The Posies : « Nous avons un fonctionnement assez unique »

01/10/2018, par | Interviews |
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Les Posies tournent actuellement en Europe et seront le 9 octobre à la Maroquinerie, à Paris. L'occasion de ressortir de nos archives une interview de 2010 des sympathiques Ken Stringfellow et Jon Auer (qui aujourd'hui habitent tous deux en France une bonne partie de l'année).

Etrange d'interviewer pour la première fois les Posies en 2010 alors qu'on écoute leur musique depuis près de vingt ans… Mais il est vrai que les Américains s'étaient fait plutôt rares après leur heure de gloire (l'album "Frosting on the Beater" et son tube "Dream All Day" en 1993), sortant un album tous les quatre ou cinq ans et ne foulant que rarement les scènes parisiennes - bien que Ken Stringfellow, marié à une Française, habite depuis un petit moment notre capitale. On n'a donc pas laissé passer l'occasion de les rencontrer à l'automne dernier, quelques heures avant un concert chaleureux et énergique au Divan du monde. Avec beaucoup de gentillesse et une pointe d'ironie, Ken Stringfellow et son vieux complice Jon Auer ont répondu à nos questions, évoquant avec enthousiasme leur excellent nouvel album, "Blood/Candy", et jetant un regard sans complaisance sur leur carrière en dents de scie.

The Posies


Cinq ans séparent ce nouvel album du précédent. Qu'avez-vous fait pendant tout ce temps ?
Ken : Nous avons d'abord beaucoup tourné après la sortie du disque (approbation de Jon). Disons que ça s'est prolongé de façon un peu disproportionnée par rapport au succès très relatif de l'album… (rires) Après, il y a le fait que nous vivions dans des endroits différents et très éloignés l'un de l'autre (à l'époque, Ken habitait à Paris, Jon à Seattle, ndlr). Même si nous communiquons beaucoup, ne pas se voir régulièrement a tendance à faire passer le groupe au second plan, et nous nous sommes donc plutôt investis dans des projets personnels qui étaient plus simples à mettre en œuvre.
Jon : Nous n'avons pas vraiment vu passer le temps car nous étions bien occupés, chacun de son côté. Et un jour, on se rend compte que cinq ans se sont écoulés depuis le dernier disque et qu'il serait temps d'en faire un nouveau.

Vous avez aussi joué l'intégralité de "Frosting on the Beater" live. Vous avez aimé ça ?
Ken : Oui, beaucoup. Une heure, et c'était plié ! (rires)
Jon : C'était assez facile, en fait. L'album est plutôt homogène, cohérent et dynamique, et s'y prête donc bien. Et puis, ce sont des chansons qu'on a beaucoup jouées depuis sa sortie, la plupart de nos fans les connaissent et les apprécient. Ça aide. On y a pris beaucoup de plaisir.

Vous aviez une idée bien précise de ce que vous vouliez faire avec ce nouvel album ?
Ken : Au départ, oui, plutôt, mais le processus a été long et tortueux. Déjà, pour l'album précédent, nous avions envisagé une certaine structure... qui à l'arrivée n'était plus tout à fait la même. En théorie, nous aurions pu faire "Blood/Candy" deux ans seulement après "Every Kind of Light", mais ça n'aurait pas vraiment marché, il nous fallait plus de temps. Il faut dire aussi que notre label, Ryko, était dans une mauvaise passe à ce moment-là. Après avoir connu beaucoup d'évolutions successives, il tournait au ralenti. Et puis il a été racheté par Warner et une nouvelle équipe très motivée s'est montée. Ils nous ont contacté et nous ont dit qu'ils étaient fans du groupe...
Jon : …… que nous comptions pour eux et qu'ils avaient envie de travailler avec nous…
Ken : Ils étaient désolés de tous ces contretemps que nous avions subis et voulaient repartir sur des bases saines. Du coup, nous aussi avons retrouvé l'envie.
Jon : Je crois que nous attendions ça, cette excitation à l'idée de refaire un disque. D'autant que nous avions la possibilité de l'enregistrer en Espagne, un pays où nous avons beaucoup joué et où nous avons encore de nombreux fans.

En fait, le disque a été enregistré dans un grand nombre de studios et de pays différents...
Ken : C'est l'impression qu'on a quand on regarde les crédits, mais en fait c'est surtout parce que les musiciens à qui nous avons proposé des collaborations les ont enregistrées chacun de son côté.
Jon : Une chanteuse était à Los Angeles, l'autre au Canada, c'était plus simple qu'elles travaillent chez elles. Ken a aussi enregistré le son d'un animal exotique dans un champ en Equateur, d'où la mention de ce pays dans le livret.
Ken : Mais pour l'essentiel, l'album s'est fait à Paris, à Seattle et en Espagne.


Vous vous êtes quand même retrouvés avec beaucoup de fragments épars à assembler ?
Jon : Oh oui, plein de petits morceaux ! (rires)
Ken : En Espagne, dans le studio du producteur Paco Loco, nous avons travaillé de façon assez traditionnelle, en enregistrant principalement live, sur 24 pistes analogiques. Puis il a fallu transférer tout cela dans le monde numérique pour pouvoir aller plus loin. Et chaque élément que nous ajoutions apportait un niveau de difficulté supplémentaire. ce n'est pas seulement l'assemblage de toutes ces parties qui était compliqué, mais aussi le fait qu'en numérique, chaque enregistrement demande beaucoup plus d'interventions a posteriori. Sur une partie vocale, par exemple, il faut vraiment supprimer tous les petits bruits parasites, ça représente davantage de travail qu'avec l'analogique. C'est vrai aussi qu'avec cet album, nous avons essayé beaucoup de choses, nous avons superposé des couches sonores... Nous voulions tirer le maximum des possibilités qui s'offraient à nous.
Jon : Au départ, nous pensions que ce serait facile... et c'était une grossière erreur ! En fait, l'essentiel du travail a été réalisé en dix jours en Espagne, mais les finitions nous ont pris beaucoup plus de temps : l'editing des morceaux, des millions de petits détails... On a aussi eu quelques soucis avec le numérique. Chaque technologie a ses inconvénients…

 

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