Under Byen - Det et mig der holder Traeerne sammen

19/05/2004, par David Larre | Albums |
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UNDER BYEN - Det et mig der holder Traeerne sammen
(Telescopic / Discograph)

UNDER BYEN - Det et mig der holder Traeerne sammenUnder Byen, un bloc d'opacité. Titre de disque pour moi imprononçable (je ne suis pas versé dans le danois), musique presque aussi indéchiffrable. Pour qui n'est pas happé dès la première écoute, l'ensemble de ce second opus paraît bien étrange, une voix perdue dans le chuchotement björkien, refusant obstinément de venir à la lumière, des lambeaux de post-rock, de jazz, d'électro, tournoyant ensemble dans un maelström instable, des morceaux pas construits selon le format rassurant de la chanson (pas construits du tout selon les détracteurs). Les premières prestations scéniques françaises, pour le moins informes et décevantes, risquent de brouiller encore davantage le paysage.
Et pourtant. Comment ne pas tomber sous le charme de la voix de Henriette Sennenvald, qui, dès ce morceau d'ouverture éponyme, construction gracile et soyeuse, apparaît comme la plus sensuelle et délicate que nous ayons entendue depuis des lustres. Dans un registre certes rentré, anti-spectaculaire, mais complètement en harmonie avec le projet musical du groupe. Car musique il y a : derrière un arsenal un peu hétéroclite d'instruments (les machines côtoient ici basse, contrebasse, hautbois, piano, cordes, cuivres, l'électricité est plus discrète), il y a une science certaine du rythme (toujours complexe, évolutif, réparti entre un grand nombre d'instruments), un sens mélodique imparable (porté davantage par le hautbois, le piano ou les cordes - "Plantage", "Lenin", "Byen Driver" - que par la voix), il y a enfin un goût indéniable pour l'expérimentation qui conduit le groupe à superposer les motifs, à modifier la structure d'un morceau en cours d'ouvrage, à explorer des effets inédits. Bref, tout sauf de l'amateurisme bricolo. C'est cette complexité de composition et d'instrumentation qui crée à la fois l'identité sonore du groupe et donne cette impression d'univers clos et impénétrable, impression vite dépassée par qui sait se laisser aller à la générosité des propositions, à l'enchevêtrement des textures sonores, à l'émerveillement du voyage. Plus proche en cela du meilleur Sigur Rós ou des recherches de Godspeed You Black Emperor, que du lyrisme de Björk ou du minimalisme de Stina Nordenstam, à qui on l'a trop souvent, mais non sans raison, comparé, Under Byen étonne par sa démesure, son ampleur et le vertige qu'il procure à l'auditeur : le morceau de bravoure final, dix minutes au compteur, élégie sombre et vaguement psyché, jouant sur le double registre de la mélancolie et d'une tension sourde qui n'éclate jamais, vous laisse sur le carreau, sidéré, essoré et, il faut bien le dire, un peu perdu. Dans le genre post-machin, ce que j'ai entendu de mieux depuis bien longtemps.

David

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Plantage
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