Biographie


En attendant une vraie biographie de Portishead, voici une critique de leur dernier album forte intéressante :
En 1994, dans la foulée de Dummy, accessoirement le meilleur disque de la décennie, Geoff Barrow avait promis un nouvel album tous les ans jusqu'en 2004. Il n'en fut rien. Paralysé par un succès aussi considérable qu'imprévu, et comme bien d'autres avant lui, le jeune génie ne put rien présenter au public pendant trois ans. Mais enfin, en 1997, le successeur de Dummy sort. Et il supporte facilement la comparaison. Certes, Portishead (le disque) n'est pas supérieur à son illustre prédécesseur ; nous n'aurions plus qu'à nous précipiter vers l'autel de l'église la plus proche et de nous étendre devant, les bras en croix. Mais ce nouvel album prouve que Portishead ne sera pas comme tant d'autres le groupe d'un seul chef-d'oeuvre. Sur ce nouveau disque, il a évité le piège du changement de cap, tout autant que celui de la copie carbone. Portishead, en effet, ressemble à un Dummy un brin plus aigre et colèrique, moins marquant peut-être, mais tout aussi touchant. Brut et Direct Le côté plus brut et plus direct de Portishead (l'album) s'affirme dès le premier morceau, "cowboys", aussi premier single, sorti en juillet en édition limitée. La désormais habituelle complainte de Beth Gibbons s'y mue presque en cri, et les beats et les scratches de Geoff Barrow s'y affirment particulièrement redoutables. Trompettes de grand orchestre pour "all mine", nouveau morceau enlevé, emporté, nouvelle rythmique opressante, avec une fin toute en guitare. Sur "undenied", c'est un piano qui prend le relai. On retrouve cette fois, pour de bon, la voix fragile et proche de l'extinction qui hantait Dummy. "Half day closing" est la première véritable nouveauté de l'album : basse manaçante, voix triturée, batterie qui n'a pas grand chose de Hip-Hop, guitare de Rock lent... Pour cette fois, Portishead prend des risques, et touche en plein dans le mille. James Bond Portishead continue ses menées menaçantes sur "over", où le Hip-Hop le plus lent et le plus noir reprend ses droits, tout juste accompagné d'une guitare minimale, et transcendé par la voix de Beth Gibbons. Mais ce n'est rien par rapport à "humming", qui l'air de rien, avec son intro à la James Bond, et du long de six minutes de tristesse, s'impose comme le chef d'oeuvre, le "roads" ou le "unfinished sympathy" de cet album, s'il doit en avoir un... Sur "mourning air", une nouvelle fois, on croit se retrouver sur Dummy, tant les ingrédients et la recette sont ici les mêmes. Personne, cependant, ne songerait à s'en plaindre. "Seven months", deuxième single issu de l'album, est plus offensif et plus speed (tout est relatif). On sentirait presque de l'ironie percer sous la candeur de Beth Gibbons. Only You Only you n'a rien à voir avec les roucoulades des Platters. Au contraire, ce sont les excellents Pharcyde qui font un détour ici, par le biais d'un sample particulièrement malmené. Geoff Barrow avait prévenu, seul un certain Hip-Hop de qualité l'intéresse dans les musiques d'aujourd'hui. Le chant de Beth Gibbons n'a pourtant rien d'une déflagration verbale rap. "Elysium" dénote du reste de l'album. Ne voulant pas être en reste du British Hip-Hop (pas forcément Brit Hop) en vigueur cette année, Geoff Barrow livre ici le morceau le plus implaccable qu'il n'ait jamais produit. Intro et gimmick wu-tangiens, guitare criarde : le titre de l'album préféré de la presse anglaise. Mais il revient aussitôt à un exercice easy-jazz plus conventionnel sur "western eyes" que Sean Atkins, par sample interposé, vient clore. Conventionnel ? Il y a encore trois ans, cette musique était révolutionnaire...