POPNEWS - le webzine de la pop musique POPNEWS
the durutti column - interview - POPNEWS Décembre 2008

> edito
accueil
> recherche

> good shoes
no hope, no future
> josh rouse
el turista
> e-grand
s/t
> chapelier fou
interview
> yeasayer
odd blood
> double u
pineapple dream
> the tiny
gravity & grace
> babybird
ex-maniac
> julien pras
interview
> roken is...
interview
> jp nataf
interview
> oh no ono
eggs
> massive attack
heligoland

> newsletter



> POPdépêches
les news fraîches
> POParchives
les autres articles
> POPinterviews
les interviews
>
POPmusic
sélection de mp3
>
POPvideo
les émissions
>
POPshop
compilation et +
> POPoldies
les "vieilleries"
> POPscene
sélection de concerts
> POPlinks
les liens
> POPforum
discutaillons
> POPblog
blog
> POPredaction
contact & play-list

> fils RSS



RSS Forum
RSS MP3
RSS blog
RSS Podcast

> pub

maison de disque, labels, distributeurs: profitez de la publicité que peut vous apporter popnews. infos
rejoignez-nous : myspace
last.fm
twitter
facebook

THE DURUTTI COLUMN

[page précédente]

PKC : Pour en revenir au disque, Martin Hannett a été très impliqué dans sa création, diriez-vous que Martin n'avait pas les pieds sur terre comme on le dit aujourd'hui ?
VR : Il n'avait pas du tout les pieds sur terre. Il avait une vision globale du monde, ce qui est souvent lié à une grande connaissance de la physique, des sciences, de la chimie, etc. Ainsi, il pouvait comprendre le fonctionnement des choses. Martin comprenait tout ça très clairement. C'était aussi son approche du son et de la production. Il s'intéressait aux sons, à leur création, et à ce qui rendait un son musical ou pas.
Il était davantage fasciné par la texture et la couleur des sons que par les prestations live d'un groupe. Ça ne l'intéressait pas. Il voulait expérimenter et s'amuser avec les sons. C'était ça notre marque de fabrique, on s'amusait, on se faisait vraiment plaisir. C'était mon cas, et ça l'est toujours. Ca a été le cas de Tony jusqu'à sa mort. Il ne faisait rien pour l'argent, le succès, la publicité ou pour capter l'attention. Il le faisait parce que ça lui plaisait d'expérimenter et de voir où ça pouvait le mener. Je crois que c'est ce qu'il a voulu faire avec FAC-2.

PKC : Parlons un peu de Joy Division... Est-ce que vous traîniez ensemble ? Avez-vous passé beaucoup de temps avec eux, comme les groupes d'une même ville et d'une même scène le font quand un nouveau mouvement apparaît ?
VR: Non. C'est amusant, aucun groupe ne faisait ça. C'est un peu comme avec A Certain Ratio, quand le groupe est arrivé sur la scène, je connaissais Donald (Johnson), le batteur du groupe, mais pendant des années, il était surtout connu pour être un très bon musicien de rhythm and blues. J'adorais cette musique, comme c'est toujours le cas, et je connaissais Donald depuis des années grâce à cette musique en provenance des quartiers de Wythenshawe et de Moss Side, depuis le début des années 70.

Vini Reilly par Guillaume Sautereau

Je boeuffais avec Donald, mais à part lui, je ne connaissais pas les autres et je n'ai pas non plus fait l'effort d'aller vers eux.
Alors non, je ne traînais pas avec A Certain Ratio, et A Certain Ratio ne traînait pas avec Joy Division, tout comme je ne traînais pas avec Joy Division. On ne se croisait qu'aux soirées, mais on était tellement occupés à gérer nos propres concerts, surtout quand il y avait plusieurs groupes à l'affiche, vous savez comment ça pouvait se passer, alors on ne peut pas dire qu'on ait formé une grande famille à aucun moment donné.
On se soutenait les uns les autres, mais on n'avait pas besoin d'aller boire des coups pour se le prouver. Je crois que ce qu'on avait en commun, c'est qu'aucun de nous n'était obsédé par le succès, et on n'imaginait pas qu'on se ferait beaucoup d'argent en faisant ce métier. A Certain Ratio faisait la même chose qu'en studio, mais dans un appartement à Hulme.
Ils étaient du genre à installer des micros sur les vitres, à l'extérieur de leur appartement d'Hulme, puis à faire passer le son à travers un delay et un écho à bandes et à prendre de l'acide. Tous les sons de l'extérieur étaient enregistrés sur un magnétophone, et puis ils mettaient des effets, ce qui était assez trippant.

PKC : Sur cette mini-compilation Factory, il y avait donc John Dowie, que vous avez rencontré et Cabaret Voltaire, que vous ne connaissiez pas vraiment, apparemment ?
VR : Non, je ne les connaissais pas du tout, d'ailleurs, à ce jour, je n'ai jamais parlé à aucun des membres du groupe.

PKC : Alors, vous ne connaissiez que Joy Division ? Vous connaissiez assez bien Ian, il me semble ? Comment l'avez-vous rencontré ?
VR : J'ai rencontré Ian au sous-sol d'un magasin de musique. C'était la meilleure boutique de l'époque, ça s'appelait Reno's, c'était sur Oxford Road. Ça existe toujours, mais sous un autre nom. C'était le meilleur endroit pour acheter du matos et c'est au sous-sol qu'on trouvait tout ce qu'il y avait de mieux. Un ami commun, Eugene, avait travaillé avec Ian pendant un temps à l'époque où ils étaient tous deux fonctionnaires.
Eugene et moi avions travaillé ensemble dans une station service. On avait donc cet ami commun, et Eugene parlait de moi à Ian, tout comme il me parlait d'Ian.
Disons que j'avais entendu parler de lui, mais qu'on s'est croisés par hasard au sous-sol de ce magasin de musique, comme je le disais. J'ai été surpris de voir à quel point Ian était habillé de façon ordinaire, ce qui le différenciait des autres, vu que tout le monde portait des vêtements très excentriques à l'époque.
Du coup, c'était encore plus audacieux de sa part de porter des pantalons quelconques et des vêtements des plus classiques, même si c'était simplement la tenue dans laquelle il se sentait le plus à l'aise.
C'est la première impression qu'il m'a faite. Mais on voyait tout de suite que c'était un musicien. Dès qu'on lui adressait la parole, de par sa posture, on voyait bien qu'il était très branché. Il savait ce qu'il faisait. Il savait ce qui se passait et il connaissait bien la scène. C'était quelqu'un de très cool, mais qui avait choisi de s'habiller de manière très ordinaire et ça fonctionnait.

PKC : Il semblait en contradiction avec lui-même, parce que quand on regarde les vidéos ou les archives, il nous donne l'impression d'être quelqu'un de très posé, de tout à fait normal, mais qui semblait devoir faire face à ses démons, vous ne croyez pas ?
VR : Si, tout à fait, je crois que ses pensées intimes étaient très intenses. Ma théorie était que c'était quelqu'un d'un peu timide, qui ne voulait pas passer pour quelqu'un de prétentieux, mais qui était en fait très profond. Pour lui, le simple fait de faire de la musique se suffisait à lui-même. Il n'avait pas besoin d'en parler autour de lui ou de s'expliquer, tout était dans ses paroles.
Evidemment, la plupart des gens ne veulent pas se contenter d'écouter les paroles ou de regarder la prestation d'un artiste. Il y a très peu de paroles de chansons qui valent la peine d'être écoutées attentivement, quand on y pense. En général, ce n'est pas ce qui compte le plus, ce n'est qu'une mélodie de voix qui vient s'ajouter à la musique avec parfois, un peu d'émotion.
Avec Ian, c'était différent, il avait des pensées très sombres, je crois même qu'il était en pleine dépression. D'ailleurs, en parlant à certains de ses proches, j'ai cru comprendre qu'il avait pu être atteint d'un trouble bipolaire. Je pense que c'était bien le cas. Je ne crois pas que les gens comprenaient à quel point c'était ancré en lui et à quel point ça l'affectait.
Ce n'est qu'en les voyant en concert qu'on se rendait compte à quel point il allait mal. Lorsqu'il se donnait en spectacle, c'était comme si la scène le libérait et qu'il pouvait enfin exprimer ce qu'il ressentait vraiment et ainsi faire ressortir son côté sombre. C'était très impressionnant. On était complètement subjugué, totalement cloué au sol par l'intensité qu'il dégageait.

[suite]