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TENDER FOREVER

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Tu dépenses beaucoup d'énergie sur scène, est-ce que ce n'est pas aussi pour combler un vide ?

Non. C'est vraiment ma personnalité. Je rentre dans un monde qui m'appartient. En fait, la scène me permet d'être encore plus moi-même. Et je ne me sens jamais seule parce que je vais chercher le public, je lui raconte des histoires.

Cette interaction permanente ne se fait-elle pas au détriment des morceaux ?

On me l'a reproché une fois en me disant que je parlais trop, etc. Mais c'était de la part de musiciens qui sont dans une optique professionnelle un peu différente de la mienne. C'est une critique que j'écoute volontiers mais ça ne m'empêche pas de penser que j'ai besoin que le public réagisse à mes concerts. Pour moi, c'est un acteur. Il faut qu'il reparte avec l'idée d'avoir participé.

Ce côté "entertainer", c'est finalement très américain comme démarche...

Oui, c'est très américain, je l'entends souvent quand je réponds aux interviews. Mais à Olympia, tout le monde joue de la guitare, fais son truc dans son coin. Quand tu es une nana là-bas avec une guitare, tu n'es ni un super héros, ni une bête curieuse. Ici, une femme avec une guitare, elle passe au festival "Les femmes s'en mêlent". Là-bas, tout le monde se lâche, se sent libre de faire ce qui lui plaît sur scène. En France, il y a toujours un rapport de cause à effet. J'entends souvent le mot "carrière" dans les interviews parce qu'ici quand tu fais de la musique, tu dois faire des choix, du genre "fais pas trop de concerts, ne va pas là-bas", etc.

C'est peut-être en lien avec la réforme du statut des intermittents qui impose la prudence. Certains labels indépendants proposent même des cours de gestion à leurs artistes, ça t'inspire quoi ?

C'est vrai qu'il y a une différence fondamentale avec ce que j'ai vécu aux Etats-Unis. Aux Etats-Unis, les artistes ne sont pas indemnisés, ce qui les pousse à se débrouiller autrement. En France, on est un pays de bureaucratie et si je ne veux pas faire la tournée des caves ad vitam aeternam, il faut aussi que je joue le jeu. Les gens de Vicious Circle se décarcassent pour moi, ça me semble naturel de le faire aussi pour eux. C'est un équilibre à trouver. Donc, je vais continuer de tourner dans des endroits pour le fun tout en faisant le Café de la Danse et d'autres salles. Au fond, pour moi, ça ne change rien.

Au-delà des engagements contractuels, j'ai le sentiment que tu es dans un rapport non écrit avec tes labels ?

Complètement. D'ailleurs, avec K, je n'ai pas signé de contrat. C'est oral. Je suis chez eux sur la foi d'une confiance réciproque et je resterai chez eux tant que je serai dans leur politique et qu'ils arriveront à suivre. Avec eux, tu as une liberté totale. Tu fais partie de la famille. C'est un contrat moral.

La parole a de la valeur...

Oui et finalement, tu piges plein de choses sur la vie. Le respect de soi, des autres, qui tu es, comment on fonctionne...

En écoutant tes paroles, je me suis senti mal à l'aise parfois, j'avais l'impression d'être un peu voyeur...

Les chansons du disque étaient destinées à une personne en particulier. Je ne savais pas qu'elles allaient être écoutées par des milliers de gens. C'est pas la première fois qu'on me le dit. C'est cru, ok mais quand tu dois dire que ce que tu as sur le cœur et bien tu le fais... J'espère que ça incite les gens à avoir plus de spontanéité et d'ouverture d'esprit. Les prochains morceaux, même s'ils s'inscrivent dans une continuité, seront un peu différents parce qu'ils appartiennent à un autre processus d'écriture.

Pourrais-tu nous décrire les conditions d'enregistrement au Dub Narcotic Studio ?

C'est un ancien entrepôt plus ou moins aménagé qui accueille plein d'ateliers d'artistes. Le studio, c'est du bric et du broc. Ils ont investi dans quelques micros. La table de mixage, c'est un truc analogique qui reflète bien le côté collectionneur de Calvin. C'est un mélange de matériel vintage et de trucs bricolés.

C'est lui qui était derrière la console pendant que tu enregistrais ?

Oui. D'ailleurs, il a une super psychologie d'enregistrement. Il te met à l'aise en te disant des trucs du genre "Action, Baby". Et il lance la bande. Après, c'est à toi de te lâcher. Et, au final, on garde la meilleure prise, celle qui nous semble la plus juste. Il y a plein de gens qui passent, qui essaient des trucs, qui donnent leur avis... Mais ça reste structuré, ce n'est pas n'importe quoi. Calvin part du principe que si la chanson sonne bien, elle n'a pas besoin d'être enregistrée de façon super léchée. Avec lui, on est dans l'action, l'émotion brute, pas dans le fignolage.

Propos recueillis par Luc Taramini
Photos Julien Bourgeois [site]
Merci à Laure.