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THE NATIONAL

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J'ai l'impression que sur ce nouvel album, plus qu'avant, la batterie est devenue véritablement la colonne vertébrale de la musique...
Matt : c'est vrai. Bryan a passé beaucoup de temps à composer des parties de batterie, seul de son côté. Il est arrivé avec ses parties de batterie écrites, de la même façon que moi j'arrivais avec mes paroles ou Bryce avec ses parties de guitare. Dans le passé, la plupart du temps, il se contentait de jouer sur les compositions existantes. Cela donne à la batterie une présence plus forte que jamais auparavant.

C'est plutôt inhabituel non dans le "monde pop" ?
Bryce (en français) : il y a beaucoup d'accents qui changent, de petits détails. Ca doit être le plus gros changement pour ce nouvel album.

Il y a deux ans, dans notre précédente interview, vous disiez que vous écoutiez beaucoup Joy Division.
(regards étonnés)

Si, si, je vous assure, vous l'avez dit (rires).
Scott : oui, pendant cette tournée, nous écoutions Joy Division dans la voiture. Ca devait être Bryan... Il écoutait New Order aussi.

(Bryan passe dans la pièce, Aaron l'apostrophe)
Joy Division ?
Bryan : Quoi ?
Scott : Les rythmiques...
Bryan : Oui, et ce groupe anglais aussi, Archive.

Merci Bryan. D'où vient le titre de l'album ?
Matt : Il vient des paroles de la chanson "I wanna go gator around". Cela vient de là. Le choix du mot "Alligator" nous a semblé approprié. Nous voulions quelque chose de plus... direct que "Sad Songs for Dirty Lovers" ou "Cherry Tree". Je trouve que cela correspond bien à l'ambiance de l'album.

Dans la première chanson, il y a des requins perdus dans une rivière, où on s'attendrait plutôt à trouver des alligators...
Ils se sont égarés et ont fini dans la rivière, justement ! C'est une image de la paranoïa. Beaucoup de chansons traitent de la paranoïa.

Tu penses avoir évolué dans ta façon d'écrire des paroles ?
Oui... J'essaie de ne pas ressasser les mêmes thèmes, même si parfois j'écris en quelque sorte une nouvelle version de choses déjà écrites. Pour ce disque, j'ai essayé de dire des choses un peu moins sérieuses, de faire de l'humour, d'être un peu absurde. Je pense que j'ai acquis assez de confiance en moi pour avoir un certain détachement vis à vis des paroles. J'ai tout de même travaillé dur pour qu'elles conviennent à ce que je voulais, j'ai essayé de contrebalancer leur côté honnête et émotionnel avec un aspect plus absurde. J'ai écrit beaucoup chez moi, avec ma copine. Elle est très intelligente, et elle n'a pas hésité à me dire quand ce que j'écrivais était merdique. Elle virait mes merdes ! Elle m'a beaucoup aidé à m'améliorer.

Et qui est "Mr November" ?
Mr November, c'est un peu nous, parce que nous avons fini le disque en novembre et que nous espérions ne pas le foirer. Et puis c'est aussi un petit peu John Kerry.
Aaron : Megan, la femme de Nick, qui a produit nos deux premiers albums, avait fait le pari qu'il s'agissait de John Kerry ; Nick pensait qu'il s'agissait de Matt.
Matt : c'est un peu les deux. En quelque sorte, j'ai dû incarner John Kerry dans un moment de stress alcoolisé.

Comment avez-vous vécu ces élections ?
Nous étions en studio le jour des élections. Nous avons été surpris et choqués d'apprendre que Bush avait encore gagné. Nous vivons à New York et la majorité des gens à New York était pour Kerry. Nous étions donc optimistes. Cette nuit-là, regarder les résultats des élections nous a rendus très tristes. Réaliser que plus de la moitié du pays préférait Bush... C'est toujours dur pour nous de le comprendre. C'est comme si on n'appartenait plus à l'Amérique... Nous ne soutenons pas du tout Bush.

Est-ce que "Looking for Astronaut" évoque en quelque sorte ce rêve américain perdu ?
Oui, un petit peu. Il y a une partie de cette chanson qui évoque le fait de partir dans l'espace à la recherche d'astronautes perdus. C'est aussi à propos de la désillusion liée à l'état de la classe politique américaine, qui pense que retrouver Oussama Ben Laden va tout résoudre. Mais ça parle surtout d'une relation avec quelqu'un. Aussi heureux que tu sois avec quelqu'un, tu penses toujours qu'il y'a quelqu'un d'autre qui soit mieux quelque part ailleurs. Ca parle de cette peur que tu as au début d'une relation, au moment de t'engager avec une personne, parce que tu pourrais être sur le point... de trouver un astronaute quelque part. C'est donc à propos du fait de se tuer à chercher quelque chose qui n'est qu'une chimère.

[suite]