Un peu d'air frais avec Foxygen

20/02/2013, par | Autre chose |
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Malgré la crise, l'industrie du disque aime bien s'offrir de temps en temps un petit buzz. L'un des derniers en date s'appelle Foxygen, soit deux jeunes Californiens, Jonathan Rado et Sam France, qui tirent l'essentiel de leur inspiration des années 60 et 70. Des revivalistes assez malins et doués pour nous faire oublier l'impression de "déjà entendu" et de pastiche (voire d’emprunts purs et simples) qui se dégage de leur musique (comme Ariel Pink ou Ty Segall), et dont l'ironique et irrésistible "San Francisco" a tout pour devenir un petit tube de saison. Deux mois après un premier concert parisien dans la cave de la Mécanique ondulatoire ("C'était bien, même si on avait un peu l'impression de jouer dans les égouts, comme les Beatles à Hambourg"), ils repassent au Point éphémère, et c'est complet depuis plusieurs jours, voire semaines.

Dans l'espace d'exposition du lieu, affalés sur un curieux pouf pentu, Sam (chant, un peu de claviers et de guitares) et Jonathan (chœurs, le reste des claviers et des guitares), qui semblent avoir dévalisé une friperie, font encore plus jeune que leurs 22 ans (ou 24, selon les sources). Un âge qui rend d’autant plus incongru l'aspect "vintage" de leur musique. "Ce qu'on aime dans la musique des années 60, c'est le fait que les groupes découvraient de nouvelles techniques en studio, expérimentaient sans peur du ridicule, explique Sam. On fait un peu la même chose. A l'époque, les choses étaient plus simples, les groupes se montaient rapidement, ils allaient enregistrer et sortaient l'album dans la foulée."

Mais leur spontanéité et leur approche "do it yourself", gentiment foutraque, rappellent aussi des groupes et artistes indés américains apparus dans les années 90, comme Pavement ou Beck – qu’ils disent avoir écoutés à une époque, et qu’ils aiment toujours. "Ce ne sont pas des influences conscientes, on ne s'est jamais dit : tiens, faisons comme eux. Mais c'est sûr que quelqu'un comme Beck nous a inspirés, à travers l'énergie qu'il mettait dans sa musique", affirme Jonathan.

Les Beatles et Richard Swift

Les deux compères ont habité dans divers endroits des Etats-Unis, notamment à New York, mais c'est en Californie qu'ils ont passé le plus de temps. S'ils apprécient le Golden State ("Il y fait plus chaud qu'ici"), ils ne pensent pas pour autant que la géographie ait eu une si grande incidence sur leurs chansons. On leur fait d'ailleurs remarquer que "San Francisco", titre phare du nouvel album, évoque plus le psychédélisme anglais que son pendant West Coast, plus dur et engagé. "C'est vrai que ça peut faire penser aux Zombies ou à Syd Barrett, c'est curieux, reconnaît Sam. Mais là non plus, ce n'était pas du tout quelque chose de réfléchi."

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Idem pour les structures souvent éclatées de leurs compositions, le meilleur exemple étant sans doute le quasi-collage "Shuggie". Sam poursuit : "C'est juste que nous avons beaucoup d'idées l'un comme l'autre et que nous essayons de les assembler dans une seule et même chanson, comme un grand "mish-mash"… Je suis en train de lire un livré écrit par l'ingénieur du son des Beatles, et je me rends compte, sans vouloir nous comparer à eux, que nous avons un peu la même relation que Lennon et McCartney, et les mêmes rôles dans le groupe. Bon, on va peut-être arrêter de parler des Beatles… (rires)" Il n'en dit pas plus, mais on verrait bien Sam en Lennon (bien qu'il imite plutôt Mick Jagger sur scène) et, donc, Jonathan en Macca. Ce dernier précise qu'ils ne se disputent jamais en studio, "mais à l'extérieur, on se bagarre constamment."

Il faut les interroger sur leur producteur Richard Swift (multi-instrumentiste, auteur d'albums et EP souvent remarquables, et actuellement membre des Shins) pour que les Foxygen deviennent un peu plus diserts. Grands fans, ce sont eux qui sont allés le démarcher en lui donnant directement un CD-R de leur premier album tout juste terminé, le brouillon mais plaisant "Take the Kids Off Broadway", après un concert de Swift dans le Lower East Side, à Manhattan. "Nous avons une approche similaire de la musique, on travaille vraiment de la même façon. Il a joué de la batterie et fait d'autres petites choses sur l'album, et nous sommes très satisfaits du résultat. Ils nous a surtout apporté un son plus clair, "crisp". Ça nous a beaucoup inspirés de l'avoir auprès de nous. On pourrait se débrouiller juste tous les deux, mais on était vraiment content d'avoir un collaborateur qui puise nous apporter de nouvelles idées."

En route vers la gloire ?

Confirmant que le morceau Shuggie tire bien son titre d’une autre de leurs idoles, le musicien culte 70's Shuggie Otis, Jonathan évoque une figure encore plus obscure, un certain Brett Smiley dont on n'a jamais entendu parler. L'auteur d'un unique album de glam rock sorti trente ans après son enregistrement en 1974, à côté duquel Otis (ou Sixto Rodriguez, ou Jobriath…) passerait aisément pour une mégastar à la renommée internationale (quoique pour Rodriguez, les choses semblent en train de changer). Le duo avance d’autres noms, tous sortis des oubliettes sixties-seventies : Emitt Rhodes, Kevin Ayers, Skip Spence… Pour causer des obscurités new wave, il faudra peut-être revenir les voir dans dix ou quinze ans.

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Foxygen a signé chez Jagjaguwar (The Besnard Lakes, Black Mountain, Okkervil River, Sharon Van Etten…). Le label idéal pour eux, ni trop petit, ni trop gros ? "Je ne sais pas s'il existe un label idéal pour nous, mais en tout cas ça se passe bien, affirme Sam. Ils croient en nous, nous voient comme un groupe pop qui peut avoir du succès et font pas mal de promo. On a un contrat de trois albums avec eux, il nous en reste donc au moins un à faire." Jonathan poursuit : "Contrairement à beaucoup d'autres, ils accordent des budgets à leurs artistes pour enregistrer leurs albums. C'est bien, car nous avons des projets assez ambitieux." Comme beaucoup de leurs pairs, les deux Américains disent ne pas gagner d'argent avec leur musique pour l'instant, ce qui ne semble pas les inquiéter plus que ça. Mais malgré leurs airs gentiment je-m'en-foutistes (notamment sur scène, où ils peuvent frôler l'amateurisme), on sent qu’on n’a pas affaire à de simples branleurs qui veulent s’en payer une bonne tranche avant de passer à autre chose. S’ils parviennent à éviter les écueils qui les guettent (maniérisme, abus de citations, hype surdimensionnée…), Jonathan Rado et Sam France pourraient bien suivre le chemin pavé d’or de leurs plus prestigieuses idoles. Plus Beatles que Shuggie, donc.

 

Photos : Julien Bourgeois.

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