Fabio Viscogliosi, membre des Married Monk, a réussi à ensoleiller mon mois de mars grisâtre grâce à un premier album solo, " Spazio ", qui vous injecte une pop décomplexée et exotique, mais non dénuée d'une petite pointe de tristesse. A l'heure où l'Italie est consacrée au salon du livre, Fabio nous réconcilie avec la chanson italienne. Portrait d'un musicien-dessinateur.
Comment es-tu entré en contact avec Microbe,
ton label pour ce premier album solo ?
Stéphane (co-fondateur de Microbe) avait des cassettes
avec des vieux morceaux de moi qu'il aimait bien depuis
plusieurs années. Il les écoutait sans qu'on
se connaisse. On s'est rencontré par hasard et
sous l'impulsion de la création de Microbe, il
m'a proposé de bosser sur un album solo et ça
correspondait bien à ce que j'avais envie de développer
à ce moment-là. Ca a pris deux ans le temps
d'enregistrer, mixer parce que j'étais en même
temps pris avec les Married Monk. J'ai eu un petit garçon
aussi, ça m'a pris beaucoup de mon temps! Donc
c'était une période assez speed.
Et
comment as-tu rencontré Christian Quermalet et
la bande des Married Monk ?
Ils étaient en rupture de label avec Barclay et
ils devaient signer sur Lithium pour un album qui était
à venir. Stéphane qui a formé Bosco
venait de partir du groupe. Ils n'avaient pas envie de
rester à trois au sein des Married Monk, ils cherchaient
du monde. De fil en aiguille, on a fait des essais. Je
ne connaissais pas très bien les Married Monk.
Au début je devais avoir un rôle assez précis,
jouer de la basse et un peu de piano. Puis les choses
ont évolué. L'album s'est fait sur Ici D'Ailleurs,
j'ai amené mes compos, je leur ai proposé
de faire des morceaux en italien sur l'album.
J'ai
trouvé que ton album était assez proche
de " Rocky ", le dernier disque des Married
Monk même si le tien est plus acoustique, moins
tendu. Il y a une influence mutuelle ?
Quand on s'est rencontrés, je leur ai fait écouter
ce que je faisais avant, mon duo instrumental. Ca a été
un peu moteur dans notre rencontre, ils avaient beaucoup
aimé mes instrumentaux. On s'est rendu compte qu'on
était assez cousin musicalement, comme une communauté
de goût et de manière de faire. Tu as remarqué
que c'était plus acoustique, mais la méthode
d'enregistrement de " Rocky ", les instruments
utilisés, les logiciels pour les boucles sont assez
similaires à ceux de " Spazio ". Il y
avait vachement de choses acoustiques sur " Rocky
". C'est somme toute la même famille d'instruments
sur " Rocky " et " Spazio ".
Donc
tu n'as pas écrit Spazio sous l'influence des Married
Monk ?
Non, l'univers des morceaux pré-existait déjà.
Même la collaboration entre Tiersen et The Married
Monk, il n'y a pas eu du tout d'influence de Tiersen sur
les Married Monk. C'est plutôt des gens qui se croisent
et qui s'apportent des choses. Même si tu n'es pas
pareil après et avant, j'espère, on ne peut
pas vraiment parler d'influence. Puis moi ça ne
m'intéressait pas de faire Married Monk bis. Il
y a Jean Michel et Christian des Married Monk qui jouent
avec moi sur l'album. Philippe, le bassiste, aurait bien
aimé qu'on joue ensemble les morceaux de "
Spazio ", mais je lui ai dit que je préférais
qu'on distingue bien les deux projets.
Ce
que j'ai bien aimé dans ton album c'est le côté
pop très immédiate, presque insouciante
mélangée à un aspect plus expérimental,
plus bricolé. C'est ce qui t'attire dans la musique
?
En fait, j'ai toujours aimé les gens qui étaient
juste à la limite, entre ce qui est triste et dansant,
entre ce qui est pop song assez calibrée et en
même temps avec des éléments qui la
font vriller, comme chez Robert Wyatt par exemple qui
entretient une familiarité avec le format pop presque
variété, mais lui il va faire se décaler
ça. Suicide aussi où les grilles d 'accords
sont rockabilly ou slows les plus standards. Oui, ce mélange,
cette limite des deux doit se retrouver sur " Spazio
".