Wire - Wire on the BOX: 1979

13/01/2005, par Mikaël Dion | DVD |
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WIRE - Wire On The BOX: 1979
(Pink Flag archive research)

WIRE - Wire On The BOX: 1979Faut-il encore présenter Wire en 2005 ? Ce groupe, à la descendance aussi disparate qu'avérée, semble condamné au statut paradoxal de "groupe culte". Pourtant, de Blur à Sonic Youth en passant par Clinic ou Massive Attack, on ne compte plus les rejetons putatifs et plus ou moins légitimes de Wire. On retrouve leur ADN jusque dans le "We're all Made of Stars" de Moby ; rappelons enfin la présence du très pop "The 15th" sur le premier album de Fischerspooner, reprise qui, à elle seule, sauvait ce disque de la banqueroute. Bref, il semble que la parution du live qui nous concerne ici (en deux versions, audio et vidéo) arrive à point nommé pour remettre les pendules à l'heure. Filmé en 1979, soit exactement entre "Chairs Missing" et "154", il témoigne de ce qu'était Wire sur scène à l'époque. La première surprise de ce concert (filmé dans le cadre d'une émission de télé allemande), c'est le public, sagement assis et aussi peu enthousiaste que s'il assistait à un épisode de Derrick. Looks incertains, entre le hippie faisandé et l'estudiantin. Lunettes sécurité sociale, moustaches douteuses, de sorte qu'on se dit : "Tiens, c'était ça le public de Wire en 1979 !" (certes, en Allemagne...). Passé l'amusement, on se concentre sur le groupe : Gilbert Lewis, en dépit d'une lointaine ressemblance avec Pete Townshend, s'avère d'un flegme et d'un statisme redoutables ; Graham Lewis, en bon bassiste, joue sobre et efficace ; quant à Robert Gotobed, tendu comme un automate, il tape consciencieusement sur ses fûts, sur le côté de la scène. L'ensemble dégage malgré tout une énergie toute rock'n'rollienne, essentiellement grâce au charisme étrange de Colin Newman. Comme pas mal de new-waveux de l'époque, il arbore un look anonyme d'informaticien : cheveux courts, chemise blanche et cravate rayée. Mais, à lui seul, il exprime toute la colère rentrée de Wire, dont la musique est faite d'une tension souveraine, jamais totalement libérée. Soigneusement polies sur disques, les chansons retrouvent ici une brutalité et une sécheresse bienvenues. A son meilleur ("A Question of Degree", "Two People in a Room"), le rock de Wire a les nerfs en pelote, au bord de l'explosion. Celle-ci ne se produit toutefois qu'à de rares exceptions ("Former Airline"). Le reste du temps, la tension s'épanouit en refrains clairs ("French Film Blurred"), avant de s'épuiser d'elle-même ou de s'interrompre brutalement. Tout ici est sobre à l'extrême, jusqu'aux débordements de Newman. S'il a quelque chose d'indéniablement punk dans l'attitude, on reste loin de la pantomime grimaçante d'un Johnny Rotten. Au fur et à mesure que le concert avance, sans transpirer beaucoup, il se convulse, hoquette, hurle parfois, tout en gardant la straight attitude qu'on lui connaît.
Pour l'urgence de sa musique, ce sens de la tension qui la caractérise, on pourrait rapprocher Wire du Buzzcocks terminal de "I Believe". Aucune commune mesure cependant entre la raideur de Colin Newman, sa distance hautaine, et le romantisme échevelé d'un Pete Shelley. Quant aux textes, ils ont plutôt la gratuité insolente de ceux de Pere Ubu, leur force esthétique également.
Au fil de ce concert, quelques moments forts se détachent, tel ce "Touching Display", faux-plat qui n'est pas sans évoquer les morceaux de Sonic Youth interprétés par Lee Ranaldo ; sur "Heartbeat", le chanteur, par ses déhanchements, rappelle Ian Curtis, tandis que la section rythmique mime à la perfection la pulsation cardiaque évoquée. "Pink Flag", toute en tension martiale et minimaliste, clôt admirablement le set.
Que dire ? Comme peu de leurs contemporains (ajoutons Cure), les quatre de Wire ont su proposer, en cette ère post-punk, une musique à la fois réfléchie et frontale, esthétique et d'une redoutable efficacité. C'est ce dont témoigne à sa manière ce document unique et passionnant, qui ne manquera pas de combler tout fan de Wire.

Mikaël

Introduction
Another the Letter
The 15h
Practice Makes Perfect
Two People in a Room
I Feel Mysterious Today
Being Sucked in Again
Once is Enough
Blessed State
A Question of Degree
Single KO
Mercy
40 Versions
Former Airline
A Touching Display
French Film Blurred
Men 2nd
Map Ref. 41°N 93°W
Heartbeat
Pink Flag


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