Warhaus, le beau bazar d’un Balthazar

05/10/2016, par | Autre chose |
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Le succès des Belges de Balthazar dans plusieurs pays d’Europe – dont la France – est de ceux qui font plaisir. Parce qu’il récompense un groupe discret et bosseur, qui tourne sans relâche depuis des années, mais qui sait aussi s’arrêter suffisamment longtemps quand sonne l’heure d’enregistrer un nouvel album (ils en ont sorti trois pour l’instant, tous recommandables). Reste qu’il n’est pas toujours évident d’exister individuellement au sein d’un quintette qu’on imagine soudé et plutôt démocratique, et ce même quand on écrit une bonne partie des chansons. Pour éviter la frustration, une escapade en solitaire est vivement conseillée. C’est ce qu’a fait Maarten Devoldere, l’un des deux chanteurs et guitaristes du groupe, sous le nom de Warhaus. Il en résulte un album très réussi et plus intimiste que ceux de Balthazar, “We Fucked a Flame into Being” (à l’origine, une phrase de “L’Amant de Lady Chatterley” de D.H. Lawrence), qui sort ces jours-ci chez Pias, à l’instar de ceux de son groupe.

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Comme souvent lorsqu’un musicien habitué au jeu collectif s’échappe en solo, il s’agit d’un projet mûrement réfléchi. « J’ai commencé à y penser il y a cinq ans, j’ai donc travaillé longtemps dessus », nous racontait – en anglais – le grand blond aux chaussures noires en juillet dernier, quelques heures avant de monter sur la scène de l’Hôtel de Ville de Paris avec son groupe. « Ça s’est accéléré l’été dernier quand un ami m’a prêté un vieux bateau à vapeur amarré sur un canal à Gand. J’y suis resté six mois, avec tous mes instruments et mon matériel d’enregistrement, et j’y ai jeté les bases des morceaux. » Une pause bénéfique, donc. « Me retrouver en dehors du groupe, dans un environnement différent, m’a apporté beaucoup d’énergie créatrice, poursuit-il. J’ai écrit des chansons que je n’aurais pas enregistrées avec Balthazar. J’avais vraiment besoin de me poser, d’avoir du temps pour moi après la folie des tournées. Ce bateau était parfait pour me retrouver seul. »

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Si les crédits annoncent en effet que toutes les chansons sont « écrites, chantées, jouées et produites par Maarten Devoldere », une vingtaine de musiciens additionnels apparaissent sur le disque, dont la plupart des membres de Balthazar. La troublante chanteuse du groupe belge Soldier’s Heart, Sylvie Kreusch, partage une banquette arrière avec son compatriote sur la pochette et assure des chœurs charnels sur la plupart des titres : un choix logique pour un disque sont l’un des grands thèmes est l’amour, sa fièvre, ses illusions et les confusions qu’il fait naître. Maarten, qui avait donné quelques concerts (impressionnants, à ce qu’on a lu) tout seul, annonce avec un sourire en coin un « all stars band » pour la tournée automnale de Warhaus (qui passe par Paris le 26 octobre), avec Kreusch, Jasper Maekelberg du groupe Faces on TV, et le batteur de Balthazar, Michiel Balcaen.

Sans vraiment prendre le contre-pied de sa façon d’écrire pour Balthazar, Devoldere dit avoir adopté une approche un peu différente pour les chansons de “We Fucked a Flame into Being”. « J’ai plutôt commencé avec un groove, une sorte de rythme, et j’ai improvisé dessus aux claviers. Puis j’ai fait comme un montage. Pour les petits gimmicks de piano sur certains morceaux, j’ai préféré les faire jouer par un pianiste de jazz, qui a apporté le swing que je recherchais. » Et les paroles ? « Ça dépend. Certaines sont venues au moment où je composais les chansons. Pour d’autres, elles étaient déjà là avant. J’ai écrit beaucoup de textes sur le bateau, ils expriment essentiellement ce que j’ai vécu ces dernières années. Sortir un album, c’est dire qui on est à un moment précis. J’ai 29 ans, les premières chansons de Balthazar ont été écrites il y a plusieurs années. J’éprouve désormais une certaine nostalgie quand je les chante. Elles ne représentent plus vraiment qui je suis aujourd’hui. On grandit, on mûrit… » Quand on lui demande s’il incarne des personnages dans ses textes, il est presque surpris : « Non, pas vraiment, en tout cas pas plus que sur ceux de Balthazar. Il y a sans doute une dimension romanesque, mais c’est moi avant tout. C’est très personnel, voire égocentrique. C’est pour cela qu’il y a mon portrait sur la pochette, même si l’album ne sort pas sous mon nom. »

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Le son de certains morceaux de l’album (“I’m Not Him”, “Leave with Me”…) surprend : synthétique, froid mais sensuel en même temps, il rappelle fortement des productions de la deuxième moitié des années 80 comme “I’m Your Man” de Leonard Cohen ou les derniers Gainsbourg. D’autant que le chant délicieusement traînant, entre râle et feulement, n’est pas sans évoquer ces grands anciens, également amateurs de chœurs féminins. Mais Maarten se défend d’avoir voulu copier le style de cette époque. « Ça vient juste des synthés dont je jouais, et dont j’appréciais le son. En fait, de Gainsbourg, j’aime surtout ses disques des années 60 et 70, comme “Gainsbourg Percussions” [possible influence sur le quasi-instrumental “Wanda”, qui rappelle aussi “Requiem pour un con”, ndlr]. De Leonard Cohen, j’aime tout ! Mais “I’m Your Man” n’était pas particulièrement une référence pour mon propre disque. J’ai aussi pensé à Lou Reed, ou au “Wall of sound” de Phil Spector. »

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Quand on lui fait remarquer que “We Fucked a Flame…” semble être divisé en deux faces, la première plus tendue et retenue, la seconde plus relâchée et chaleureuse (et un peu plus proche du style de Baltahzar), le chanteur assure ne pas l’avoir conçu ainsi, mais acquiesce. “Memory”, la septième des dix chansons, et peut-être la plus immédiatement accrocheuse du disque, constitue d’ailleurs un acmé d’abandon hédoniste, celui qu’atteignaient les Stones à l’époque de “Gimme Shelter” ou “Sympathy for the Devil” (auquel les « waow waow » qui ponctuent les couplets font inévitablement penser). « Je crois que les chansons les plus chargées d’émotion sont plutôt à la fin, c’est vrai. Les premières posent plutôt un décor sonore, elles sont là pour exprimer d’emblée une nouvelle identité, avant que j’ouvre vraiment mon cœur… », explique-t-il en souriant. A propos de sa voix, il dit avoir chanté un peu plus bas qu’avec Balthazar, et de façon plus calme, posée. « Je n’étais plus dans un groupe d’indie-pop où il faut se faire entendre par-dessus les instruments, je pouvais être plus relax… ». Pas très loin d’un de ses compagnons de label, le coolissime Baxter Dury.

De quelque côté qu’on le prenne, “We Fucked a Flame into Being” est un disque sexy et séduisant, voire addictif. Comme son titre l’indique, tout y est affaire de désir, de flamme. Et celle de Warhaus ne semble pas près de s’éteindre.

En concert le 24 octobre à Bordeaux (Krakatoa), le 25 à Lyon (Marché Gare), le 26 à Paris (Pias Nites à la Maroquinerie), le 27 à Lille (l'Aéronef).

Photos : Frederik Buyckx, Titus Simoens.

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