Un week-end au Soy festival

13/11/2012, par Catherine Guesde | Festivals |
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Tandis qu’une foule de Parisiens s’entassait au Pitchfork festival, on a décidé de faire un tour à Nantes pour enfin découvrir le Soy, histoire de l’aider à souffler ses dix bougies. Depuis sa naissance en 2003, ce festival itinérant a investi nombre de lieux nantais avec une programmation toujours exigeante et éclectique, mêlant jeunes artistes et grandes pointures (Why?, Do Make Say Think…), dans des genres allant du folk (Bonnie 'Prince' Billy) au punk noisy (No Age) en passant par les musiques minimalistes ou expérimentales (Rhys Chatham). Cette année, la venue de Godspeed You! Black Emperor constituait sans doute le point d’orgue du festival, mais ce concert n’a en rien éclipsé d’autres découvertes. Compte-rendu éclaté et partiel de deux soirées nantaises.

Vendredi 2 novembre

Le festival commence pour nous le vendredi soir, dans l’impressionnant édifice du Lieu Unique – ancienne fabrique des biscuits LU reconvertie en salle de concerts, lieu d’expositions et autres hautes activités culturelles.

C'est aux jeunes Américains de Dope Body qu’il revient d’ouvrir la soirée. Pour montrer que son corps n’est nullement attaqué par les stupéfiants, Andrew Laumann fait tomber le t-shirt, exhibe les pectoraux et entame une performance athlétique faite de sauts, de cris et de sueur. Les gamins hurlent et tambourinent sans relâche, balancent des hymnes accrocheurs et des riffs répétitifs.

Dope Body

Et même si, en transparence, on voit apparaître les figures tutélaires de Fugazi et de Rage Against the Machine, on ne boude pas notre plaisir. L’exercice de style est fait avec une telle conviction que la cover de Black Flag, interprétée en fin de concert, passe presque pour une création de Dope Body, tant leurs propres titres sont autant de brûlots tout droits sortis des années 80 californiennes.

Le rock psychédélique et contemplatif de Barn Owl ayant amorcé la transition vers des territoires plus calmes, c'est au tour de Godspeed You! Black Emperor de monter sur scène.

Il faut l’avouer, le concert était l’un des points d’attraction les plus forts du week-end. Le Lieu Unique est d’ailleurs plein à craquer de cette faune toute de noir vêtue et dévolue au culte du collectif canadien. Les attentes sont immenses : Godspeed vient de sortir de son silence de dix ans pour sortir le très exaltant "Allelujah! Don’t Bend! Ascend!", et puis la brève apparition du groupe lors de la tournée de 2010 en avait laissé beaucoup sur leur faim. "Ça fait deux ans que j’attends ça, ça me manque plus que le sexe", s’impatiente une demoiselle à ma droite. Et de fait, les réactions au concert – entre orgasme et somnolence – seront essentiellement physiologiques.

Enfin, la petite communauté de sept musiciens (deux batteries, trois guitares, une basse et un violon) s’installe sur la scène. Confortablement, en cercle, comme toujours.

Godspeed You! Black Emperor 1

On a un peu l’impression d’assister à une réunion familiale, où chacun apporterait son histoire pour la partager. Sur "Mladic", titre d’ouverture du set – et du dernier album –, le riff obsédant est joué par un guitariste puis repris par un autre, passant de main en main comme un relais. A cette disposition intimiste vient s’ajouter la projection d’images, pour une configuration aussi immersive que possible.

Le son est terriblement puissant – avec presque tous les instruments présents en double, Godspeed sature l’espace, fait en sorte que personne ne lui échappe. Les montées en puissance de "Mladic", les plages désertes de "BBF3", les mélodies naïves et glorieuses de "Behemoth" - nouveau titre découvert à l’occasion du concert – tiennent toujours une intensité remarquable.

Godspeed You! Black Emperor

Seulement, le concert s’étire en longueur : les cinq titres joués dureront pratiquement deux heures. Difficile alors de consacrer à ces titres épiques toute l’attention qu’ils méritent. Sans que soit mise en question la qualité – toujours impeccable – de jeu des musiciens, on s’interroge sur les conditions idéales d’écoute d’un tel concert.

 

Samedi 3 novembre 

Pour concilier découverte de la ville et concerts de qualité, le Soy est irréprochable. C'est au Château des Ducs de Bretagne que se tiennent les concerts du samedi. Il faut passer au-dessus des douves, traverser un espace d’exposition et se rendre dans une belle pièce toute blanche du château pour voir Six Organs of Admittance. On aurait bien imaginé des Ferrero-Rocher remplacer la bière, mais n’exagérons rien.

Ducs de Bretagne ) Soy

Pour cette soirée de rock chic, c'est un jeune extravagant qui ouvre le bal : Joe McKee. Le jeune crooner noie sa voix dans la reverb’, fait traîner ses phrases, alangui contre son micro. Il construit un univers de folk onirique d’une beauté fragile – si fragile qu’il s’effondrera rapidement pour laisser place au ridicule.

Joe McKee

Absorbé par ses allures de dandy enivré à sa propre voix – et à l’alcool sans doute –, McKee erre dans la salle, empoigne un spectateur pour s’essayer à une valse titubante, reprend ses élucubrations sur scène et achève de détruire ce qui s’annonçait comme un moment de poésie. Dommage, on y aurait bien cru.

Débarquent les rockers de Six Organs of Admittance. Bien plus sobres que leur prédécesseur sur scène, ils s’acquittent de leur tâche, sérieusement, sans fioritures, mais avec conviction. Et ça marche. Terriblement bien.

Six Organs of Admittance

Même si le lieu ne se prête pas aux élans expressifs, on se laisse petit à petit absorber par leur rock psyché, qui navigue entre un Neil Young électrique et l’obscurité occasionnelle d’un Nick Cave. Ban Chasny et ses potes auront relevé le défi de transformer, au moins dans nos esprits, une salle huppée en défouloir rock, et on leur en est reconnaissants.

Trop bref pour nous et parcellaire, cet aperçu du Soy nous aura convaincus d'une chose : c'est ici que les choses se passeront l'année prochaine, à la même époque. 

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