Violens - Interview

08/12/2010, par Mikaël Dion | Interviews |
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VIOLENS

Avec le brillant "Amoral", Violens a réalisé une chose pas si courante : un album qui conjugue la fraîcheur des premières fois et le sentiment d'accomplissement propre aux ouvrages de longue haleine, ayant subi maints tâtonnements : à la fois naïf comme un adolescent au seuil des découvertes, et mûr comme un vieux singe qui aurait absorbé des décennies de pop pour les restituer sous forme de thèse / antithèse / synthèse. Pour autant, l'album des New-Yorkais n'a rien d'une démonstration desséchante ou d'un vain collage : s'ils ont le recul de l'esthète et la maniaquerie du collectionneur de papillons, c'est avec la fougue de débutants qu'ils osent les greffes les plus incongrues, pour livrer au final un disque resserré, pas du tout divagant, sûr de son fait. À la veille de leur concert parisien, rencontre avec Jorge Elbrecht, tête pensante du groupe, et Myles Metheny, guitariste aussi flegmatique que malicieux.

Jorge, comment prononce-t-on ton prénom ? En français nous disons "Georges".
Oui , "Georges" c'est bien. J'aime la façon dont tu le prononces en fait !

Pour commencer, pouvez-vous vous présenter ? Le groupe est assez jeune : comment s'est faite la rencontre et dans quelles circonstances ?
Au début j'avais juste une poignée de chansons et j'ai envisagé le groupe comme un véhicule pour les jouer sur scène, donc on a commencé à jouer ces quelques chansons, ça devait être en 2007, après quoi les choses ont évolué un peu : il y avait deux autres membres (qui ne sont plus avec nous maintenant) et on a rencontré Myles environ un an et demi/deux ans plus tard : désormais le groupe c'est essentiellement Myles, Iddo et moi, et là on commence à écrire les chansons ensemble pour le deuxième album.

Peux-tu nous parler de Lansing-Dreiden, ton précédent projet (encore d'actualité) ? Y avait-il une frustration pour toi qui t'a poussé à mettre des chansons de côté pour Violens ?
Non, pas exactement : tu sais l'industrie du disque fonctionne d'une certaine manière, avec un rythme très soutenu, très exigeant en termes de rendement : tu sors ton disque, après il y a des remixes, des vidéos et tout ce genre de trucs... Lansing-Dreiden ne fonctionnait pas comme ça, donc à un moment donné on a décidé de ralentir, de sortir un album quand ça nous chantait et de ne pas rentrer dans la routine de l'industrie. Cela faisait sens, mais d'un autre côté j'avais un certain nombre de nouvelles chansons déjà écrites, 15 ou 20, et je n'allais pas attendre que Lansing-Dreiden soit prêt pour un nouvel album, donc je me suis dit que j'allais faire quelque chose par moi-même, me débrouiller pour que ces chansons sortent, sans doute dans un cadre qui ne soit pas autant lié à l'art comme pour Lansing-Dreiden (on publiait nos propres journaux, ce genre de choses), bref faire quelque chose qui soit extérieur à tout ça. C'était ça l'idée de base, il n'y avait pas de frustration, et pour le moment Lansing-Dreiden est un peu en stand-by parce que nous n'avons pas de galerie et que nous préférons nous produire dans ce genre de configuration, donc on verra bien comment les choses se présentent.

Avec Violens cette année vous avez sorti beaucoup de chansons, notamment via les mixtapes, et maintenant l'album... Le choix des chansons pour le disque a été facile à faire ?
On avait tout un lot de chansons, peut-être 20 ou 25, qui potentiellement pouvaient chacune être sur l'album et le choix des titres s'est fait un peu au dernier moment... En fait je voulais faire un album très court, 8 ou 10 chansons, c'est un peu la logique des choses désormais : les albums de longue durée n'ont plus tellement de sens, a fortiori dans notre cas puisque nous avions beaucoup de chansons et qu'il me semblait plus judicieux de ne sortir que certaines d'entre elles, quitte à sortir notre prochain album plus rapidement, dans quelques mois. Mais de fait, on a essayé de "raccourcir" les choses, et on a éliminé quelques titres à la dernière minute.

Vous avez pris un titre de l'EP, qui est en fait le single...
"Violent Sensation" oui...

Vous auriez pu en prendre une autre, comme "Doomed", qui est vraiment bonne...
Oui, j'aime cette chanson mais le groupe partait dans une direction où les guitares étaient plus puissantes, avec davantage de distorsion etc., et "Doomed" n'avait pas trop sa place dans cet ensemble.

Vous écrivez les chansons en groupe ou c'est toi qui composes, Jorge, pour travailler ensuite les morceaux avec le groupe ?
Quand on a commencé le groupe, les chansons étaient déjà écrites mais désormais, avec Myles qui est également songwriter, nous avons commencé à écrire ensemble et le résultat sonne vraiment bien, je suis excité pour la suite... En fait c'est difficile de faire les choses par toi-même je trouve, si tu n'as pas quelqu'un en face de toi avec qui tu peux te connecter et trouver l'inspiration. Je crois que la plupart de mes groupes favoris sont des groupes avec deux ou trois songwriters qui travaillent ensemble... Même le fait de travailler sur nos différences rend un résultat plus riche musicalement je crois.

Il y a beaucoup d'influences différentes dans votre musique, parfois même contradictoires : black metal, new wave, pop sixties etc. Est-ce un choix délibéré de mélanger des influences si opposées ? Ou est-ce naturel ?
Myles : je crois que toutes ces musiques ont en point commun la mélodie.
Jorge : ce qui compte c'est le sentiment que te procure une chanson, quel que soit le genre. D'ailleurs il me semble qu'il y a plein de connexions entre les différentes musiques que tu cites, que ce soit au niveau mélodique, au niveau des textures, de la rythmique... Je ne sais pas... Ce n'est pas vraiment une chose très consciente.
Myles : nous aimons vraiment ces genres musicaux.

Tout le monde a désormais sa page MySpace, avec la liste de ses groupes préférés etc. On a l'impression qu'on ne peut plus rien inventer de vraiment neuf... Est-ce que vous ne croyez pas que faire de la musique aujourd'hui c'est d'abord être fan ?
Myles : je crois que ça a toujours été le cas...
Jorge : il me semble que les choses les plus fortes et innovantes dans l'histoire de la musique proviennent toujours de l'invention de nouveaux instruments. Quand la guitare électrique a été inventée, ça a donné le rock'n'roll ; avec l'invention du sampler, on a eu le hip-hop... Toutes les musiques qui apportaient quelque chose de radicalement différent étaient liées à une trouvaille technique. Après, un genre peut évoluer au fur et à mesure. Mais on ne peut plus vraiment faire évoluer la façon dont sonne une guitare, par exemple. On ne doit pas autant s'attacher à cela. En ce qui me concerne c'est assez simple : une idée mélodique me passe par la tête, et je dois suivre cette idée. Cette idée n'est pas liée à une guitare, à un synthétiseur ou à une batterie ; en tant que songwriter, ton seul devoir est de t'en sortir pour arriver à faire une chanson, tu ne penses pas forcément en termes de "est-ce que c'est nouveau" ou "quel style de musique je fais", tu suis juste ton idée...

Mais dans votre musique il y a quand même des éléments qu'on reconnaît : tel son de guitare évoque les Byrds, etc. D'une manière générale votre musique a l'air d'être "pensée". Est-ce qu'il y a un moment au cours du processus créatif où vous ne réfléchissez pas du tout ?
Mmmm... Je crois que le moment le plus fort à ce niveau est lorsque l'un d'entre nous a une idée, que nous jouons avec, par exemple on a un riff et on jamme dessus, et là quelque chose de fou qu'on n'attendait pas se produit, on s'arrête et on se dit "stop, travaillons là-dessus". Sinon la chose la plus fun pour moi est le travail de studio : réfléchir sur la façon de restituer la chanson, quel son de guitare utiliser, dans quelle tonalité on va prendre la mélodie, ce genre de décision. C'est pour ça que je vis d'une certaine manière.

C'est la raison pour laquelle vous avez enregistré le disque vous-même ? Tu ne voulais pas avoir de regard extérieur qui te dise comment faire ?
En fait c'est surtout que j'étais obsédé par l'idée du disque. J'aurais bien aimé que quelqu'un apporte sa vision de l'extérieur mais l'une des raisons pour lesquelles j'ai fait les choses moi-même est qu'il aurait été difficile de réunir tout le monde au même moment : on a des jobs etc. Et je voulais avoir cette possibilité de travailler par exemple 4 heures d'affilée, parfois jusqu'à 22 h voire 2 heures du matin. Dans ce cas, difficile de dire à un producteur "hé dépêche-toi j'ai une super idée", genre à 2 heures du mat' ! Pour être honnête, par moments j'étais perdu, je n'étais plus sûr de mes propres idées et j'aurais aimé que quelqu'un soit là pour me dire "ça j'aime bien" ou "ça j'aime pas" ou même "c'est n'importe quoi, laisse tomber", il y a plein de moments où j'aurais eu besoin de ça.
Myles : Jorge nous envoyait des démos de morceaux à 5 heures du matin. Je me réveillais pour aller au boulot et je voyais ces mails envoyés à 4 heures du matin... Je me disais "hey Jorge, va te coucher !" (rires)
Jorge : Oui, autrefois les groupes qui faisaient un disque louaient un studio pour un mois. À l'époque où les labels avaient les moyens de favoriser le développement des artistes, on te laissait mûrir tes idées, tu pouvais avoir 30 chansons et on n'en gardait que 10. Nous n'avions pas vraiment ce luxe, donc...

 

 

 

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