Troy Von Balthazar - Interview

05/08/2009, par David Dufeu | Interviews |
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TROY VON BALTHAZAR

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Ton travail en solo est globalement très folk, teinté d'electronica. Dans le dernier album de Chokebore, certaines chansons sonnaient déjà de manière beaucoup plus introspective et intimiste. Comment s'est opéré ce changement musical entre un rock assez rageur et ton travail actuel ?
Lorsque j'étais dans Chokebore, j'écrivais toutes mes chansons à la guitare classique, je ne composais jamais sur guitare électrique. Donc, initialement, toutes mes chansons dans Chokebore sonnaient comme ma musique sonne aujourd'hui. Mais la différence est que j'apportais ces chansons au groupe, et elles devenaient des morceaux rock, car c'était un groupe de rock. La différence est qu'aujourd'hui je n'ai plus un groupe rock pour le faire sonner ainsi.

Si tu avais un groupe maintenant, tes morceaux sonneraient comme à l'époque ?
Non, je ne pense pas, j'essaierais d'en faire quelque chose de différent.

Troy Von Balthazar

L'aspect rock de Chokebore te manque-t-il ?
Parfois le groupe me manque. Pas pour l'aspect musical, pas pour ma propre musique, car pour moi, assez paradoxalement, ce sont deux choses séparées. Mais Chokebore me manque pour Chokebore. Je pense aux membres du groupe très souvent. Je ne sais pas si la musique de Troy Von Balthazar est meilleure, ou pire, mais cela relève d'une démarche beaucoup plus naturelle pour moi.

On parle assez peu de tes influences musicales. Quelles sont-elles ?
Mon but n'est pas de faire sonner ma musique comme d'autres personnes, mais de la faire sonner de manière personnelle. Je veux la faire sonner uniquement comme Troy Von Balthazar. J'ai, il y a longtemps, laissé de côté mes influences, et ce, avant même Chokebore. Je ne pense pas aux autres musiciens lorsque j'écris mes chansons. Et si vous entendez l'influence d'autres musiciens dans un de mes morceaux, c'est que j'ai commis une erreur - et ça m'est déjà arrivé...(rires).
J'écoute des musiques totalement différentes de ce que je fais, j'aime bien la soul, ou des trucs comme ça, mais ça n'influence absolument pas ma façon d'écrire. J'en écoute juste pour le plaisir.

Tu as écrit un livre, en ce moment tu en écris un second.
En fait, j'en ai écrit deux, là j'écris le troisième. J'ai toujours écrit. En fait, quand j'avais à peu près douze ans, ma mère m'a dit : "Imagine-toi quand tu seras vieux. Comment tu te vois ?" Et je me souviens avoir fermé les yeux, et j'ai vu un vieil homme taper à la machine, la neige qui tombe dehors, dans une petite maison, seul, en train d'écrire. Et j'ai dit ça à ma mère. Je me vois bien comme ça, c'est tout ce que je veux faire.

Tu te vois bien arrêter de jouer, alors, juste écrire ?
Je ne sais pas trop ; oui , ce serait bien. Je jouerai aussi longtemps que je peux, parce que ça m'intéresse toujours, mais je crois que quand je serai vieux, ce ne sera plus le cas.

Un type dans le studio : J'ai une question : tu as quel âge ?
J'ai, euh, tout juste vingt ans... (rires)

[L'interview se termine, on parle vaguement music business, un peu étonné que l'ex-leader de Chokebore puisse à peine se loger correctement.]

Si on te proposait de reformer Chokebore, tu accepterais de signer ?
Je ne sais pas. Aucune idée. Je crois que ça pourrait donner quelque chose. Oui, je crois bien, enfin, qui sait ? Ce serait plutôt pour repartir en tournée. La seule bonne raison pour laquelle je signerais, ce serait pour qu'une maison de production assure la promotion. Mais personne ne va le faire, parce que les boîtes n'ont pas d'argent.

Tu sors 3 EP d'un coup, pourquoi ?
J'en avais fait deux déjà, là j'en ai fait un troisième, et je sors les trois sur un même disque en effet. Tu sais, l'industrie du disque, ça fait plusieurs années que je la côtoie, et c'est tellement opposé à la musique. La musique, ça peut être tellement beau, pur, merveilleux, ça peut justifier l'existence, tandis que l'industrie de la musique c'est exactement le contraire, ça me donnerait plutôt envie de me tuer. C'est tellement embrouillé, horrible, ça parle juste d'argent. Quand tu es dedans, c'est assez écoeurant, mais j'essaie de gérer ces deux aspects. Je n'ai plus envie de me dire : "Il faut absolument que j'aie un label, que j'aie du succès", parce que sinon je deviendrais dingue. Je sais que si je me concentre sur ma musique, et que je laisse tout le reste de côté, je serai plus heureux.

Propos recueillis par Frédéric Antona et David Dufeu, avec le concours de la radio lilloise RCV.
Photos : DR

A lire également, sur Troy Von Balthazar :
la chronique de "3 EP" (2009)
la chronique de "Troy Von Balthazar" (2005)

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