Vétérans et revenants

31/12/2014, par , , , ChloroPhil et | Autre chose |
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Groupes perdus de vue et retrouvés, anciens inaltérables ou stars connaissant un regain de forme : on vous présente nos meilleurs vieux.

 

Scott Walker et Sunn O)))

Une collaboration entre Scott Walker, crooner ultime et de plus en plus expérimental, et Sunn O))), maîtres incontestés des forges du drone, avait de quoi éveiller la curiosité. On imaginait Scott en toge noire, la voix cassée, essayant de surnager au-dessus d’un magma en fusion. Au contraire, ce sont les Sunn O))) qui sont tenus en respect par la maestria de la Diva : plus qu’un disque de collaboration, on a finalement entre les mains un disque de Scott Walker avec en backing band de luxe, ou plutôt en producteurs artisans arty de drones, Sunn O))). Finalement, alors qu’on attendait "Bish Bosch" comme le messie, on trouve Scott ragaillardi avec ce "Soused" divin sorti tout juste un an après. On pourrait presque parler de disque spontané (même si l’envie de collaborer remonte à loin et qu’on aurait pu entendre Scott sur "Monoliths and Dimensions". Ce qui aurait été totalement dingue, non ?), plein dans son minimalisme forcené et sain antidote aux ballonnements de "Bish Bosch". Merci Sunn O))) pour la cure, quant à Scott, continuez s’il vous plaît : le noir vous va si bien au teint. (G.D.)


J Mascis

J Mascis
C’est sous son nom et non avec Dinosaur Jr. que J Mascis est revenu cette année. La différence réside surtout dans le volume sonore : “Tied to a Star” privilégie l’option acoustique, mettant en valeur une aisance mélodique qui ne faiblit pas avec les années. Si ses plus grands moments semblent derrière lui (en gros, la période dinosauresque allant de “You’re Living All Over Me” en 87 à “Where You Been” en 93), le chevelu du Massachusetts est toujours capable de trousser des chansons à la mélancolie touchante comme “Me Again” ou “And Then” – les titres restent on ne peut plus laconiques. Sur scène, J Mascis – assis, casquette, lunettes, longs cheveux filasses grisonnants – parle peu et joue beaucoup de morceaux de son groupe, toutes périodes confondues. Le naturel revient vite au galop : la guitare électro-acoustique rugit, part dans de longs solos bruitistes. Pas encore prêt pour l’hospice, donc. (V.A.)


The Pearlfishers

S'il n'est pas le compositeur pop le plus célèbre d'Ecosse (qui, indépendante ou pas, est toujours un véritable paradis musical), David Scott n'en est pas moins l'un des plus doués. Seul membre permanent des Pearlfishers depuis le début des années 90, le bonhomme reste un secret bien gardé, de ceux dont le nom ne circule qu'entre une petite poignée d'initiés. Sept ans après "Up With the Larks", il était de retour avec un disque copieusement garni, “Open Up Your Colouring Book”. Au programme, pas moins de 16 titres et 67 minutes pour un album aux allures d'odyssée pop sophistiquée et divinement arrangée, perpétuant la magie des œuvres de Brian Wilson ou Burt Bacharach. Le genre d’œuvre intemporelle qu’il n’est jamais trop tard pour découvrir. (J.S.)


The Popguns

Formés en 1986 à Brighton et auteurs d'une poignée de disques aussi admirables que méconnus, The Popguns font partie de ces groupes pop de second plan, valeureux combattants injustement oubliés par l'histoire. Pourtant, comme en atteste le vif engouement suscité par les annonces successives du tout premier concert parisien de la bande en début d'année, puis de la sortie d'un nouveau single ("Lovejunky") en septembre dernier, les Anglais savent toujours faire battre le cœur de leurs admirateurs. Urgent, mélodiquement imparable, le nouvel album "Pop Fiction" aligne sans s'essouffler dix nouveaux titres et autant de petits tubes en puissance, Wendy et ses compagnons prouvant qu'ils n'ont absolument rien à envier à tous leurs descendants de la scène indie-pop. L'incroyable tenue de l'affaire porte même à croire que ce come-back gagnant ne fait qu'annoncer le début d'une nouvelle aventure savoureuse. (J.S.)

 

The New Pornographers

Avec le temps, nous avions plus ou moins acquis la certitude que le fantastique "Twin Cinema" (2005) resterait l'insurpassable sommet des New Pornographers, ce "supergoupe" power-pop en activité depuis 17 ans déjà, mené par Carl “AC” Newman, et comptant dans ses rangs, entre autres, Dan Bejar (Destroyer) et Neko Case. Quelle divine surprise, alors, que “Brill Bruisers”, ce sixième album en forme de gigantesque célébration pop, qui démontrait que Newman et ses camarades gardaient en réserve quelques précieuses cartouches. Leur très réjouissant concert parisien, en décembre dernier à la Maroquinerie, a fini de nous convaincre : nous devrions encore faire un bout de chemin avec les Canadiens. (J.S., avec V.A.)

 

Aksak Maboul

Aussi étonnant que cela puisse paraître, l’un des disques les plus rafraîchissants de l’année a été enregistré… il y a plus de 30 ans. C’est une histoire belge qui réunit Aksak Maboul, duo iconoclaste formé par Vincent Kenis et Marc Hollander, auteur de deux albums remarqués en 1977 et 1980 ; Véronique Vincent, compagne de ce dernier ; et les Honeymoon Killers (ou Tueurs de la lune de miel), groupe inclassable du plat pays, dont Véronique est la chanteuse. Entre 1980 et 1983, tous ces musiciens ont travaillé sur un album de “pop avant-gardiste”, sans doute un peu trop en avance sur son temps, justement. Il n’est finalement pas sorti, chacun partant vaquer à ses occupations (Hollander fondant notamment l’indispensable label Crammed Discs, toujours en activité, qui aura un rôle essentiel dans la découverte des “musiques du monde”). Trois décennies plus tard, ces chansons qui annonçaient le futur semblent pile dans l’époque, et il aura suffi d’un petit toilettage, ou décapage (histoire de retrouver l’esprit des premières prises, à la production minimale) pour les rendre parfaitement présentables. Un expressionnisme de cabaret y rencontre une électro-pop ludique, Véronique Vincent cale ses textes hautement fantaisistes (mais jamais complètement délirants non plus) sur des mélodies sinusoïdales, et le collectif s’autoremixe, livrant certains morceaux dans plusieurs versions. Tant d’inventivité laisse pantois, et on se dit que ça valait vraiment la peine d’attendre. (V.A.)

 

Phil Parfitt

Après un parcours discret dans l’indie rock britannique sous influence Velvet Underground et Only Ones, du début des années 80 au milieu des années 90, au sein de The Varicose Veins, The Architects Of Disaster, Orange Disaster (un single génial, “Something’s Got to Give”, produit par Jiri Smetana et distribué par Vogue en France en 1981), The Perfect Disaster (qui assura la première partie des Jesus and Mary Chain et des Pixies et dont la dernière bassiste, Josephine Wiggs, rejoignit les Breeders), Psychotropic Vibration et Oedipussy, Phil Parfitt était semble-t-il passé à autre chose. C’est encore plus discrètement qu’il est revenu cette année avec un album introspectif sorti sous son nom, rempli de ballades sereines et d’une grande profondeur. Le bien nommé “I’m Not the Man I Used to Be”, au son acoustique délicat et aéré, montre un homme en paix avec lui-même et recentré sur l’essentiel : ses proches, la nature, le passage des saisons… Une merveille. (V.A.)

 

Kraftwerk

Ce fut l’un des événements musico-arty-chics de l’automne : les Allemands de Kraftwerk, l’un des groupes les plus importants et influents de toute l’histoire de la musique enregistrée, donnaient huit concerts à Paris, dans l’auditorium de la fraîchement ouverte Fondation Louis Vuitton. Soit un album par soir, d’“Autobahn” à “Tour de France”, suivi d’un best-of chronologique, dans une salle de dimensions modestes pour un groupe de ce calibre, avec un son spatialisé et comme toujours impeccable. Hypnotisé par les projections en 3D – parfois délicieusement kitsch –, on n’aura pas vraiment vu les deux heures passer. Si la célébration du progrès et de la technique qui court dans toute leur œuvre semble aujourd’hui appartenir à une époque révolue (le fameux “Radioactivity” s’ouvre d’ailleurs désormais sur le rappel des plus graves accidents nucléaires), les morceaux eux-mêmes n’ont pas pris une ride. Et l’ensemble affiche une cohérence qui incite à réévaluer quelques œuvres réputées mineures, comme “Tour de France”. Ralf Hütter et ses hommes-machines n’ont plus rien à prouver, mais ils incarneront le futur pour l’éternité. (V.A.)

 

Marianne Faithfull

On était habitué à ce que Marianne Faithfull, qui est avant tout une interprète, aligne des castings cinq étoiles sur ses albums, aussi bien pour les auteurs des chansons que pour les musiciens. Cela faisait en revanche longtemps qu’elle n’avait rien sorti d’aussi fort et engageant que “Give My Love to London”, sa livraison 2014, que certains ont même comparée au fameux “Broken English”. Sans aller jusque-là, il faut reconnaître que ce disque ramassé (une petite quarantaine de minutes), mêlant quelques standards à des nouveaux titres signés Steve Earle, Roger Waters ou Anna Calvi, est assez ébouriffant, et parfois poignant (le sommet “Late Victorian Holocaust”, signé Nick Cave). Le choix d’une production plutôt brute donne un bon coup de jeune à une chanteuse qui a beaucoup vécu, mais qui reste trop libre d’esprit pour devenir une institution. (V.A.)

 

Swans

Depuis une trentaine d'années, l'écoute intégrale d'un album de Swans requiert une abnégation certaine, un sens de l'investissement personnel suraiguisé ainsi qu'une infinie patience, surtout depuis que la durée des enregistrements de la géniale équipe de Michael Gira s'est considérablement étirée. “To Be Kind” dure ainsi plus de deux heures (pour dix morceaux seulement), parsemées ici d'un mantra du plus bel effet ("Some Things We Do", cinq minutes d'apaisement sous forme de fausse piste, plus proche du Styx que de l’Eden) et là d'une hypnotique sorte de post-punk très "free", sans équivalent, dansante et presque groovy à partir de la seconde moitié ("She Loves Us", machine infernale de dix-sept minutes impossible à zapper). Cas rare d'une formation encore extrêmement créative trois décennies après ses débuts, et qui a réussi à élargir son public – l'album est 8e de notre top lecteurs – sans faire aucune compromis. Sur scène, où les Américains jouent toujours à un volume sonore très élevé (quoique sans doute plus supportable que dans les années 80), l’effet hypnotique est encore plus fort. Plus qu’un groupe, Swans reste une extraordinaire expérience. (D.D., avec V.A.)

 

Jean Bart

On en parlait avec les yeux brillants de larmes lors d’une dernière semi-réunion POPnews déterritorialisée (en Suède, quoi) : ah ce Jean Bart, qu’est-ce que c’était bien. Faudrait qu’on fasse un grand article pour revenir sur les disques essentiels de ce corsaire de la pop, ce moine soldat comme l’écrivait “Les Inrocks”. Et puis, on tarde un peu, on discute de ses apparitions (de moins en moins) éphémères sur le réseau social, du Jean Bart, toujours en guerre, luttant contre ses propres démons, et dévoilant une image à mille lieues de celle de ses chansons douces et amères. Un Jean Bart sur le fil d'un rasoir, mais un Jean Bart qui en a toujours dans le ventre : des mémoires rédigés, à publier, et surtout un étonnant et mystérieux projet filmique autour de Marguerite Duras. En attendant la suite (et pas la fin), forcément alléchante, et en espérant de nouvelles chansons, on peut contribuer à remettre le soldat Jean Bart à pied d’œuvre en lisant son livre “Il faudra bien un jour ou une nuit affronter l’image noire” édité par Derrière la salle de bains. (G.D. et C.P.)

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