Vincent Vit Sa Vie à Varsovie - Comment j’ai resquillé à un concert de musique contemporaine - Sur "Charged" - Fuzz sur trottoirs - La détresse sans fond de Nick Drake - Radio Stacja, hertz mégapointu

12/10/2000, par | Articles |
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Vincent vit sa vie à Varsovie (3) : Comment j'ai resquillé à un concert de musique contemporaine - Sur "Charged" - Fuzz sur trottoirs - La détresse sans fond de Nick Drake - Radio Stacja, hertz mégapointus.

Toujours pas beaucoup de pop/rock live à l'horizon... Il faut donc se rabattre sur autre chose, ce n'est peut-être pas plus mal. Soyons radicaux : ce soir, concert de musique contemporaine dans le cadre du festival de Varsovie.
Comme le concert était à 22 h 30, je pensais qu'il n'y aurait pas grand-monde. Et puis, la musique contemporaine, ça n'intéresse personne...
Eh bien si. Apparemment, c'était complet (public mi-bourgeois intello, mi-jeune branché en vieux pull) et ils ne vendaient plus de billets. Je me suis quand même approché de l'entrée de la salle - un petit théâtre à l'italienne, avec un balcon. J'ai vu quelques personnes contouner l'entrée par la droite et disparaître derrière une petite porte. Après quelque hésitation, je les ai imitées... et me suis retrouvé au pied de la scène ! J'ai donc pu assister au concert, debout comme beaucoup d'autres spectateurs.
Il débuta par trois courtes pièces jouées sur un instrument qui me semblait être un harmonium (ou pas loin, en tout cas). Le deuxième morceau, composé de notes longuement tenues, sonnait un peu comme du Labradford acoustique. Bref, c'était pas "Les pizzas quatre saisons" de Vivagel...
Après la pause, une pianiste à l'incroyable crinière rousse s'installa derrière un clavecin (?), dont le bois clair était parfaitement assorti à sa coiffure. Elle joua avec une certaine véhémence, accompagné par une bande de musique concrète diffusée par les hauts-parleurs. Pour le dernier morceau du concert, elle fut rejointe par un petit orchestre avec 2 cuivres, un violon, un accordéon, des percus... Pas mal du tout.

Dans un registre plus "musique de jeunes", j'ai quand même pu assister à une performance plutôt convaincante de Charged, nouveaux-venus dans la lignée d'Asian Dub Foundation. C'était un concert gratuit en plein air, sur la belle place du marché de la nouvelle ville. Ils remplaçaient au pied levé Natacha Atlas, et je crois qu'on n'y a pas perdu au change. Mélange efficace machines-platines-percus traditionnelles, excellent guitariste adepte du saut "jamien", frontmen charismatiques. Un peu décousu, mais souvent percutant. Ils ont joué 1 h 15 et ont réussi à faire bouger le public (qui voulait sans doute se réchauffer un peu), sur une musique qui me semble moins populaire ici que chez nous (où, depuis 5 ans, ADF a dû écumer tous les petits bleds et festivals d'été). Il y a un album, "Hero", qui vient de sortir. Ils devraient réussir à en vendre quelques-uns ici.

Mais la musique la plus étonnante que j'ai entendue ici depuis mon arrivée est jouée par un vieillard barbu, vêtu de jeans crasseux, sur divers trottoirs de la ville. Il l'interprète sur une guitare électro-acoustique trafiquée, reliée à un incroyable rack de pédales d'effets (une dizaine). Les jeunes le regardent jouer, admiratif. Tout le monde ralentit, beaucoup s'arrêtent, certains s'assoient un moment pour écouter ce Bukowski de la gratte qui crache. Link Wray jouant Pink Floyd ? Une rencontre entre la B.O. de "Dead Man" par Neil Young et les Shadows ? Une jam entre Swell et les Spacemen 3 ? Un peu tout ça, oui. D'après le petit écriteau rédigé dans un anglais très... personnel, l'homme serait russe. Il vend ses enregistrements sur cassettes TDK à des pris divers (si vous y mettez le prix, il peut même vous les dédicacer) et veut bien tourner dans les clubs aux USA si on lui propose, ou donner des cours de guitare - acoustique et électrique.

J'ai presque terminé (en anglais) "Nick Drake, the biography" par Patrick Humphries (Bloomsbury, 1997). Un remarquable travail d'enquête, une écriture toujours à la bonne distance de son sujet, bref une lecture indispensable pour tous les fans, même si certains passages (sur les derniers mois de sa vie) sont presque aussi difficiles à supporter que l'écoute de "Pink moon". Parce qu'une détresse sans issue imprègne tout, et surtout parce que l'on connaît déjà la (triste) fin. Ceux qui ont lu "Mars" de Fritz Zorn savent de quoi je parle.

Finissons sur une note plus gaie : la meilleure radio musicale ici est sans conteste Radio Stacja, entre Nova, Ouï FM, BBC 1 et une radio étudiante. Grâce à elle, on peut se réveiller avec de la drum'n'bass, prendre son petit-déjeuner avec "Anarchy in the UK", dîner avec "The Gift" et s'endormir sur du John Cage ou de la musique répétitive. Bonne nuit les petits.

Vincent

PLAYLIST
ESG - A South Bronx story
OS MUTANTES - Everything is possible !
PENDERECKI - 2e et 4e symphonies
IGGY AND THE STOOGES - Raw Power
GENERAL ALCAZAR - "Nous sommes d'accord"
ORWELL - "Un être sans failles"
DIONNE WARWICK - Sings Burt Bacharach
MARVIN GAYE - What's going on
SMASHING PUMPKINS - "Try try try"
JIMI TENOR -"Midsummernight"

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