Vashti Bunyan - Interview

12/04/2006, par Guillaume Sautereau | Interviews |
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Et donc, ce fameux jour où tu as saisi ton nom dans un moteur de recherche sur internet, quelle a été ta réaction ?

J'étais abasourdie. Je ne pouvais croire que c'était vrai, tellement j'avais moi-même enterré ce disque. Je pensais qu'il avait disparu pour toujours - je pense que seulement cent exemplaires avaient été pressés. Quand je l'ai finalement vu sur mon écran, ça a été un moment extraordinaire. Un type de Sacramento, en Californie, avait écrit un message sur un forum, pour demander ce qu'il était advenu de Vashti Bunyan, qui avait fait un album dans les années 60. Je lui ai écrit. C'est lui qui a trouvé toutes les autres choses ensuite, ce que j'avais fait avec Andrew et dont je pensais qu'elles avaient disparu. Mais elles étaient là, sur CD ! J'ai commencé à chercher à tout me procurer, et écouter à nouveau ces morceaux fut fantastique. Dans ma tête, pendant toutes ces années, j'avais considéré ces chansons comme nulles, mais finalement, en les réécoutant, je me suis rendu compte que non. Et puis j'ai appris qu'il y avait un bootleg de "Diamond Day". J'en ai récupéré un exemplaire. Mais il était tellement mauvais, il manquait "Rose Hip November" car ils avaient dû récupérer l'album sur un vinyle rayé. Cela m'a rendu furieuse (rires). C'est ce qui m'a poussée à commencer à travailler sur la réédition, à chercher les bandes, à m'assurer des droits. Et encore à ce moment-là, je pensais qu'on allait en vendre quatre cents exemplaires, ce que ça resterait quelque chose de confidentiel, que cela serait juste chouette de le rendre disponible. Je n'avais pas aucune idée de ce qui allait arriver.

Ressortir cet album, c'est une chose... Mais qu'est-ce qui t'a fait reprendre ta guitare ?
Quand j'ai eu lu des chroniques favorables, de la part de gens qui comprenaient ce qu'était ce disque, qui ne pensaient pas que c'étaient seulement des chansons bébêtes pour enfants, j'ai repris ma guitare, et tout d'un coup, ça sonnait mieux (sourire), c'était comme quelque chose qui revient à la vie.. C'était comme un rosier taillé, qui reste sans fleur pendant des années et qui se remet à bourgeonner tout d'un coup. Voilà ce que je ressentais. J'ai eu beaucoup de chansons que les choses s'enchaînent comme cela et me conduisent jusqu'à Fat Cat.

Comment se sont enchaînés les événements d'ailleurs ? Tu es apparu sur scène lors d'un concert programmé par Stephen Malkmus, puis tu as enregistré avec Piano Magic...
C'était Piano Magic en premier, en fait. Glen Johnson m'a ensuite présenté Simon Raymonde, des Cocteau Twins. On nous a demandé de faire le Festival Hall, et Simon ne pouvait pas car il avait un autre engagement à Barcelone au même moment. Je ne me voyais pas jouer toute seule. Il m'a présenté Kieran et Adem, qui ont joué avec moi au Festival Hall. Puis Kieran est venu à Edimbourgh pour un concert, et Animal Collective ouvrait pour lui. C'est ce qui a conduit à ce que j'enregistre avec eux, chez Fat Cat. Les gens de Fat Cat ont aimé mes démos, m'ont proposé de faire un album, et m'ont présentée à Max Richter, qui est aussi sur Fat Cat. Il m'a envoyé "The Blue Notebooks", que j'ai adoré, je lui ai envoyé "Just Another Diamond Day" et nous avons commencé à travailler, c'était en novembre dernier (2004, NDLR).

Tu avais déjà les chansons écrites ?
Oh, non (rires). J'en avais quatre, à ce moment-là. Je me suis dit qu'à partir du moment où l'on commencerait à travailler, cela déclencherait quelque chose en moi, et ça s'est passé effectivement comme cela, j'ai commencé à écrire à nouveau. Les quatre que j'avais initialement, il m'avait fallu deux ans pour les écrire, et là on avait seulement six mois avant d'aller en studio. Et j'ai écrit la dernière - qui est en fait la première sur l'album - à peu près deux semaines avant l'enregistrement. Donc... je l'ai fait ! J'ai commencé à jouer de plus en plus souvent et les choses sont sorties naturellement.

Tu éprouvais une certaine angoisse à l'idée de ne pas pouvoir écrire aussi facilement qu'auparavant ?
Quand j'ai commencé à écrire à nouveau, je ne pensais pas qu'il y ait de réelles chances que cela débouche sur l'enregistrement d'un album, je ne prenais pas trop cela au sérieux, jusqu'à ce que je rencontre Glen Johnson de Piano Magic et qu'il me dise "tu sais, si tu veux le faire, on peut trouver un moyen". Et oui, j'avais peur, j'avais peur de ne pas être capable de sortir quelque chose de valable. Quand je suis allée enregistrer avec Piano Magic, je n'avais aucune idée des sons qui allaient pouvoir sortir de ma bouche ! A ce moment-là, j'avais peur. J'ai eu peur jusqu'à ce que je commence à chanter. Ensuite, c'était du bonheur, je planais littéralement. Quand je suis sorti du studio, je suis allée me promener à Hyde Park - j'ai grandi à Londres, j'y allais tous les jours quand j'étais enfant -, je ne savais pas du tout ce qui allait arriver, mais j'avais l'impression que c'était une nouvelle vie qui s'ouvrait devant moi. C'était fascinant de rencontrer des musiciens, de parler avec eux, de revenir dans ce monde-là.

Est-ce que tu te sentais à l'aise avec ces musiciens, qui n'avaient pas les mêmes références que toi ?
Je me suis senti plus à l'aise qu'avec les musiciens de Fairport Convention dans les années 60. Beaucoup plus à l'aise. Si j'avais pu avoir les mêmes relations avec mes contemporains qu'avec ceux que j'ai rencontrés au cours des cinq dernières années, tout aurait pu être différent. Si ces personnes avaient pu exister à mon époque, les choses auraient été très différentes.

Tu penses que tu étais en avance sur ton temps, d'une certaine façon ?
Oui, peut-être. Je ne me sentais pas à ma place. J'étais étrange (rires). Quelqu'un m'a dit récemment qu'on ne pourrait pas écrire les chansons de "Diamond Day" aujourd'hui, qu'elles paraîtraient ridicules. Mais elles paraissaient déjà ridicules à l'époque ! Personne ne les comprenait. Je ne rentrais dans une aucune case, à ce moment-là. La case existe, aujourd'hui. Je ne pense pas que ce soit moi qui l'ai créée, ou que j'étais en avance sur mon temps, je pense juste que je suis plus adaptée à cette époque-ci. Je pense aussi qu'être une très jeune fille avec une guitare et une vieux blouson, ce n'était pas le genre de chanteuse que les agents ou les managers cherchaient, ils voulaient un peu plus de glamour. Moi je ne faisais pas attention à la façon dont je m'habillais, ce qui me préoccupait, c'était mes chansons et ma guitare. Aujourd'hui, ils y réfléchiraient à deux fois, mais à l'époque, que pouvaient-ils faire de moi (rires) ? En avance sur mon temps, peut-être, mais je n'y pense pas de cette façon, vraiment.

Le fait de rencontrer beaucoup de musiciens, cela t'a conduite à écouter à nouveau beaucoup de musique ?
Oui, oui. Cela m'avait tellement manqué. Mon compagnon actuel - nous sommes ensemble depuis douze ans - me trouvait très ignorante en musique, il a commencé à refaire mon éducation ! Vivre ma vie avec la musique à nouveau est quelque chose de fantastique.

J'aurais aimé te poser plus de questions sur ce nouvel album, mais le temps va nous manquer...
Ca se passe toujours comme ça !

J'ai l'impression que la production convient à merveille à ta voix et à tes chansons. Comment les choses se sont-elles passées avec Max Richter ?
C'était fantastique. Je crois que c'est la façon dont j'aurais aimé que cela se passe pour les chansons de "Just Another Diamond Day". Il m'a donné beaucoup plus la parole. Nous avons vraiment travaillé ensemble, à toutes les étapes de la création du disque, comme le mixage ou le mastering. Max a une formation classique très poussée, alors que moi je n'ai aucune formation musicale. Il a réussi à comprendre ce que je voulais alors que je ne savais pas l'exprimer. Max est une personne très spéciale, et un excellent producteur, très encourageant, qui sait trouver les mots. Auparavant, personne ne me disait rien. On me laissait sans que je sache si mes chansons étaient bonnes ou pas. Avec Max, tout était génial.

 

Merci à Arnault.

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