The Durutti Column - Interview

17/12/2008, par | Interviews |
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PKC : Je comprends ce que vous voulez dire, chez vous, il n'y a pas la même stimulation, alors que sur scène, il y a un échange avec le public, quand il vous voit arriver, il a envie d'être diverti. C'est tout un contexte, un millier de personnes qui sont là pour vous voir, vous voulez forcément faire quelque chose de mémorable. Vous rappelez-vous du moment où Tony Wilson est venu vous voir au sujet de cette compilation Factory ?

VR : Pour commencer, il est venu me voir parce que je connaissais Alan Erasmus de Wythenshawe. J'avais beaucoup d'amis de l'époque qui étaient de Wythenshawe ou de Moss Side et la plupart étaient noirs, parce que j'écoutais beaucoup de rhythm and blues.
Alan m'a présenté Tony et Tony est venu me voir alors qu'il n'avait jamais rien entendu de ce que je faisais. Alan a dû s'y prendre à trois fois avant que j'accepte la proposition de Tony et que je décide de monter un groupe avec d'autres musiciens. J'ai insisté pour garder le contrôle et sur des tas d'autres détails, c'était idiot.

Vini Reilly, The Durutti Column, par Guillaume Sautereau

Mais Tony s'est montré très patient. Lorsqu'on a eu l'occasion d'en discuter, et par la suite, en apprenant à le connaître, il disait qu'on reconnaissait ceux qui avaient un don en regardant comment ils se tenaient ou à leur façon d'être. A partir de simples détails, il pouvait se faire une idée. Je pense que c'est possible chez quelqu'un comme Tony, qui avait une telle perception des choses. Je trouvais ça incroyable, mais je crois qu'il avait complètement raison.
Il m'a demandé d'être le point de départ de ce groupe composé de cinq personnes, The Durutti Column. J'ai menacé de partir s'il ne virait pas notre chanteur qui était effroyable à l'époque. Alors on s'est retrouvé sans chanteur ni studio de réservé.
C'est là que Tony a dégoté un acteur qui était vraiment épouvantable, une espèce de mauvais comédien avec des paroles horriblement prétentieuses et pompeuses, qui n'avaient aucun rapport avec ce que je ressentais ou ce que j'avais envie de dire. Il n'est pas resté très longtemps lui non plus.
Après ça, j'ai quitté le groupe. J'ai donné une lettre à Tony, ainsi qu'au groupe, annonçant mon départ. Après cette première compilation, j'étais trop dépité par la platitude de cette musique, étant donné que j'essayais d'écrire de la musique qui suscite un intérêt. Mais le bassiste était tellement régulier qu'on savait exactement ce qui allait suivre, c'était musicalement trop prévisible.
C'était vraiment mauvais et surtout, ça ne me ressemblait pas du tout. Je me fiche que ce soit mauvais, d'ailleurs, tous mes albums sont mauvais, mais au moins, ça m'appartient, c'est ce qui compte pour moi. Mais là, ce n'était même pas représentatif, alors je suis parti, j'étais désabusé. Mais Tony et Alan n'ont pas arrêté de venir me dire que j'incarnais The Durutti Column, ce que j'ai trouvé très loyal de leur part. C'était assez dingue.

PKC : Vous pensez qu'un label aurait le cran de sortir une telle compilation aujourd'hui ? Je sais que Factory Too a essayé de le faire avec quatre groupes, mais pensez-vous que c'était la chose à faire ?
VR : Je crois que ça s'est fait dans des circonstances très particulières, notamment parce qu'il s'agissait du label sûrement le plus aventureux et intelligent de l'époque.
Ces types-là ne pensaient pas comme les autres, ils ne voulaient pas faire concurrence aux autres maisons de disques, ils n'étaient pas dans le business, ils ne couraient pas après le succès ou les bonnes critiques, c'était simplement des types brillants, et en particulier Tony.
Tony donnait le la, il nous montrait la direction à prendre. Sa vision allait bien au-delà de la scène musicale qui est très superficielle, comme vous le savez, - et c'est encore plus le cas aujourd'hui. Des milliers de groupes se copiaient les uns les autres, ils faisaient tous du punk ou ce qui se faisait à l'époque. C'était du grand n'importe quoi. Nous, on voulait simplement faire quelque chose de sincère, on se moquait totalement d'avoir du succès. Il fallait que ce soit honnête.
Il y a donc eu Factory et Joy Division. Joy Division est resté gravé dans les mémoires. Ils étaient terriblement en avance sur leur temps, et Ian était un immense artiste.

Le nouvel album de The Durutti Column, "Sunlight To Blue... Blue to Blackness" est sorti chez Kooky Records le 23 juin 2008.

Propos recueillis par Phil Cleaver et publiés originellement dans Scream City 4.
Traduction par Sylvia Rochonnat
Photos par Guillaume Sautereau.
Merci à John Cooper.

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