Throbbing Gristle à la Villette Sonique

10/06/2008, par Luc Taramini | Concerts |
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Ils n'étaient jamais venus, certains n'en sont pas revenus : Throbbing Gristle, le tétraèdre mythique de la musique industrielle, celui qui a décomplexé le rock et en a révolutionné l'approche, était source d'attentes à hauteur de sa légende. Ce 6 juin, salle Charlie Parker, nombreux étaient venus voir la bête, vieillie, blessée, transformée (Genesis, es-tu là... dedans ?) mais vivante. Le monstre refaisait surface et la grande halle de la Villette était emplie de volontaires au sacrifice. Avant cela, Viva and the Diva de la sémillante Sir Alice offrait une prestation plus qu'honorable dans un néo no wave aux accents de krautrock. Il faut souligner l'intelligence de ce groupe qui, loin d'être une simple copie, propose une forme d'innovation musicale, légère certes, mais qui a le mérite d'exister. Vint alors l'épineux problème Pan Sonic. Proposé pour beaucoup en simple amuse-gueule au dieu primitif, il fut, tel David, le surprenant vainqueur d'un combat perdu d'avance. Violent, intriguant, troublant, le son traversait le corps et permettait d'apprécier la moindre intervention du duo finlandais. Pas de laptop mais une technique hors du commun dont le minimalisme visuel, en faisant vibrer le zip de Barnett Newman, faisait éclater tous les codes et limites. Aux frontières du noise et du punk, il fallait aller chercher dans les ruptures rythmiques et sonores des maîtres de l'électronique l'essence même de la musique du diable. Alors finalement, qu'attendre de Throbbing Gristle ? Plus de 30 ans après le premier album ("The Second Annual Report") et 30 minutes après l'ouragan de froideur calculée de Pan Sonic, les 3+1 s'installaient à leur bureau respectif. Un peu plus d'une heure plus tard, le succès était total : ils avaient déclenché la fureur de l'immense majorité du public. Cosey Fanni Tutti qui.... lit ? Carter et Christopherson qui palabrent de problèmes techniques divers et simulent une amorce de réflexion sur leurs écrans, Genesis P. Orridge qui ne fait ni l'effort de chanter réellement (alors que l'excellent dernier album "Endless Not" lui découvrait enfin ce talent (bien) caché...), ni de s'inquiéter de la disparition de ses divagations violonistiques. La projection d'"After cease to exist" datant de 1977 scindait en deux parties un concert jouant quasi exclusivement sur les notions de répétition, monotonie et frustration. Throbbing Gristle prenait une fois de plus tout le monde à l'envers, refusant de brosser son public dans le sens du poil. Blessée mais pas morte, la bête rejetait l'admiration et le culte qu'on lui vouait en vociférant une fois de plus qu'elle ne ferait pas ce que l'on voulait d'elle. Indomptable, inclassable, impossible à domestiquer : Throbbing Gristle nous haïssait dans son sommeil même. Un vrai cauchemar. Qu'importent les déçus. Ils n'ont tout simplement pas compris que, à l'instar de Kenneth Anger (vu la veille en conférence sur Aleister Crowley au Palais de Tokyo en présence de.... Genesis), Lucifer n'était pas à chercher dans les images mais dans la lumière du projecteur. Le monstre des ténèbres se terrait tapi dans l'ombre du mythe : Throbbing Gristle n'existe pas, il n'y à rien à voir ; il n'est que la bande-son de notre déclin. Dysmas & Gestas

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