Wild Thing ou la folle épopée du Rock selon Jérôme de Missolz

15/11/2010, par Luc Taramini | Edito |
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La chose sauvage qui anime le cinéaste Jérôme de Missolz dans son parcours depuis trente ans, c'est le rock. Si bien que le co-auteur du légendaire "You'll Never Walk Alone" (documentaire sur Liverpool tourné en 1992) s'est mis en tête de raconter sa relation personnelle avec cette vieille baderne increvable. Vendredi 12 novembre, avant-première de ce film réalisé en collaboration avec L'Ina et Arte. On sent que ça n'a pas été facile, qu'il a fallu batailler avec les ayants droits, avec les images d'archives, retrouver des gens, les convaincre de témoigner, mais enfin ça y est, le film est prêt. Et Jérôme de Missolz n'est pas peu fier d'avoir réussi son pari. Reste encore à le dévoiler à une horde d'invités impatients. On voyagera ainsi pendant une heure et quarante minutes dans son panthéon personnel qui n'est autre qu'un panthéon assez universel où l'on côtoie les pionniers : Chuck Berry, Jerry Lee Lewis, Les Anglais (Animals, Troggs, Kinks, Rolling Stones, Pretty Things), les psychés (Pink Floyd, Quicksilver, Love, Doors), les freaks (Captain Beefheart, Velvet Underground, Frank Zappa) et toute leur descendance. Relecture passionnée plus que passionnante d'une histoire déjà bien connue où il n'y aura pas de révélations majeures, ni de scoops surprenants. Non, l'intérêt de ce film documentaire est ailleurs. Dans les témoignages des rescapés souvent truculents et lucides sur leur jeunesse dingue. Au rayon des meilleurs clients de ce film, Iggy Pop cabot et Eric Burdon pince-sans-rire. Leurs deux témoignages forment la charnière du récit et apportent un contrepoint souvent amusant. L'autre intérêt, ce sont les images d'archives inédites que le réalisateur a tourné lui-même à partir la fin de des années 70 quand il s'invitait caméra au poing dans les concerts No Wave et les soirées punk parisiennes. A la même époque, ses goûts se radicalisent (rappelons qu'il est alors adepte d'un cinéma expérimental) et le témoignage éclairant de ses rebelles d'alors, les Genesis Breyer P-Orridge, Richard Hell, Lydia Lunch, artistes avant-gardistes et performers n'en est que plus passionnant. Après cette époque bénie, on sent que le réalisateur décroche un peu passant un peu vite sur les années 90 et 2000 (Jeff Buckley, PJ Harvey, Pete Doherty...). Missolz traque les ultimes avatars de son Phoenix incandescent, mais le coeur n'y est plus vraiment. Ses héros d'hier ont vieilli et son horizon à lui s'est élargi (des films documentaires à foison, un intérêt pour les photographes contemporains etc.). Film somme inégale, "Wild Thing" brosse surtout un bel autoportrait de son auteur qui a toujours fonctionné à l'instinct, aux coups de c½ur et à l'énergie des rencontres. Comme tous les artistes morts ou vivants qui viennent de défiler sur sa pellicule, il n'a rien calculé ou si peu.

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