The National - Boxer

22/12/2007, par David Larre | Albums |
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THE NATIONAL - Boxer
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THE NATIONAL - BoxerIl m'est difficile de dire, vite et bien, pourquoi j'aime autant ce disque, celui-là peut-être plus que tout autre dans la discographie de The National. A l'image de sa pochette improbable, le groupe jouant au complet devant une salle de bal qui pourrait être des années 50 ou d'aujourd'hui (le noir et blanc oblige), il sonne à mes oreilles comme une volonté de classicisme intemporel et apaisé dans la carrière d'un groupe qu'on a connu plus rageur et électrique : piano et cuivres installent ici et là des atmosphères en apesanteur, détachées de tout référent rock évident. Mais il n'y a pas que cela. Car, très vite, un morceau comme "Mistaken for Strangers" rappelle les vertus énergisantes du groupe (ah oui, du rock finalement), à cette nuance près qu'elles apparaissent sous contrôle, comme l'est la voix (presque) apaisée de Matt Berninger, refusant là comme partout l'éructation et le débordement. Mais il n'y a pas que cela. S'il s'agissait seulement pour le groupe de contrôler ses pulsions, de rentrer dans le rang pour produire le disque d'adult-rock plein de sage recul dont on le sait capable, les compositions n'auraient sans doute pas ce charme désabusé, la mélancolie ne coulerait pas à ce point de source, dans une sorte de quiétude mi-assoupie, mi-hébétée, dans une beauté un peu sonnée qui touche la corde sensible. Un peu comme si les chansons avaient été enregistrées après la fête, entre chien et loup, lorsque la fatigue alourdit le pas et que la démarche se fait titubante (les notes égrenées par le piano sur l'intro de "Fake Empire"), lorsque les dernières énergies se consument et lancent des éclats inédits, les musiciens se trouvent resserrés autour de l'essentiel, des accords amples et simples, un goût de la progression dramatique, une absence complète de volonté de démonstration qui retiennent l'attention. Cette manière d'être en dedans, sans recul, expressif jusque dans la fatigue, donne tout son prix au disque, et rend touchants comme jamais les habituels refrains éplorés de Matt : "You might need me more than you think you will", "Walk away now and you’re gonna start a war", "You’re dumbstruck, baby, now you know". Face à tant de maestria affaissée, insouciante d'elle-même, on n'a plus envie de parler de tubes en puissance (un "Brainy" sur la corde raide, trop plombé pour consentir un refrain enlevé, et captivant pour cette raison même), ou de ballades élégiaques (un "Slow Show" fondant dans les graves, ou un "Racing Like a Pro", à faire virer la journée au gris indélébile), mais tout est pourtant là. Ce groupe n'est jamais plus grand que lorsque c'est le dernier de ses soucis, et procure, avec ce "Boxer" amoché et majestueux, la bande-son idéale de l'année.

David Larre

A lire également, à propos de the National :
interview (2007)
chronique de "Alligator" (2005)
interview (2005)
chronique de "Sad Songs for Dirty Lovers" (2003)
interview (2003)

Fake Empire
Mistaken for Strangers
Brainy
Squalor Victoria
Green Gloves
Slow Show
Apartement Story
Start a War
Guest Room
Racing Like a Pro
Gospel


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