Whitney - Interview

27/05/2016, par | Interviews |
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Personne ne l’avait vu venir, mais pourtant “No Woman”, single de Whitney dévoilé en début d’année, a affolé les médias. Pour une fois à juste titre. Les deux ex Smith Westerns ont effectué un virage à 180° et nous reviennent avec "Light Upon The Lake", disque sublime, au croisement de la Country, de la Soul et de la Pop. Rencontrés dans une suite d’hôtel, ils reviennent sur la genèse du groupe, mais aussi sur l’enregistrement de l’album avec Jonathan Rado de Foxygen.

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Vous avez commencé à jouer ensemble lorsque vous partagiez un appartement. A quel moment avez-vous décidé que votre collaboration pourrait donner lieu à un album ?

Julien Ehrlic : Quand nous avons achevé “Golden Days”. C’est la première chanson dans laquelle nous avions investi autant d’énergie.

Max Kakcek : Tout a commencé par la composition de deux titres que nous avons travaillés pendant deux semaines. Nous nous étions fixés un cadre, une sorte d’exercice pratique. Ces chansons nous ont demandées beaucoup d’ajustements, mais il fallait apprendre à travailler ensemble et surtout se donner confiance. Le troisième titre composé, “Golden Days”, nous a mis la puce à l’oreille et nous avons commencé à aborder notre collaboration plus sérieusement à partir de ce moment.

L’écriture du disque vous a t-elle pris beaucoup de temps ?

J.E. : Il a été écrit sur une année, au rythme des saisons. Tu retrouves dans l’album la tristesse de l’hiver, l'excitation du printemps etc. Nous avons composé une bonne partie de l’album à Chicago, une autre dans le Wisconsin, en pleine nature, dans la cabine des grands parents de Max. Par contre toutes nos démos ont été enregistrées à Portland. Nous rêvions de quitter Chicago car cette ville est déprimante à certaines saisons. Cette envie de voyager se ressent dans une chanson comme “No Woman”. Et maintenant, comme tout le monde aime ce titre, nous passons notre temps à voyager grâce à lui ! (rire).

Trouver le son du disque a t-il été difficile ? Aviez-vous des références ou des idées précises en tête ?

M.K. : Nous avons des goûts musicaux similaires, pourtant nous n’en avons pas vraiment parlé entre nous en termes de références. Le son du groupe est venu naturellement, sans aucune réflexion. Avant de commencer à composer ensemble, nous nous sommes tous les deux investis séparément dans des projets qui n’allaient nulle part. Personne n’en a jamais entendu la moindre note. Nous n’avons pas vécu cette expérience comme un échec car nos groupes respectifs nous ont permis de purger toutes les idées que nous avions en tête. Les bonnes comme les mauvaises. Nous en sommes sortis confortés sur l’idée que nous voulions tenter des pistes nouvelles, mais à notre manière, sans faire de concessions. Lorsque nous avons commencé à jouer ensemble, quelque chose de spécial s’est passé, sans vraiment faire d’efforts. Nous sonnions comme un mélange de nos deux groupes en version Lo-Fi car tout était enregistré sur un magnétophone. Nous avons évolué à partir de ces bases.

J.E. : Au tout début nous avons évoqué un cross over entre Leadbelly et The Band pour tenter de trouver notre son.

Vous avez déjà commencé à beaucoup tourner alors que l’album ne sortira qu’en juin. Quelle est la réaction du public ? Quels sont les titres qui font l’unanimité ?

J.E. : Les retours sont tellement bons que c’en est presque choquant. La majorité des titres que nous jouons n’est même pas sortie. La réaction est bonne en Europe, mais nous avons joué des sets à New York et à Austin pour le festival SBSW où les gens connaissaient les paroles par cœur. La seule explication possible étant qu’ils ont réussi à récupérer notre lien privé Soundcloud contenant toutes nos démos. Je préfère ne pas savoir comment ces titres ont fuité, mais à l’arrivée l’enthousiasme du public nous fait un bien fou.

Malcom Brown : “Polly” rencontre toujours une bonne réaction.”Follow” également. Bizarrement les deux dernières chansons de l’album.

Les chansons ont-elles évolués au fur et à mesure des concerts avant que vous les enregistriez ?

J.E. : Oui car Max et moi étions complètement isolés, à essayer de trouver des arrangements dans notre coin. Jouer en live était le meilleur moyen de donner une chance au titre de se développer. Chacun a pu apporter des détails. Deux titres ont même été quasi composés avec le groupe lors de concerts.

M.K. : Nous avons tourné pendant trois mois avant de commencer à enregistrer.

J.E. : Notre son est différent en live, nous jouons plus énergiquement. Il y a un côté plus émotionnel également car nous sommes vraiment soudés sur scène.

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Julien et Max, vous êtes le noyau dur d’un groupe qui comporte maintenant sept membres. Avez-vous enregistré l’album tous ensemble ?

M.K. : Oui nous étions tous les sept en studio.

Les cinq autres membres ont-ils apporté des idées pour certains titres ?

J.E. : Max et moi avions bien entendu composé tous les titres, mais chacun a pu apporter sa touche personnelle. Les cinq autres membres du groupe sont d’excellents musiciens, il aurait été dommage de se priver de leur savoir.

M.K. : Oui, et en plus l’enregistrement a certainement été beaucoup plus fun que si nous avions été juste tous les deux. C’était un moment tellement important qu’il aurait été dommage de ne pas le partager avec les autres membres du groupe.

Les influences de Smith Westerns, votre groupe précédent lorgnaient plutôt du côté de l’Angleterre. Whitney sonne très américain. Vous sentiez-vous en décalage avec le style de Smith Westerns ?

M.K. : Oui, nous écoutions une musique à l’opposé de celle jouée par le groupe. Des disques que nous écoutons toujours aujourd’hui d’ailleurs.

Vos titres ont un côté intemporel. L’album aurait pu sortir il y a dix ans ou bien dans dix ans. Est-ce volontaire ?

J.E. : Pas vraiment, c’est juste que certains titres ont une structure très classique qui donne probablement cet aspect que tu trouves intemporel. Mais c’est surtout du au mixage. Nous ne voulions surtout pas tomber dans le cliché de l’album qui sonne trop vintage. Nous voulions garder une certaine fraîcheur.

M.K. : Nous avons choisi de tout enregistrer sur bande, en analogique. C’est aussi une des explications du son de l’album.

Au début de votre collaboration, vous sortiez tous les deux d’une période compliquée, des ruptures sentimentales difficiles, la fin de votre groupe précédent. Pensez-vous que l’album aurait pu être complètement différent s’il avait du être composé dans un autre contexte ?

J.E. : Oui car nous écrivons toujours sur ce qui se passe dans nos vies. C’est pour nous le seul moyen d’être complètement honnêtes avec nos chansons. Je suis convaincu que sans certaines de ces expériences, le disque ne serait absolument pas le même.

Aimeriez-vous occasionnellement sortir du circuit Indé et jouer dans des festivals Country ?

J.E. : (soudainement animé) Nous adorerions. Nous avons une obsession, jouer au festival Stagecoach. C’est un festival qui se tient quelques jours après Coachella, sur le même site, avec la même infrastructure mais qui est consacré à 100 % à de la Country Pop mainstream. Du type Billy Ray Cirus. Nous nous sommes fixés l’objectif d’y être programmés, alors nous en parlons partout autour de nous.

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Le disque dépasse à peine les 30 mns et est composé de dix titres. Vouliez-vous aller directement à l’essentiel pour ne pas disperser l’auditeur ?

M.K. : C’est un album qui est fait pour être écouté plusieurs fois à la suite. Quand les disques sont trop longs, les gens ont tendance à n’écouter que quelques titres.

J.E. : Beaucoup de gens nous on dit l’écouter en boucle. Il est difficile pour moi de prendre du recul car je connais le disque par cœur, mais ça ne me choque pas quand quelqu’un me dit qu’à la fin de la première écoute, sa réaction immédiate est de penser “putain, c’était quoi ce truc ?” et d’appuyer sur play à nouveau (rire). C’est probablement parce qu’il y a énormément de mélodies, et qu’une majorité des chansons est catchy.

L’album étant court, jouez vous des reprises sur scène ?

J.E. : Oui, “So Sad” des Everly Brothers, mais nous jouons aussi beaucoup d’instrumentaux. Dès que nous en aurons le temps, nous allons composer de nouveaux titres que nous inclurons dans la setlist. Nous allons également répéter d’autres reprises, dont une de Bob Dylan.

Pourquoi avoir souhaité enregistrer l’album en analogique. Etais-ce une sorte d’hommage au son des disques de Bobby Charles, Jim Ford etc que vous avez beaucoup écouté ces derniers temps ?

M.K. : Pas seulement. Certes nous aimons le son de ces classiques enregistrés en analogique, mais le but était surtout de faire ressortir le mieux possible notre musicalité. Nous voulions garder une certaine simplicité dans nos chansons pour qu’elles sonnent le mieux possible. Il n’y a pas meilleur moyen pour ça que de les coucher sur bande.

J.E. : Nous étions restreints avec le nombre de pistes. Quand tu travailles en numérique, rien n’est impossible et tu finis par en faire de trop en ajoutant des couches qui ne sont pas nécessaires. Pour ce disque, nous sommes allés à l’essentiel.

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L’album a été enregistré par Jonathan Rado de Foxygen. Comment avez-vous été amenés à travailler avec lui ?

J.E. : Nous l’avions déjà brièvement rencontré, ce n’était pas quelqu’un de proche. C’est  l’ami d’un ami qui travaille chez Fat Possum qui nous a conseillé de travailler avec lui. Ils sont tous les deux de Los Angeles. Il a donc fait écouter nos maquettes à Jonathan qui s’est tout de suite montré intéressé.

Quel souvenir gardez-vous de l’enregistrement ?

J.E. : C’était une expérience un peu folle. A la fois stressante et fun .Quand tu as l’opportunité d’enregistrer des chansons sur lesquelles tu as travaillé pendant un an, tu es forcément un peu sur les nerfs. Il n’y a pourtant eu ni bagarre, ni prise de bec. J’en garde un excellent souvenir.

M.B. : Jonathan est quelqu’un de talentueux mais d’un peu étrange. Il ne boit que du Coca (rire).

J.E. : Il a la même routine tous les jours. Il se lève à 11h précises, il va manger son petit déjeuner chez Bobby’s, son restaurant de quartier, commande un toast avec œuf et des pommes sautées, puis il se rend au studio et commence à travailler sur l’enregistrement. Çà nous allait très bien car son studio, qui est installé au fond de son jardin, se trouve dans un coin vraiment isolé où il n’y a pas grand chose à faire.

Pourquoi avoir voulu placer “Red Moon”, un instrumental sur l’album ?

M.K. : Nous écoutons beaucoup de jazz instrumental, nous trouvons donc naturel de jouer des chansons sans forcément y ajouter des paroles. Pour ce titre, nous nous sommes enfermés à quatre dans le studio et nous avons improvisé. Il en ressort un léger côté jam session.

J.E. : Le titre s’appelle “Red Moon” car il a été enregistré le soir de la lune rouge. C’est un scoop pour toi, nous ne l’avons jamais dit à personne.

Crédit photo : Nina Airtz

Merci à Agnieszka Gérard

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