ce soir-là par l'intérêt. Jouant de pédales d'effets, elle fait tourner les boucles de ses arpèges qui s'enroulent autour de timbres fantômes (voix alternativement masculines et féminines allant de la Suisse alémanique à l'Extrême-Orient) pour produire une sorte d'électro-folk fragile et dérisoire, plongé parfois dans la pure dérision (une variation vocalement approximative autour du "Tourbillon" de Rezvani, une comptine allemande sur les nuages et la pluie qui tombe sur l'herbe verte, si si), parfois dans la pure rêverie hypnotique. Le public écoute, se tâte, se laisse prendre, et finit par applaudir chaleureusement.

Tarwater, pour qui l'essentiel du public s'est déplacé, séduit plutôt par l'efficacité de son set. Pas vraiment des bêtes de scène, Ronald Lippok au chant, au clavier et aux machines, Bernd Jestram aux machines et à la basse (dans un style new-wave très pur), proposent une relecture compacte et constamment inventive de leurs compositions les plus récentes (l'essentiel de l'album "The Needle Was Traveling") et de morceaux plus anciens (les titres les plus pop et accrocheurs de "Animals, Suns & Atoms"). Les qualités mélodiques des morceaux, l'ingéniosité des rythmes ont la clarté de l'évidence.
Même si le son n'est pas à la hauteur du groupe, pas aussi enveloppant que souhaité, les strates enchevêtrées font apparaître une complexité captivante, ouvrent des doubles fonds ténébreux sous l'écrin des mélodies. Le morceau d'ouverture, "Across the Dial" reste imparable, leur reprise du "Babylonian Tower" de Minimal Compact gagne en profondeur et en délié, et "Unseen in the Disco" fait rêver à de possibles explorations franchement "dance" du groupe. A côté, les transpositions de "All of the Ants Left Paris" ou " Seven Ways to Fake a Perfect Skin" paraissent plus sages et attendues, comme si les chansons du dernier album n'en finissaient pas de jeter leur éclat rare, reléguant quelque peu le passé dans l'ombre et illuminant le chemin à venir. Puisse leur lanterne nous éclairer encore longtemps.

David Larre

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