Yeti Lane - Interview

21/08/2012, par Béatrice Lajous | Interviews |
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Peu de temps après leur passage sur scène, je retrouve Ben Pleng et Charlie B, connus sous le nom de Yeti Lane. Cette année aura constitué un tournant important pour leur projet. L’occasion de revenir sur leur dernier album, l’ouverture de leur univers musical, et de pointer du doigt leur approche esthète et décontractée. 

 

"The Echo Snow" est sorti en mars dernier, après deux ans passés en studio. Vous voilà maintenant en tournée. Comment a été reçu l’album ? Est-ce que vous avez pu prendre déjà un peu de recul par rapport à tout ça ? 

BP : Il est sorti au mois de mars. On a fait pas mal de dates, on est assez contents. Il y a eu un bon accueil du disque. On a eu l’occasion d’aller en Angleterre quelquefois. Là, on a deux-trois festivals, c’est super sympa ! On est aussi partis faire quelques dates avec les Brian Jonestown Massacre, qui était une bonne expérience pour nous. Cela faisait longtemps que l’on n’avait pas écouté leur musique et c’était vraiment une bonne surprise. On s’amuse bien, vraiment. 

CB : Les choses se sont plutôt bien goupillées cette fois-ci. C’est un peu ce qu’on espérait. Réussir à tourner en France et à l’étranger. Faire des beaux concerts, des beaux plateaux, des festivals d’été, comme disait Ben. 

Yeti Lane Live

Alors votre passage à la Route du Rock ? Une ambiance bien différente ? 

BP : J’ai passé un très bon moment ce soir aussi. C’était relativement différent. Hier, on a fait l’ouverture de la Route du Rock sur la petite scène annexe. C’était autre chose. Il y avait pas mal de monde, on a aussi essuyé pas mal de problèmes techniques. Il faisait vraiment super beau. C’est sympa de jouer en festival. Toute l’année, on fait des concerts dans les salles. Le plein air change tout. 

Comment ressentez-vous le studio et le live ? Préférez-vous l’une des deux approches ?

BP : C’est un tout, on adore vraiment les deux. On est aussi excités à l’idée de faire du live que d’être en studio. L’approche n’est pas la même, on joue différemment.

CB : En studio, on peut vraiment travailler sur le son, faire une recherche, bosser plus les détails. En live, on est vraiment sur l’instant.

BP : Le son est travaillé sur scène, mais d’un autre point de vue. J’ai l’impression que c’est plus sonique.

CB : Plus sonique, plus spontané, plus direct. Il y a aussi ses défauts.

Avec un peu plus d’improvisation ?

BP: Les morceaux sont un peu figés. Mais on a quelques moments où on sait que l’on peut s’évader. On s’autorise à improviser.

CB : On se regarde pas mal quand on joue, quand on passe d’une partie à une autre. Les morceaux sont déjà structurés. Si on sent bien un moment, cela reste ouvert de l’étirer, de rester dessus ou alors d’accélérer.

Il s’agissait bien d'une reprise d'un morceau de Neil Young ?

BP : Il s’agit de "Barstool Blues", qui est sur l’album Zuma. On est très très fans de Neil Young depuis longtemps. On a enregistré ce morceau pour les Popin Records. Ce sera la face B de ce disque. On espère qu’il sortira à l’automne.

CB : Octobre ou novembre. Cela dépend du planning et des projets en cours, rien n’est trop défini. C’est marrant, c’est un morceau que l’on a enregistré il y a deux-trois semaines. On avait envie de l’essayer sur scène, il s’agit bien d’une première. 

Pouvez-vous m’en dire plus sur le label Clapping Music ? 

BP : C’est un label français, basé à Paris et tenu par Julien Rohel. C’est le deuxième album qu’on sort chez eux. Avec un maxi aussi. C’est un label indépendant, tenu par une personne, fait de petites mains avec beaucoup de bons groupes, divers et variés. C’est vraiment agréable de travailler avec lui. C’est quelqu’un qui en veut. Il se dévoue vraiment à la musique indépendante. C’est un terme un peu large… On se côtoie. Il y a Egyptology qui a sorti un disque récemment. Ils passent d’ailleurs à la Route du Rock. On fait quelques concerts et quelques remixes à l’occasion d’une date parisienne.

CB : Cela fait trois ans que l’on a rencontré Julien et que l’on fait connaissance avec la bande, le noyau dur. Ils se connaissent, comme Ben et moi, depuis l’adolescence. Cela nous a permis de travailler avec Raphaël, qui est notre ingé son de concert, qui est aussi musicien-artiste sur le label. On a également collaboré avec KingQ4, qui fait de la musique électronique et de la vidéo. Ils ont réalisé la vidéo pour "Warning Sensations".

BP : Ils font de la vidéo, mais on le retrouve également dans J&Y, duo basse-batterie, que je recommande.

CB : Il y a aussi Centenaire, avec qui on s’entend super bien. Il y a un véritable état d’esprit. Cela va dans différentes directions au niveau des styles musicaux. Mais il y aussi ce côté un peu militant. Julien s’investit vraiment à fond et refuse de gagner de l’argent avec son label. Par contre, il essaye de sortir un maximum de beaux projets, des disques en vinyle, des K7, des formats un peu différents.

Est-ce que vous arrivez aujourd’hui à situer votre style musical ? 

BP : Il y a beaucoup d’influences. Je ne sais pas si on pourrait se réclamer d’un style précis. Mais c’est la rencontre de la musique électronique, ancienne comme récente ; du rock psyché, planant ; de la pure pop. Yeti Lane, c’est la rencontre de tout ça. On est attirés par les choses ambiantes, noisy, en essayant de garder un esprit chanson, sans s’enfermer dans un format couplet-refrain. Un peu shoegaze.

Et comment définiriez-vous le terme « space-rock » ?

CB : Le space-rock englobe pas mal de choses de la musique électronique krautrock allemande, cosmique des années 70. On aime beaucoup ça. C’est toujours difficile de définir sa musique, on écoute vraiment beaucoup de choses. On a pas mal d’influences, Ben et moi. On a essayé de se rapprocher de l’essentiel, sans se dire qu’on devait tendre vers un style précis pour cet album. 

Des coups de cœur récents en musique ?

BP : Un groupe que l’on aime bien tous les deux en ce moment, c'est A Place To Bury Strangers. C’est une musique dark, The Jesus & Mary Chain remis au goût du jour, plus moderne.

CB : J’ai un coup de cœur depuis plus d’un an pour un label qui s’appelle Spectrum Spools. C’est un sous-label de Mego Editions, qui propose de la musique un peu plus pointue à base de synthétiseurs. Cela faisait longtemps que je n’avais pas trouvé un label où chaque sortie est super excitante. J’attends avec impatience chaque nouvel album. J’écoute énormément de musique et j’essaye de me tenir un maximum au courant de ce qui se fait.

BP : Je perds un peu le fil. Je me réécoute en ce moment à peu près toute la discographie des Rolling Stones. Je suis plongé dans la biographie de Keith Richards.

Sur scène, comment appellerais-tu ou décrirais-tu ces étranges machines situées sur ta gauche ?

CB : On peut appeler ça une valise. C’est un assemblage de plein de choses. Il y a des synthétiseurs, des effets, un ordinateur, des télécommandes, une table de mixage.  Cela ne ressemble pas grand-chose. Tout tient avec du scotch, du gaffer, du double-face... C’est un peu artisanal. On aime bien bosser avec plein de synthétiseurs. Le problème du live, des tournées, s’est posé. Cela reste la solution la plus pratique. Savoir tout mettre dans un truc, câblé. 

Vous avez aussi peut-être du mal à vous séparer de certains instruments ?

BP : On est un peu geek sur ce côté-là. On a beaucoup de vieux matos. Que ce soient sur les guitares, les batteries, les amplis, les synthétiseurs. On accumule pas mal d’instruments depuis 10-15 ans. On a du mal à s’en séparer, mais généralement c’est plutôt eux qui se séparent de nous. Ils tombent en panne, cela arrive souvent. 

Est-ce que vous pouvez m’en dire un peu plus sur vos clips ? Votre musique amène forcément vers un imaginaire purement visuel. 

BP : On essaye de travailler avec des gens qui ont un univers intéressant, propre à eux et qui pourraient coller avec nous. Le premier clip qu’on a fait sur le morceau "Analog Wheel" a été réalisé le Simon  Gesrel. Il est incroyable. Il travaille beaucoup les maquettes, l’animation image par image. Il a aussi réalisé un clip de Zombie Zombie, reprenant "The Thing" de Carpenter. Il est vraiment super doué.

CB : Pour le deuxième clip, on a travaillé avec un réalisateur qui s’appelle Damien Oliveres. On avait des idées en tête. On voulait essayer de faire un truc très photographique, dans l’esprit de la pochette du disque. En noir et blanc, sobre et dépouillé. Il a enrichi tout ça avec ses idées. On a tourné pour la première fois sur un vrai plateau. C’était marrant, avec une vraie équipe, traditionnelle. Pour le troisième clip, c’était l’opposé. On en a parlé à KingQ4. Le lendemain, il nous a envoyé quelque chose.

BP : On s’est filmés nous-mêmes dans un local de répétition.

CB : Avec l’iPhone. Le lendemain, on avait le clip avec les images intégrées. Pour le coup, c’était la simplicité, la spontanéité. Cela s’est fait sur trois jours. 

J’ai lu que vous n’aviez pas utilisé l’ensemble des morceaux enregistrés en studio. Vous les gardez pour la suite ?

CB : On a un petit scoop !

BP : On a quelques inédits. On a pas tout mis sur le disque. Cela aurait trop long, peut-être moins bon. Mais on a quelques morceaux qui nous restent de la session d’enregistrement. On va essayer de ressortir l’album à la rentrée, avec un CD Bonus regroupant justement ces inédits et plus.

CB : C’est une idée qui a été proposée par Clapping. Pourquoi pas pour la rentrée, pour accompagner les concerts, proposer une édition spéciale de l’album avec des morceaux en plus. On est en train d’écouter ce que l’on pourrait mettre sur ce disque bonus, ce qui est bien, pas bien. C’est un peu la grande concertation.

Vous poursuivez donc sur quelques dates ?

BP : On part au Brésil en septembre, ça, c’est la bonne surprise.

CB : Et en Angleterre pour le festival End of the Road.

BP : Et en octobre, on sera de retour en France et en Suisse. On va essayer de faire vivre l’album, tant que les gens en veulent. Et on se remettra sur un autre, comme d’hab.

Merci à vous deux, sans oublier Romain et Xavier. 

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