The Missing Season - Interview

11/04/2012, par Luc Taramini | Interviews |
  • Facebook
  • Twitter
| permalien

On a déjà eu l’occasion de vous parler de The Missing Season au rythme des sorties (toujours) discrètes de leurs albums et, aussi, l’été dernier à l’occasion d’une belle soirée sur la terrasse du 7ème Ciel. The Missing Season, c’est avant tout une histoire d’amitié entre deux garçons un peu taiseux, Nicolas Gautier et Marin Pérot. Une amitié qui s’est patinée sur les manches des guitares, sur le zinc des comptoirs et dans la poussière du bush australien. En quelque sept années d’existence, ces deux-là ont réussi à associer d’autres musiciens à leur projet initial même si la formule du duo demeure l’âme du groupe. Cet hiver, ils ont sorti "The Last Summer", un disque planant et ralenti pour sieste musicale ou spleen de fin de journée. Un virage ambient après une embardée pop et des fondations folk profondes. L’occasion de reprendre une interview avortée l’été dernier et de vérifier que ces deux-là ont bien de la suite dans les idées, derrière leur nonchalance de façade.

The Missing Season

Ce disque est davantage atmosphérique que les précédents. Qu’est-ce qui vous a amenés à ce son, à cette ambiance ?
Cela vient du thème de l'album : la nostalgie et ce qu'on ressent lorsqu'une période de notre vie se termine. La musique est ici au service des paroles et du titre "The Last Summer". C'est presque un album concept en fait. Après avoir fait le EP et "To The Fire", on avait envie d'être encore plus radical dans la lenteur. On est d'abord parti de chansons acoustiques. On voulait faire un album sur lequel on pourrait dormir sans être réveillé par une grosse guitare saturée (on a gardé ça pour In The Valley, le dernier morceau, en guise de réveil). Un an après, au moment de mixer le disque, on est tombé sur des sons synthétiques qui nous ont marqués et qui collaient bien à l'ambiance des morceaux. A partir de là, on a commencé à expérimenter des sons aériens proches de l'ambient, à base de claviers, de larsens passés à l'envers, etc. C'était parfait pour l'idée qu'on se faisait de l'album, ça rendait le tout plus contemplatif, plus "irréel", l'écho de chansons folk un peu flous, comme un souvenir dur à se remémorer. Aussi, ça fait longtemps qu'on écoute de l'ambient et on a toujours voulu mêler ce style avec des chansons "classiques" ("Let You In", "A Difficult Question to the Weary Traveller"), même si certains morceaux sont purement acoustiques, comme "I Know a Place" ou "Playing with Your Heart", c'est cette direction qui a coloré tout l'album.

Aviez-vous des modèles, des références en tête pour ce disque ?
Oui, la musique de Mark Kozelek (Red House Painters, Sun Kil Moon), l'ambient de The Dead Texan, les sons froids de la B.O. de Twin Peaks et la chanson "Spider & I" de Brian Eno. Tout ces artistes ont influencé nos arrangements, mais pour ce qui est du songwriting, c'est dur à dire. On écrit ce qui nous vient naturellement, qui sait si on reproduit tous les groupes qu'on aime ou si on les aime parce qu'ils nous ressemblent ?

The Missing Season est maintenant un vrai groupe. Votre façon d’écrire a t-elle évolué en intégrant ces nouveaux membres ?
Là où l'influence des autres membres se fait sentir, c'est plus sur "To The Fire" notre deuxième LP qu'on a enregistré en studio avec eux. Sur The Last Summer, on a tout enregistré à deux et Pierre Marolleau a posé les batteries après. On pense qu'on va garder ces deux aspects de notre musique. Parfois à deux et parfois en groupe. C'est vraiment selon les morceaux, c'est eux qui décident s'ils ont besoin d'êtres écrits/enregistrés à deux ou à dix.

Y’a-t-il un fil conducteur dans votre production discographique ? Qu’est-ce qui selon vous pourrait vous définir ou être l’identité de TMS ?
TMS, c'est (la plus part du temps) un groupe introspectif, à deux voix en harmonie. C'est comment deux amis parlent de ce qu'ils vivent à l'unisson.

The Missing Season

Qu’est-ce qui est intangible pour vous dans votre façon de faire de la musique et qu’est-ce qui au contraire peut-être appelé à changer/ évoluer ?
Ce qui est intangible, c'est le fait d'écrire à deux. Ce qui est en train de changer, c'est qu'on souhaite se sentir plus libres. Se détacher du carcan folk, explorer des textures sonores pour mieux exprimer ce que l'on ressent. On pense aussi qu'on n’a pas encore dit tout ce qu'on avait à dire à cinq musiciens. On a quelques démos en cours qu'on attend de bosser avec les autres. Comme quoi ce qui est intangible ne l'est pas tant que ça...

Quelles sont vos ambitions aujourd’hui après 3 LP et un EP ?
En faire d'autres ! On adore enregistrer ! On est aussi en train d'arranger quelques morceaux pour le prochain album de "Boy & the Echo Choir", et on va peut-être aussi faire des projets solos.

Faites vous des démarches spécifiques pour tourner davantage et donner une chance à votre musique de circuler ?
C'est vrai qu'on n’a pas beaucoup tourné, mais on compte bien le faire. Maintenant que nous sommes cinq sur scène, on a pris goût au live et on hâte d'être sur la route. C'est juste plus dur de s'organiser au niveau des emplois du temps. 

On essaye de faire circuler notre musique en la mettant en téléchargement libre sur internet. Le CD est mort, il faut bien l'admettre. Il ne reste plus que les fétichistes de l'objet. Là ou ça pose problème, c'est que dans la tête des gens, un album n'est pas vraiment un album tant qu'il n'est pas pressé sur un support physique. Encore aujourd'hui, certains journalistes se refusent à chroniquer notre album parce qu'il est uniquement disponible en mp3. Etrange... pourtant la musique est bien là, qu'est ce que ça change ? Ça reste du son dans les oreilles que ça vienne d'une cassette, d'un orchestre ou d'un ordi.
Et puis sortir sa musique de cette manière, c'est la liberté totale ! Ça ne coûte rien et on sort notre musique quand on veut.

The Missing Season

Comment est né le groupe ? C’est quoi l’histoire de départ ?
On s'est rencontré, on est devenu amis, on aimait bien la musique de l'un et de l'autre, du coup, on a commencé à jouer ensemble. Au début on jouait dans la rue des reprises des Beatles, de Neil Young et du bluegrass, et puis, petit à petit, on a mis en commun nos compos et voilà !

Il y a une grande complicité et complémentarité entre vous deux (écriture, chant, jeu de guitare). A quel moment avez-vous pris conscience de cette évidence ?
Tout de suite en fait. Notre musique est un peu le prolongement de notre amitié. On est très proches et ça se ressent dans notre musique, ça sonne un peu cheesy mais c'est la vérité !

Vous avez séjourné en Australie quelque temps. Ce voyage a-t-il eu un impact sur votre envie de faire de la musique et sur votre manière de sonner ?
Le fait d'être tous les deux sur la route avec beaucoup de temps devant nous et peu de cassettes dans notre auto-radio nous a amenés à composer ensemble. C'est là bas qu'on a vraiment appris à se connaître musicalement. On se sentait détachés du poids du quotidien, libres d'être aussi rêveurs qu'on le souhaitait.

The Missing Season

Y’a-t-il eu un moment où vous vous êtes dit "ça sonne, ça fonctionne"… Un moment où c’est devenu "sérieux" en quelque sorte ?
Oui, quand on a écrit "The Last Gift of Corelia" en Australie. C'est le premier morceau qu'on a composé à deux et à partir de ce moment on savait qu'on allait en écrire d'autres.

Sur le premier album, vous repreniez un titre archi connu des Smiths au banjo et en ralentissant le tempo ("There is a Light That Never Goes Out"). L’exercice avait-il une signification particulière pour vous ?
On adore ce morceau et on a voulu retranscrire ce qu'on ressentait en l'écoutant, faire ressortir le côté triste qu'il y a dans ce morceau.

Qu’est-ce que vous a apporté la rencontre avec My Little Cab Records dans votre parcours ?  
Beaucoup de choses ! Avant de les rencontrer, on n’avait pas eu l'idée d'envoyer nos morceaux à des radios ou des magazines, de vraiment sortir nos disques, etc. Ils n'ont donné la confiance de sortir de notre trou.

Photos : Julien Bourgeois

les derniers articles


»» tous les articles
»» toutes les chroniques de disque
»» tous les posts du blog
»» tous les CR de concerts et festivals
»» toutes les interviews