The Woodlands - Track by Track

23/07/2010, par Julian Flacelière | Interviews |
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The Woodlands est un des nombreux groupes ayant décidé, en attendant d'être repéré par un label, de distribuer leur premier album hors du circuit traditionnel, en l'occurrence la structure CDBaby, permettant à n'importe quel auditeur de la planète, soit de le télécharger, soit de le commander en version physique. Pour, comme souvent et fort logiquement, une somme largement inférieure à ce qui se pratique en magasin. Encore totalement inconnu en France - POPnews est semble-t-il le premier média du continent à vous en parler -, The Woodlands, couple sur scène comme à la ville, composé du musicien Samuel Robertson et de la chanteuse Hannah, est pourtant une des plus belles découvertes à faire actuellement sur la toile. Revue des forces en présence avec un Track-by-Track dont le ton très personnel honore ce groupe n'ayant décidément pas peur de montrer sa fragilité.

The Woodlands

Until the Day Dims
Cette chanson a éclos après avoir vécu dans une ville où nous avions des difficultés à nous faire des amis. L'hiver donnait des signes de printemps et nous avons alors rencontré un couple habitant dans notre quartier, à quelques blocs de notre foyer. L'étincelle d'une nouvelle amitié a fait écho avec la saison émergeant lentement de l'hibernation. Leur cuisine devint la scène décrite dans ces paroles, à propos de la fenêtre ouverte et des rires emplissant la pièce. La chanson décrit essentiellement le sentiment de ne pas vouloir qu'un moment s'arrête, et la douceur de profiter d'une expérience jusqu'à ses tous derniers instants - lorsque le jour baisse et que la nuit tombe et que vous réalisez qu'un souvenir est délicatement en train de se construire, ici et maintenant.

Can we Stay
"Can We Stay" incarne le désir de ne jamais vouloir quitter une certaine période d'amour, de beauté ou de paix - un royaume de l'expérience que l'on désire maintenir éternellement. "Can we stay here longer ?" Non, ce n'est pas assez bien. "Can we stay until tomorrow ?" Toujours pas assez bien, parce que ça ne devrait tout simplement pas s'achever. "Can we stay here forever ?" Nous venons juste de publier un clip de cette chanson sur Vimeo et Youtube et cette photo est un cliché provenant de cette belle vidéo.

King and Queen
J'ai écrit les paroles de "King and Queen" selon une approche magique-réaliste des aspects fantastiques de l'amour, et en imaginant la perspective d'Hannah sur notre aventure commune. Nous avons vécu plusieurs mois au Guatemala, et lors d'une nuit venteuse nous étions dans notre chambre, jouant ensemble de la guitare et j'ai pensé que c'était comme être dans un grenier. Toutes les autres images ont commencé à arriver par flots entiers à travers ces mots parlant de nous, soudainement déplacés dans des situations et des paysages étranges et intemporels, errant dans un océan turbulent, avec la lune vague et fixe et un grenier abandonné. Dans la chanson, nous sommes roi et reine d'un royaume quelconque, bizarre et mystérieux, que nous avons nous-mêmes trouvé en voyageant.

Day to Day
"Day to Day" a été écrit après une situation de profonde déception. Cela m'a poussé à réfléchir sur la tendance qu'a la vie en général de provoquer des expériences contraires à ce que nous espérions. La déception peut être une attache qui nécessite d'être coupée. Les circonstances viennent et disparaissent, et cette chanson est la déclaration d'une résolution, celle d'être flexible, de plier sans rompre pour autant, comme dans la ligne "in the wind like the trees do".

Anymore
Cette chanson fut également écrite au Guatemala. Il y avait beaucoup de bouleversements intérieurs et d'incertitude à cette période de ma vie. "Anymore" évoque un combat faisant rage en moi-même et parle d'une résolution que l'on prend lorsqu'on arrive au point de se dire que nous ne nous permettrons plus d'être intimidés par la peur. "I Kissed that face, I shut the door" décrit comment j'étais arrivé à une relation intime avec la peur et comment j'allais la quitter. S'éloigner semblait la décision finale de deux amants qui ne sont pas faits l'un pour l'autre, alors qu'ils se disent adieu en un dernier baiser et ferment la porte, sachant qu'ils ne se rencontreront plus. Aigre-doux dans le sens où je finissais par bien connaître cette situation, et pourtant je savais aussi à quel point je désirais être libéré de ce faux bien-être. Il s'agit finalement d'une heureuse, simple et très lumineuse chanson, parce que j'ai senti cette ruée de sensations qui nous parviennent lorsqu'on vient à bout de quelque chose et que l'on va de l'avant.

Woodlands

Summerland
Hannah : "Summerland" vient d'un bien-être beau et profond que j'ai senti en moi. C'était comme rencontrer une version plus vraie de moi-même. La chanson parle d'un pays dont j'ai rêvé, que j'ai désiré et que j'ai simultanément trouvé en moi. Beau et magique ! Familier et mystérieux ! Enchanteur ! C'est à la fois figuratif et littéral. C'est un état d'être de beauté et d'altérité. "Summerland" est probablement ma chanson favorite de l'album. Après l'avoir écrite, j'avais la sensation que quelque chose s'était solidifié dans mon esprit et j'ai commencé à croire en moi en tant que songwriter et en ce que Samuel et moi créions ensemble. Il s'agissait d'un moment tourbillonant, euphorique, et la chanson me l'a toujours rappelé depuis.

In the Dark on Monday
Hannah : Ce titre est une chronique du trajet à vélo, tôt le matin, jusqu'au coffee shop où je travaillais il y plusieurs années. Je devais ouvrir le magasin aux heures ridicules du sombre matin, et chaque fois que j'approchais du block à vélo, je me demandais toujours : "et si je continuais [à rouler] ?" Je passerais le "spinning sign" [panneau vertical tournant avec le vent] qui annonçait l'horrible météo et le froid, je ferais craquer les feuilles tombées, et je commencerais à me projeter en esprit à l'endroit où je préférerais être. Nous écrivions alors beaucoup de chansons et poursuivions notre passion de la musique. La chanson représente fondamentalement le désir que nous avons en tant qu'êtres humains de sauter par-dessus la situation immédiate et de rêver des jours à venir où nos buts et désirs se seront réalisés.

On the Waves
"On the Waves" décrit une relation tumultueuse que nous avons observé chez des gens auxquels nous tenions profondément. Cela parle de l'agonie et de la compassion que nous ressentions, en même temps que la frustration de voir ce qu'ils se causaient l'un à l'autre. C'est une chanson de bouleversements et de colère, comme une tempête sur la mer déchaînée, et elle s'achève sur un appel à l'action, à la décision de changer les racines et les causes d'un amour vacillant.

Asleep in September
Hannah : Nous sommes montés au Canada pour rendre visiter à des amis. Un après-midi, nous lisions un magazine appelé "Need", qui rapporte les activités de nombreuses organisations caritatives et des situations de crise autour du globe. J'ai lu un article qui racontait l'histoire d'un réseau souterrain de prostitution forcée qui asservissait des jeunes filles, et nous avons parlé plus en détails de l'esclavage moderne. Tellement émue, j'ai immédiatement commencée à écrire "Asleep in September". Bien que la chanson ne parle pas explicitement de cette histoire particulière, elle est née de l'idée générale de tous ces récits, partout sur la planète. "Awake to rise" dans le refrain est le pouls central et le message de la chanson, qui dit que nous sommes capables de faire la différence, de manière consciente, sur le sort des opprimés. Se réveiller de la léthargie et du déni, parvenir à agir et répondre. Cette chanson est un rappel à nous-mêmes et aux autres, ceux qui ont une certaine capacité à aider les gens abattus.

Through the Winter
"Through the Winter" parle à la fois de la stérilité et du potentiel de l'hiver. Tout comme nos vies, la chanson évoque une beauté non encore réalisée, mais que l'on espère. Dans ces périodes de vide, il y a davantage de vie hibernant juste sous la surface, se préparant à émerger - parfois plus que nous pouvons prévoir ou imaginer. Nous voulions terminer l'album sur une chanson hivernale, parce que tant de choses semblent figées alors qu'il existe une solution évidente ou un moyen de résoudre les problèmes - nous y croyons profondément. Mais parce que la tendance est d'oublier quels mensonges potentiels dorment dans les périodes froides et sombres, nous désirions terminer sur une célébration de cette saison stérile, comme une sorte de déclaration, selon laquelle elle contient les fondements d'un futur épanouissement.

Propos recueillis par Julian Flacelière
Photos par The Woodlands

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