Thierry Müller - Interview

16/09/2009, par Cyril Lacaud | Interviews |
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THIERRY MÜLLER

Est-ce que tu sais si des DJ passent tes morceaux dans leurs mix ? On verrait bien Miss Kittin jouer "Polaroïd Roman Photo", par exemple.
Au début des années 2000, il y a eu un engouement étonnant pour ce titre. Je sais que c'est parti d'un DJ, peut-être Marc Collin qui l'a fait figurer sur la compilation "So Young But So Cold". C'est fou, j'imagine que c'est quelqu'un qui a trouvé le disque dans une solderie et qui l'a ensuite passé en soirées. Je sais qu'il est passé dans le monde entier, car dès que j'ai fait mon site internet j'ai reçu des e-mails du Japon, d'Islande, de New York, de San Francisco, etc., de gens qui me réclamaient ce disque ! J'étais assez étonné et plutôt content de savoir que des gens aimaient ça, ça veut dire que quelque part je ne me suis pas planté.

Thierry Müller, par Julien Bourgeois

Après Ruth, tu fais un autre projet, toujours dans la veine électro-pop : Crash, avec Philippe Doray (poète musicien qui a sorti à la fin des années 70, avec son groupe Les Associaux Associés, deux albums inclassables mêlant chanson et sons électroniques : "Nouveaux Modes industriels" et "Ramasse-miettes nucléaires" édités, comme les deux disques d'Ilitch, sur son label Oxygène).
En fait, c'était quasiment en même temps que Ruth. Quand j'ai décidé de travailler sur Ruth, j'avais pris une année sabbatique et j'étais parti m'installer chez Philippe Doray, dans une ferme en Normandie où on vivait en communauté. L'idée de ce projet était une musique assez simple pour la faire vivre sur scène. En plus des morceaux de Crash, on jouait des titres tirés de "10 Suicides" ou des albums de Philippe.

Pourquoi ce projet a été si éphémère ?
On a fait quatre, cinq concerts. Ce n'est pas allé plus loin car on n'a pas rencontré suffisamment de gens intéressés par ce qu'on faisait. Et puis, entre moi qui était complètement flippé et Philippe qui n'était pas simple non plus, on n'avait pas vraiment des tempéraments taillés pour la scène. On faisait ce qu'on pouvait, jusqu'au jour où j'ai planté la grosse bagnole qu'on avait achetée pour nos tournées ! D'ailleurs, les titres qui figurent sur la compilation "Rare and Unreleased 1974-84" sont des enregistrements sauvés.

Crash qui se finit par un accident de voiture, c'était prémonitoire !
Oui, sauf que ça ne valait pas Ballard ! Je me suis planté tout seul en pleine campagne (rires) !

Bien que tous tes projets soient musicalement très différents, il y a une certaine continuité dans le travail visuel de tes albums qui est toujours extrêmement élaboré, avec de superbes photos. On retrouve les mêmes univers urbains, sombres. Des ambiances un peu retranchées, limite fin du monde, érotiques parfois quand tu apparais accompagné de femmes lascives. L'illustration et la musique semblent être conçues comme un tout.
Erotique oui, fin du monde je ne suis pas certain. C'est vrai que ce n'est pas particulièrement optimiste et assez sombre, mais c'étaient les images qui ressortaient de ma musique. J'ai toujours aimé mixer la musique et les images dans une volonté de raconter des histoires. On pourrait très facilement les tourner à l'aide de cette association.

Les deux albums d'Ilitch et celui de Ruth ont été réédités dans les années 2002-2003. Comment ça c'est passé, c'est toi qui as décidé de les rééditer ou on est venu te chercher ?
L'histoire de ma réapparition discographique a commencé par le souhait de Jérôme Génin (de Fractal Records) de rééditer l'album "Periodik Mind Trouble" en 2000. Il cherchait à me contacter mais à cette époque j'étais introuvable, je n'avais pas encore de site internet. Un jour où il était dans le magasin de disques parisien Bimbo Tower, il demanda à Franq de Quengo (propriétaire des lieux) s'il avait une idée pour me retrouver. Il se trouve que ce jour-là mon frère était dans la boutique ! Voilà, c'est comme cela que ça s'est fait. Au départ, parce que ça collait bien avec son label et qu'il était fan de ce disque, il voulait uniquement sortir "Periodik Mind Trouble", qui en plus est sur la fameuse liste qu'on ne citera pas et que tout le monde connaît ! (rires)

Justement, on y reviendra à cette liste !
Ensuite, c'est moi qui ai dû insister pour qu'il sorte les deux autres albums.

Tu n'as pas contacté des labels étrangers pour ressortir tes disques ?
A cette époque, j'étais dans mon trou, complètement ermite. Je commençais juste à découvrir que des gens s'intéressaient encore à ce que je faisais.

C'est étonnant car quand ces rééditions sont sorties, ce sont des sites ou des mail orders étrangers (américains et anglais en particulier) qui en ont parlé. C'est d'ailleurs comme ça que j'ai connu ton travail, en France c'est venu bien après.
On ne peut pas dire que les magazines français aient été un jour intéressés par ce genre de musique. C'est grâce à ces rééditions que j'ai découvert que des gens comme Edward K. Spel (Legendary Pink Dots), Lee Ranaldo (Sonic Youth) ou Steven Stapleton (Nurse With Wound) étaient des fans d'Ilitch ! D'ailleurs, je me suis demandé comment ils avaient pu trouver ces disques car ils avaient bénéficié d'une toute petite distribution. C'est en outre des gens dont j'apprécie la musique, alors quand j'ai appris ça, franchement je suis tombé des nues !

C'est le fait d'avoir réédité ces disques qui t'a donné envie de remonter Ilitch en 2004 pour l'album "Hors Temps" ?
Oui. Le fait de m'apercevoir que je n'avais pas fait tout ça pour rien, que ça intéressait des gens. C'est vrai qu'après l'échec de "Polaroïd", ça m'a un peu re-boosté. Donc j'ai fait l'album "Hors Temps", et franchement, si j'étais resté sur les ventes de ce disque j'aurais de nouveau arrêté ! (rires)

Pourtant, on le trouve dans certaines médiathèques parisiennes, avec un sticker "Coup de cœur" dessus en plus !
Peut-être, mais il m'en reste encore plein !

C'est pourtant un disque relativement accessible, plus apaisé que les deux premiers Ilitch.
Oui, c'est vrai. J'ai eu d'ailleurs des réactions très drôles à l'époque de sa sortie. J'ai reçu des e-mails d'insulte me reprochant d'avoir trahi l'esprit d'Ilitch, que je n'avais pas le droit de sortir un tel disque, en tout cas pas sous le nom d'llitch, Ruth à la rigueur, et encore ! Je ne citerai pas de noms, mais j'ai reçu des messages vraiment hallucinants !

 

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