Track by track Midget!

04/02/2013, par Matthieu Chauveau | Track by track |
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Sorti trop discrètement en fin d'année dernière sur l'excellent label We Are Unique! (Angil and the Hiddentracks, Half Asleep, …), "Lumière d'en Bas" de Midget! est beaucoup plus que la fort jolie chose qu'elle paraît déjà être à la première écoute. C'est en effet en se repassant maintes et maintes fois le disque que l'auditeur attentif comprend ce que les lumières subtilement projetées en contre-plongée par Mocke (Holden, Arlt) et Claire Vallier recèlent de mystères. Mystères qui ne font que s'épaissir à chaque écoute... et à la lecture de ce track by track, où il est - évidemment - question de paysages sauvages et brumeux, dignes de ceux croisés dans les romans de la fratrie Brontë, de présences fantomatiques plus ou moins rassurantes, du temps qui passe irrémédiablement, et d'un climat hivernal décidément persistant, quels que soient les territoires foulés par notre duo.

 Midget!

Annotations libres, à une voix, de Mocke et de de Claire, autours des 12 morceaux essentiels et indissociables qui constituent le petit chef-d'oeuvre qu'est "Lumière d'en Bas", grand disque de l'année 2012 passée :

"Low Water"
On avait en tête l’image d’une plaine marécageuse un peu fétide, hérissée d’herbages mauvais, de joncs verdâtres balayés par le vent et imbibés d’eau croupissante où s’épanouissaient quelques corbeaux en perdition. On s’est regardés, on a ricané et on a improvisé ce qui allait devenir une ébauche de "Low Water".

"As in a Ball"
On a une copine dont la présence évoque un fantôme égaré dans un bal de province. Alors un jour j’ai dit à Claire "cette fille évoque un fantôme égaré dans un bal de province" et on a écrit "As in a Ball".

"Les Mailles"
Je crois qu’on a tenté d’écrire une chanson religieuse sans religiosité, ou alors autour d’une religion qui aurait comme centre névralgique une aiguille ou une hélice ou un peigne. Musicalement l’idée était de partir d’une brume épaisse, presque un brouillard du Grand Nord pour déboucher sur une sorte de clairière pourpre et ocre, avec clochettes, rayons d’or et chuchotements.

"A ciel Ouvert"
Il y a des morts dont la présence se fait sentir plus que celle de certains vivants. On peut, si l’on est suffisamment romantique ou naïf, considérer que cette insistance à figurer parmi nous est le fruit d’une promesse ou d’un serment pris de façon peut-être irréfléchie. "A Ciel Ouvert" se fait l’écho d’une de ces inconséquences.

"The Scottish Way"
La question était de savoir si l’on pouvait composer une chanson pop accrocheuse (pour ne pas dire catchy) avec un matériau harmonique frisant l’atonalité. On a évidemment failli à notre mission… "The Scottish Way" est l’histoire de cet échec.

"Don’t Ever"
Celle-ci découle d’une longue improvisation, battante comme une porte, lorgnant vers à peu près toutes les directions qu’on puisse concevoir. Il a ensuite fallu patiemment nous réécouter pour tirer de ce bazar deux ou trois lignes claires et construire ou assembler quelque chose comme une trame. On a failli mourir d’ennui en le faisant mais le résultat en vaut la peine il me semble.

"Le Vert et le Gris"
Il y avait cette mélodie, là, qui bourdonnait autour de nous comme une mouche…c’était devenu si obsessionnel qu’on n'avait plus le choix, il fallait transformer le bourdonnement en musique et le sentiment d’harcèlement en sage allégorie sur le temps qui balaie tout sur son passage, à commencer par l’esprit de jeunesse qui nous quitte malgré nous et quand on s’y attend le moins.

"Sleepwalker"
C'est une chanson qui déambule à travers une ville déserte, la nuit, qui bute sur des obstacles tranchants et rentre en elle-même à la moindre lueur. L'une des premières chansons que nous ayons écrites, en tout cas, la plus ancienne qu'on ait retenue de ces débuts où nous nous lancions à l'aveuglette, dans le noir, tentant de reconnaître le squelette et la chair de Midget!.

"Corazon"
Le monde du travail peut parfois apparaître, à condition bien-sûr d’être passablement névrosé, comme une bouche géante qui engloutit et recrache ouvriers ou employés de toutes sortes, contraints à obéir aveuglément aux ordres qu’elle profère. "Corazon" raconte l’amour et la peur d’une femme redoutant que son homme, protégé par son seul bleu de travail, ne se fasse broyer par la monstrueuse mâchoire.

"It's a Work of Art"
C'est une trouée blanche, un éclair de joie au milieu d'un ciel chargé de noir ; l'hystérie et la stupeur que provoque la conscience retrouvée de la beauté du monde lorsqu'on a traversé les gelées d'angoisse, la lumière qu'on entrevoit depuis tout en bas.

"Cet air"
Cet air évoque la fin d’un banquet, ou peut-être d’une relation amoureuse, quand, parmi les bouteilles vides et les groupes qui se disloquent, on se dit, avec une mélancolie teintée de soulagement, qu’il est temps de rentrer.

"Wheel the Real"
Nous avons voulu nous offrir le luxe de la chaleur en hiver et, du haut de notre ignorance climatique, avons opté pour Istanbul, où il pleuvait et faisait plus froid qu'à Paris. On a donc passé quelques jours à rêver derrière les vitres et regarder le Bosphore en ruminant des névroses lointaines et des litres de thé turc qui nous ont conduit tout droit à "Wheel the Real".

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