Timesbold - Ill Seen Ill Sung

17/11/2008, par Julian Flacelière | Albums |
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TIMESBOLD - Ill Seen Ill Sung
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TIMESBOLD - Ill Seen Ill Sung"Les arrogants ne font rien d'autre que d'édifier des châteaux où ils cachent leurs craintes et leurs doutes", a écrit Frank Herbert. Si on en croit la fiche promo de Timesbold, on est en droit d'attendre la visite d'un château bâti sur les terres de l'anxiété et de l'effroi. On peut y lire, entre autres impertinences : "Timesbold a été comparé à Will Oldham, Brian Wilson et Jason Molina - mais Jason Merritt écrit de meilleures chansons." Bien. On se demanderait presque si Merritt ne serait pas un pseudonyme pour Anton Newcombe. On part ainsi du mauvais pied, alors que "Ill Seen Ill Sung" nous semblerait de suite très attachant sans cette morgue un brin pathétique. En effet, rompons le suspense, le troisième album du groupe est un disque folk en diable, bourré jusqu'à la gueule de banjo, de subtils crescendos, de rinforzendos, de bouts de comptines aux claviers, de clochettes, de chaleureuses ornementations pour cordes, de récits d'êtres isolés malgré eux, brûlants de volonté et de violence rentrée, de chants tour à tour lugubres et limpides. Malgré cela, peu d'emphase, pas de boursouflures. L'ensemble demeure homogène, d'excellent goût et parfois surprenant, comme sur ce "All Readymade" évoquant à la fois des pièces pour clavecin de Bach ou Couperin, climat champêtre et musique de chambre dans le pur style americana.

Attardons-nous aussi sur la poignante "Takeaway", ses bruits de vent s'engouffrant par-dessous la porte, ses claviers vaporeux, sorte d'appel funèbre écrit par un homme prisonnier de ses propres pensées jusqu'à la répugnance et dont l'existence elle-même serait l'un des cercles de l'enfer. On sent sa voix au bord du grand passage, sur le point de s'éteindre, attendant un geste extérieur qui le libérerait de l'inertie. Le titre suivant, plus lumineux musicalement, se révèle pourtant bien plus grave, car moins introspectif, engageant toute la communauté terrestre. "I just can kill a man when I come around" chante Merritt, énumérant l'étendue de ténèbres qu'un homme est capable de déployer autour de lui s'il en éprouve le désir. Ce n'est ainsi pas tant des gestes accomplis ou non dont parle la chanson, mais du terrible pouvoir de destruction dont n'importe quel être humain peut disposer à sa guise au mépris de sa propre intégrité. La possibilité du péché, cette extrême conséquence de la liberté, que le narrateur, au dernier couplet, semble considérer comme inévitable : on finit toujours par en user, tôt ou tard, volontairement ou non. Il faut nécessairement prendre patience, s'immerger dans la musique et les textes, pour que "Ill Seen Ill Sung" dévoile tous ses charmes discrets, que la couche quelque peu désuète d'instrumentation acoustique s'écaille et laisse apparaître un univers plus léger, frais et audacieux. La gravité et la pesanteur que l'on peut ressentir au début de l'album, notamment sur "Any Lethal Storm" et son pont tumultueux, prennent alors une forme plus lâche, comme sur les deux derniers titres, magnifiques de netteté, éphémères, tendres et dépouillés. Plus on se rapproche de la fin, plus on se rapproche du ciel, semble-t-il.
Un grand disque calme et sévère, faits de "craintes et de doutes", mais pas seulement : le château de Merritt offre son lot de pièces cachées et de tunnels scellés.

Julian Flacelière

A lire également, sur Timesbold :
la chronique de "Timesbold" (2003)

Old Hannah
Any Lethal Storm
All Readymade
Takeaway
When I Come Around
Hollow Halo
Mama
Cançao Bebendo
Fencepost
Recover Ring
Lame Horse
Be Leaving
Far to Strange

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