| TENDER FOREVER
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Tout
cela a eu lieu quand ?
Il
y a un an exactement.
Et
comment les choses se sont-elles enchaînées
ensuite ?
Le
dernier concert, c'était pour dire au revoir à tous
ceux qui nous avaient accueillies à Olympia. On a joué avec
un groupe de Hip Hop, les Scream Club, dans leur grenier.
L'endroit est vraiment minuscule. On l'appelle "The smallest
venue ever". Le public est obligé de s'allonger
pour t'écouter. Et là se pointe Calvin Johnson.
Le lendemain, je le croise, (elle prend une grosse voix) : "J'ai
bien aimé tes chansons, en fait je les ai vraiment
aimées, est-ce que tu veux enregistrer?". J'ai
dit ok, j'ai changé mon billet et je suis rentrée
en studio. Là-dessus, lui partait en tournée
(50 à 60 dates à travers les Etats-Unis), il
m'a proposé de l'accompagner. J'y suis allée.
Au final, j'ai plaqué ma vie d'avant qui consistait à faire
des maquettes de pré-presse bien chiantes pour la grande
aventure. C'était à l'automne dernier.

K
Records est un label qui a une éthique, j'imagine
que tu n'as pas eu de mal à t'intégrer ?
Oui,
K, c'est une famille, des
gens qui feront tout pour
toi. Ils soutiennent énormément
la communauté d'Olympia,
ils soulèvent des fonds pour aider leurs artistes.
Récemment une des musiciennes de The Gossip est tombée
malade et, grâce à l'argent récolté lors
d'un concert, K a pu payer
ses frais d'hospitalisation.
Ils organisent aussi des
concerts pour des fermes
bio. Tu te retrouves à jouer
sur des bottes de foin en
plein été, etc. Les
gens se déplacent. Pour la tournée, c'était
Calvin et moi dans le van
au milieu du désert... Autant
dire surréaliste !
Tu
n'étais pas trop impressionnée par le personnage
?
C'est
quelqu'un qui a beaucoup de mal à communiquer socialement.
Les fans de K sont un peu extrêmes parfois et ça
le refroidit pas mal ce genre d'attitude. Mais au fond, il
est hyper accessible si tu es spontané avec lui. C'est
quelqu'un qui n'assume pas son statut un peu culte.
Comment
s'est passé ton retour en France ?
Je
suis rentrée en janvier. En descendant de l'avion,
je suis allée jouer pour la compil' Bordeaux Rock.
Je n'avais pas vu les gens depuis 8 mois. J'ai entendu des
choses comme "l'Américaine revient". J'ai
trouvé ça très agréable parce
que je passe maintenant plus de temps à parler anglais
que français et que je me sens proche de leur état
d'esprit. Il n'y a pas de plan de carrière, pas de
tactique là-bas. Quand tu veux faire quelque chose,
tu fonces.
Est-ce
qu'on peut dire que si tu étais restée en
France, tu n'en serais pas là aujourd'hui ?
C'est
certain, même si le disque a été fait
en dehors de tout ce contexte. En France, j'aurais galéré.
Et puis, les gens de K m'ont
offert une chose précieuse,
la possibilité de faire de la scène, tout de
suite, sans attendre. Ma
musique est très live. Je
ne peux pas composer et me
mettre à tourner dans 6
mois comme c'est le cas ici.
En 10 mois, j'ai dû faire
150 concerts et aucun ne
s'est ressemblé. Et puis la
tournée américaine avec Calvin m'a appris pas
mal de choses sur moi-même. Il y avait une dimension
philosophique à traverser tous ses états en
camion. Tu te poses, tu réfléchis...
Finalement,
avec K Records tu as reçu une super formation...
Pas
une formation, un état d'esprit. Par essence, Calvin
choisit rarement des gens qui ne rentrent pas dans son moule.
Il les repère sur scène lors de leurs premiers
concerts. Il faut qu'il ait le feeling. Il reçoit des
tonnes de démos qu'il écoute mais il ne signera
jamais quelqu'un sur la fois d'une démo. Dans la définition
de K Records il y a le mot "implosion" et ça
doit se passer sur scène.
Après
ta tournée d'automne/hiver, comment as-tu vécu
le retour à la réalité ?
C'est
toujours un peu chiant quand ça s'arrête. Il
faut trouver d'autres échappées. Quand je suis
rentrée à Bordeaux, j'ai commencé à travailler
sur de nouveaux morceaux.
J'ai prévenu tout le monde
que je ne jouerais aucun
concert au mois de mars. Il fallait que je me pose, que je
prenne de la distance pour ne pas devenir
tarée. Il fallait aussi que je me repose physiquement
parce que je me donne beaucoup
pendant les concerts et que mon corps en garde des séquelles
(genoux écorchés,
bleus...).
Est-ce
que tu penses étoffer un peu ta musique et jouer
avec des musiciens à l'avenir ?
Des
musiciens, je ne sais pas encore. Pour ce qui est de l'enregistrement,
j'ai progressé un peu en mix. Du coup, ça sonne
mieux, c'est moins touffu même si je conserve cette
approche bricolo. Disons que c'est mieux fait, que c'est devenu
un bordel organisé.
Une
chose m'a frappé sur le disque, les voix doublées,
on a l'impression qu'il
y constamment des chœurs derrière
toi, c'est inconscient ou voulu ?
Je
ne sais pas. Ça vient sans doute de mes débuts
avec les Bonnies ou des Jackson
Five que j'ai écoutés.
J'aime bien ce côté orchestre vocal. Le fond
musical est finalement assez
simple et les voix sont un bon moyen d'étoffer la musique
tout en la rendant plus vivante, plus chaleureuse. Et puis,
je les crée en
pensant à la scène pour pouvoir m'amuser avec.
J'aime bien ce côté dédoublement musical.
Je suis à la fois toute seule et plusieurs sur scène.
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