Tender Forever - Interview

14/06/2006, par Luc Taramini | Interviews |
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TENDER FOREVER

Tout cela a eu lieu quand ?

Il y a un an exactement.

Et comment les choses se sont-elles enchaînées ensuite ?

Le dernier concert, c'était pour dire au revoir à tous ceux qui nous avaient accueillies à Olympia. On a joué avec un groupe de Hip Hop, les Scream Club, dans leur grenier. L'endroit est vraiment minuscule. On l'appelle "The smallest venue ever". Le public est obligé de s'allonger pour t'écouter. Et là se pointe Calvin Johnson. Le lendemain, je le croise, (elle prend une grosse voix) : "J'ai bien aimé tes chansons, en fait je les ai vraiment aimées, est-ce que tu veux enregistrer?". J'ai dit ok, j'ai changé mon billet et je suis rentrée en studio. Là-dessus, lui partait en tournée (50 à 60 dates à travers les Etats-Unis), il m'a proposé de l'accompagner. J'y suis allée. Au final, j'ai plaqué ma vie d'avant qui consistait à faire des maquettes de pré-presse bien chiantes pour la grande aventure. C'était à l'automne dernier.

K Records est un label qui a une éthique, j'imagine que tu n'as pas eu de mal à t'intégrer ?

Oui, K, c'est une famille, des gens qui feront tout pour toi. Ils soutiennent énormément la communauté d'Olympia, ils soulèvent des fonds pour aider leurs artistes. Récemment une des musiciennes de The Gossip est tombée malade et, grâce à l'argent récolté lors d'un concert, K a pu payer ses frais d'hospitalisation. Ils organisent aussi des concerts pour des fermes bio. Tu te retrouves à jouer sur des bottes de foin en plein été, etc. Les gens se déplacent. Pour la tournée, c'était Calvin et moi dans le van au milieu du désert... Autant dire surréaliste !

Tu n'étais pas trop impressionnée par le personnage ?

C'est quelqu'un qui a beaucoup de mal à communiquer socialement. Les fans de K sont un peu extrêmes parfois et ça le refroidit pas mal ce genre d'attitude. Mais au fond, il est hyper accessible si tu es spontané avec lui. C'est quelqu'un qui n'assume pas son statut un peu culte.

Comment s'est passé ton retour en France ?

Je suis rentrée en janvier. En descendant de l'avion, je suis allée jouer pour la compil' Bordeaux Rock. Je n'avais pas vu les gens depuis 8 mois. J'ai entendu des choses comme "l'Américaine revient". J'ai trouvé ça très agréable parce que je passe maintenant plus de temps à parler anglais que français et que je me sens proche de leur état d'esprit. Il n'y a pas de plan de carrière, pas de tactique là-bas. Quand tu veux faire quelque chose, tu fonces.

Est-ce qu'on peut dire que si tu étais restée en France, tu n'en serais pas là aujourd'hui ?

C'est certain, même si le disque a été fait en dehors de tout ce contexte. En France, j'aurais galéré. Et puis, les gens de K m'ont offert une chose précieuse, la possibilité de faire de la scène, tout de suite, sans attendre. Ma musique est très live. Je ne peux pas composer et me mettre à tourner dans 6 mois comme c'est le cas ici. En 10 mois, j'ai dû faire 150 concerts et aucun ne s'est ressemblé. Et puis la tournée américaine avec Calvin m'a appris pas mal de choses sur moi-même. Il y avait une dimension philosophique à traverser tous ses états en camion. Tu te poses, tu réfléchis...

Finalement, avec K Records tu as reçu une super formation...

Pas une formation, un état d'esprit. Par essence, Calvin choisit rarement des gens qui ne rentrent pas dans son moule. Il les repère sur scène lors de leurs premiers concerts. Il faut qu'il ait le feeling. Il reçoit des tonnes de démos qu'il écoute mais il ne signera jamais quelqu'un sur la fois d'une démo. Dans la définition de K Records il y a le mot "implosion" et ça doit se passer sur scène.

Après ta tournée d'automne/hiver, comment as-tu vécu le retour à la réalité ?

C'est toujours un peu chiant quand ça s'arrête. Il faut trouver d'autres échappées. Quand je suis rentrée à Bordeaux, j'ai commencé à travailler sur de nouveaux morceaux. J'ai prévenu tout le monde que je ne jouerais aucun concert au mois de mars. Il fallait que je me pose, que je prenne de la distance pour ne pas devenir tarée. Il fallait aussi que je me repose physiquement parce que je me donne beaucoup pendant les concerts et que mon corps en garde des séquelles (genoux écorchés, bleus...).

Est-ce que tu penses étoffer un peu ta musique et jouer avec des musiciens à l'avenir ?

Des musiciens, je ne sais pas encore. Pour ce qui est de l'enregistrement, j'ai progressé un peu en mix. Du coup, ça sonne mieux, c'est moins touffu même si je conserve cette approche bricolo. Disons que c'est mieux fait, que c'est devenu un bordel organisé.

Une chose m'a frappé sur le disque, les voix doublées, on a l'impression qu'il y constamment des chœurs derrière toi, c'est inconscient ou voulu ?

Je ne sais pas. Ça vient sans doute de mes débuts avec les Bonnies ou des Jackson Five que j'ai écoutés. J'aime bien ce côté orchestre vocal. Le fond musical est finalement assez simple et les voix sont un bon moyen d'étoffer la musique tout en la rendant plus vivante, plus chaleureuse. Et puis, je les crée en pensant à la scène pour pouvoir m'amuser avec. J'aime bien ce côté dédoublement musical. Je suis à la fois toute seule et plusieurs sur scène.

 

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