The Strokes - Comedown Machine

03/04/2013, par Christophe Despaux | Albums |
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The Strokes - Comedown Machine

Depuis leur dernier album, "Angles" (mort - d'après beaucoup), les Strokes n'ont plus la cote, ils ont trahi, ils ne sont plus "rock", mais mollement new-wave, ayant - horreur ! - intégré des synthés à leur son. Le nouveau, "Comedown Machine" poursuit dans la même lignée et tend la seconde joue avec une abnégation soutenue. Rarement disque aura fait preuve d'un tel à propos dans son titre qu'on pourrait traduire - de biais - par "décadence mécanisée".  Et si c'était un bon tour (cf le pouffement à la fin de "Slow Animals") ? Et si en 2013, c'était ça être rock, faire enrager ses fans ? (qu'y a-t-il de plus borné qu'un fan ?, un militant ?).

Tout commence par un malentendu : l'inaugural "Is This It", vite élevé au rang de mythe, disque infiniment agréable, contenant au moins deux classiques, mais qui n'en revisite pas moins le rock new-yorkais à cuir noir sur le mode de l'appartement-témoin. Tout est là, bien propre dans le genre sale, et à la portée de tous. Les Strokes accèdent dès leur coup d'essai à la première marche du podium, sonnez tambours, résonnez trompettes. Mais il n'est pas difficile de voir, derrière leurs dégaines de minets à abrasion bien née, l'ennui constitutif de leur frêle engeance. Adoubé par industrie-médias-public, les Strokes s'ennuient et sabotent leur deux albums suivants terriblement brouillons et peu inventifs, malgré la présence sur 'First Impressions of Earth" de leur peut-être meilleur morceau, "You Only Live Once". Soldent-ils les comptes ? La première fois, "était-ce bien ça" ? Le déclin en vue, reste à se réinventer. Julian Casablancas s'y entame avec un album solo à la fois branleur et couillu (si c'est possible), contenant un très amusant pastiche de New Order, "11th Dimension". Et puis, "Angles", l'album de la division, d'entre eux et d'avec leurs fans, un pot-pourri plutôt plaisant qui fait entrer en collision d'un morceau à l'autre bossa et Suicide, reggae et Hall & Oates. Album éclaté, ni aigu, ni obtus, "Angles" donne l'impression paradoxale qu'en reniant partiellement la vulgate rock qu'ils ont adoré, les Strokes s'ennuient un peu moins. 

Ce que ne confirme pas le peu exaltant "Comedown Machine", comme si la recette précédemment trouvée avec "Angles" accusait déjà ses limites. En gros, nos minets vieillissants semblent égarés en pleine "sofiacoppolisation" du Monde ("Welcome to Japan" = Lost in Translation ?). Qui sait si Stephen Dorff, dans le pitoyable "Somewhere", n'était pas, quoique musculeux, un clone de Casablancas riche et las ("world-weary", comme on dit si bien en anglais). "Comedown Machine", pourtant varié, sonne bizarrement indistinct. On dirait du Phoenix jet-laggé, à plat, sans carburant pop. L'un des rares moments saillants, "Call It Fate, Call It Karma", somnambulise Casablancas en crooner de gramophone tandis que l'étrange "80's Comedown Machine" comate sous boîte à rythmes dépressive. Ce désir d'abrutissement rend plus flagrant la relative innocuité des saillies rock ("All the Time", "50/50"). Il fait même ressortir "One Way Trigger", premier extrait à avoir percé sous les huées, dont le charme à vau-l'eau (veau low ?), d'abord plus que volatil, s'insinue sur la durée.

"Comedown Machine", au final, semble cachetonner sous cachetons. Disque FM-largué, impossible, attachant par endroits, il semble appeler le crachat que nous lui refuserons pourtant, Pâques oblige, le réservant au probable decrescendo encore plus exténué qui ne manquera pas de suivre. 

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  1. 01 “Tap Out”
  2. 02 “All the Time”
  3. 03 “One Way Trigger”
  4. 04 “Welcome to Japan”
  5. 05 “80′s Comedown Machine”
  6. 06 “50/50″
  7. 07 “Slow Animals”
  8. 08 “Partners In Crime”
  9. 09 “Chances”
  10. 10 “Happy Endings”
  11. 11 “Call It Fate, Call It Karma”

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