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VASHTI
BUNYAN
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précédente]
Et
donc, ce fameux jour où tu as saisi ton nom dans
un moteur de recherche sur internet, quelle a été
ta réaction ?
J'étais abasourdie. Je ne pouvais croire que c'était
vrai, tellement j'avais moi-même enterré ce
disque. Je pensais qu'il avait disparu pour toujours –
je pense que seulement cent exemplaires avaient été
pressés. Quand je l'ai finalement vu sur mon écran,
ça a été un moment extraordinaire.
Un type de Sacramento, en Californie, avait écrit
un message sur un forum, pour demander ce qu'il était
advenu de Vashti Bunyan, qui avait fait un album dans les
années 60. Je lui ai écrit. C'est lui qui
a trouvé toutes les autres choses ensuite, ce que
j'avais fait avec Andrew et dont je pensais qu'elles avaient
disparu. Mais elles étaient là, sur CD ! J'ai
commencé à chercher à tout me procurer,
et écouter à nouveau ces morceaux fut fantastique.
Dans ma tête, pendant toutes ces années, j'avais
considéré ces chansons comme nulles, mais
finalement, en les réécoutant, je me suis
rendu compte que non. Et puis j'ai appris qu'il y avait
un bootleg de "Diamond Day". J'en ai récupéré
un exemplaire. Mais il était tellement mauvais, il
manquait "Rose Hip November" car ils avaient dû
récupérer l'album sur un vinyle rayé.
Cela m'a rendu furieuse (rires). C'est ce qui m'a poussée
à commencer à travailler sur la réédition,
à chercher les bandes, à m'assurer des droits.
Et encore à ce moment-là, je pensais qu'on
allait en vendre quatre cents exemplaires, ce que ça
resterait quelque chose de confidentiel, que cela serait
juste chouette de le rendre disponible. Je n'avais pas aucune
idée de ce qui allait arriver.
Ressortir
cet album, c'est une chose... Mais qu'est-ce qui t'a fait
reprendre ta guitare ?
Quand j'ai eu lu des chroniques favorables, de la part de
gens qui comprenaient ce qu'était ce disque, qui
ne pensaient pas que c'étaient seulement des chansons
bébêtes pour enfants, j'ai repris ma guitare,
et tout d'un coup, ça sonnait mieux (sourire), c'était
comme quelque chose qui revient à la vie.. C'était
comme un rosier taillé, qui reste sans fleur pendant
des années et qui se remet à bourgeonner tout
d'un coup. Voilà ce que je ressentais. J'ai eu beaucoup
de chansons que les choses s'enchaînent comme cela
et me conduisent jusqu'à Fat Cat.
Comment
se sont enchaînés les événements
d'ailleurs ? Tu es apparu sur scène lors d'un concert
programmé par Stephen Malkmus, puis tu as enregistré
avec Piano Magic...
C'était Piano Magic en premier, en fait. Glen Johnson
m'a ensuite présenté Simon Raymonde, des Cocteau
Twins. On nous a demandé de faire le Festival Hall,
et Simon ne pouvait pas car il avait un autre engagement
à Barcelone au même moment. Je ne me voyais
pas jouer toute seule. Il m'a présenté Kieran
et Adem, qui ont joué avec moi au Festival Hall.
Puis Kieran est venu à Edimbourgh pour un concert,
et Animal Collective ouvrait pour lui. C'est ce qui a conduit
à ce que j'enregistre avec eux, chez Fat Cat. Les
gens de Fat Cat ont aimé mes démos, m'ont
proposé de faire un album, et m'ont présentée
à Max Richter, qui est aussi sur Fat Cat. Il m'a
envoyé "The Blue Notebooks", que j'ai adoré,
je lui ai envoyé "Just Another Diamond Day"
et nous avons commencé à travailler, c'était
en novembre dernier (2004, NDLR).
Tu
avais déjà les chansons écrites ?
Oh, non (rires). J'en avais quatre, à ce moment-là.
Je me suis dit qu'à partir du moment où l'on
commencerait à travailler, cela déclencherait
quelque chose en moi, et ça s'est passé effectivement
comme cela, j'ai commencé à écrire
à nouveau. Les quatre que j'avais initialement, il
m'avait fallu deux ans pour les écrire, et là
on avait seulement six mois avant d'aller en studio. Et
j'ai écrit la dernière – qui est en
fait la première sur l'album – à peu
près deux semaines avant l'enregistrement. Donc...
je l'ai fait ! J'ai commencé à jouer de plus
en plus souvent et les choses sont sorties naturellement.
Tu
éprouvais une certaine angoisse à l'idée
de ne pas pouvoir écrire aussi facilement qu'auparavant
?
Quand j'ai commencé à écrire à
nouveau, je ne pensais pas qu'il y ait de réelles
chances que cela débouche sur l'enregistrement d'un
album, je ne prenais pas trop cela au sérieux, jusqu'à
ce que je rencontre Glen Johnson de Piano Magic et qu'il
me dise "tu sais, si tu veux le faire, on peut trouver
un moyen". Et oui, j'avais peur, j'avais peur de ne
pas être capable de sortir quelque chose de valable.
Quand je suis allée enregistrer avec Piano Magic,
je n'avais aucune idée des sons qui allaient pouvoir
sortir de ma bouche ! A ce moment-là, j'avais peur.
J'ai eu peur jusqu'à ce que je commence à
chanter. Ensuite, c'était du bonheur, je planais
littéralement. Quand je suis sorti du studio, je
suis allée me promener à Hyde Park –
j'ai grandi à Londres, j'y allais tous les jours
quand j'étais enfant –, je ne savais pas du
tout ce qui allait arriver, mais j'avais l'impression que
c'était une nouvelle vie qui s'ouvrait devant moi.
C'était fascinant de rencontrer des musiciens, de
parler avec eux, de revenir dans ce monde-là.
Est-ce
que tu te sentais à l'aise avec ces musiciens, qui
n'avaient pas les mêmes références que
toi ?
Je me suis senti plus à l'aise qu'avec les musiciens
de Fairport Convention dans les années 60. Beaucoup
plus à l'aise. Si j'avais pu avoir les mêmes
relations avec mes contemporains qu'avec ceux que j'ai rencontrés
au cours des cinq dernières années, tout aurait
pu être différent. Si ces personnes avaient
pu exister à mon époque, les choses auraient
été très différentes.
Tu
penses que tu étais en avance sur ton temps, d'une
certaine façon ?
Oui, peut-être. Je ne me sentais pas à ma place.
J'étais étrange (rires). Quelqu'un m'a dit
récemment qu'on ne pourrait pas écrire les
chansons de "Diamond Day" aujourd'hui, qu'elles
paraîtraient ridicules. Mais elles paraissaient déjà
ridicules à l'époque ! Personne ne les comprenait.
Je ne rentrais dans une aucune case, à ce moment-là.
La case existe, aujourd'hui. Je ne pense pas que ce soit
moi qui l'ai créée, ou que j'étais
en avance sur mon temps, je pense juste que je suis plus
adaptée à cette époque-ci. Je pense
aussi qu'être une très jeune fille avec une
guitare et une vieux blouson, ce n'était pas le genre
de chanteuse que les agents ou les managers cherchaient,
ils voulaient un peu plus de glamour. Moi je ne faisais
pas attention à la façon dont je m'habillais,
ce qui me préoccupait, c'était mes chansons
et ma guitare. Aujourd'hui, ils y réfléchiraient
à deux fois, mais à l'époque, que pouvaient-ils
faire de moi (rires) ? En avance sur mon temps, peut-être,
mais je n'y pense pas de cette façon, vraiment.
Le
fait de rencontrer beaucoup de musiciens, cela t'a conduite
à écouter à nouveau beaucoup de musique
?
Oui, oui. Cela m'avait tellement manqué. Mon compagnon
actuel – nous sommes ensemble depuis douze ans –
me trouvait très ignorante en musique, il a commencé
à refaire mon éducation ! Vivre ma vie avec
la musique à nouveau est quelque chose de fantastique.
J'aurais
aimé te poser plus de questions sur ce nouvel album,
mais le temps va nous manquer...
Ca se passe toujours comme ça !
J'ai
l'impression que la production convient à merveille
à ta voix et à tes chansons. Comment les choses
se sont-elles passées avec Max Richter ?
C'était fantastique. Je crois que c'est la façon
dont j'aurais aimé que cela se passe pour les chansons
de "Just Another Diamond Day". Il m'a donné
beaucoup plus la parole. Nous avons vraiment travaillé
ensemble, à toutes les étapes de la création
du disque, comme le mixage ou le mastering. Max a une formation
classique très poussée, alors que moi je n'ai
aucune formation musicale. Il a réussi à comprendre
ce que je voulais alors que je ne savais pas l'exprimer.
Max est une personne très spéciale, et un
excellent producteur, très encourageant, qui sait
trouver les mots. Auparavant, personne ne me disait rien.
On me laissait sans que je sache si mes chansons étaient
bonnes ou pas. Avec Max, tout était génial.
Propos
recueillis par Guillaume.
Merci à Arnault.
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