Brian Eno - The Drop, Nerve Net, Music for Films III, Roger Eno

04/10/2005, par Frédéric Antona | Albums en bref |
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BRIAN ENO - Rééditions
(Ryko / Naïve) [Site]

Chroniquer des disques de Brian Eno n'est pas chose aisée. C'est le genre de truc qu'on fait à pas de loup, et ce, pour deux raisons essentielles : la musique de l'ancien sonorisateur de Roxy Music ne se laisse pas facilement approcher, et ne rentre pas dans les structures pop classiques. Ses techniques de composition (appelées "stratégies obliques", basées sur des distributions de cartes, le triomphe de l'aléatoire pas si aléatoire) laissent parfois perplexes. Mais la seconde raison reste la principale : Eno est responsable à lui seul de tout un pan de la musique actuelle, de l'ambient à la techno, en passant par la musique concrète ou la pop à pleurer telle que je l'aime. Un type qui a permis la création de chefs d'œuvres absolus comme "Low" ou "Heroes" de Bowie, qui a collaboré avec des artistes aussi essentiels que John Cale, Robert Wyatt, Kevin Ayers, ou Bryan Ferry, pour la création de disques constituant les piliers de notre éducation musicale... comment arriver à une quelconque objectivité ? C'est comme si on m'avait confié un inédit de Syd Barrett à chroniquer...

BRIAN ENO - The DropBRIAN ENO - The Drop

De son univers parallèle, Eno nous a fait parvenir une production pléthorique, dont la firme Ryko réédite certains des albums conçus au début des années 90, parallèlement à la sortie de son nouvel album "Another Day on Earth". Sur "The drop", on renoue avec les longues plages expérimentales et instrumentales qui marquaient les faces B des album berlinois de Bowie, voire "Before and after Science" de 1977, pour des instants d'une mélancolie infinie, une atmosphère totalement hors du temps. La part belle est ici faite à la musique instrumentale, Eno ne se saisissant que très rarement du micro. Des sons distordus, épars, accords de piano fantomatiques, pffffouu... Je ne conseille à personne de prendre des substances illicites à l'écoute de "The drop", l'ambiance est assez étrange pour ça...


BRIAN ENO - Nerve NetBRIAN ENO - Nerve Net

Le "Nerve Net" rentre davantage dans le cadre d'un disque pop "classique", l'idée de chanson y est davantage présente. L'album original de 1992 est ici enrichi par 4 inédits (principalement des remix des morceaux de l'album). Comme toujours avec Eno, la dimension visuelle de la musique est indéniable, et on se retrouve ici dans un univers post-apocalyptique, façon "Blade Runner" ou "Mad Max"... Chacun de ses albums constitue une musique de film potentielle...


BRIAN ENO - Music for Films IIIBRIAN ENO - Music for Films III

Une des grandes spécialités de Brian Eno tient à sa création d'univers sonores. Je me souviens avec émotion des "Music for Airports", suggérant des mondes aseptisés, infiniment tristes et désabusés. Eno remet ça avec un de ses albums thématiques, "Music for Films III", dans lequel il partage la composition avec des pointures telles que John Paul Jones, Harold Budd, ou Daniel Lanois. Ici encore, on se trouve dans un univers parallèle, musique instrumentale et onirique, il est néanmoins parfois difficile de savourer pleinement ces morceaux, certains d'entre eux se révélant parfois particulièrement inapprochables à la fois par son ésotérisme et la faculté d'Eno à suggérer à la fois le confort et le danger. Il ne se trouve qu'Erik Satie pour transmettre à ce point des émotions contradictoires au sein d'un seul et même morceau. ‘Music for Films III' est notable également par la présence sur un même disque de Brian Eno, et de son frère, Roger, dont Ryko publie cet été le deuxième album, "Between Tides".

ROGER ENO - Between TidesROGER ENO - Between Tides

Dire que je suis tout à fait objectif lorsque je chronique un disque de Roger Eno serait une hypocrisie, la comparaison avec son frère est inévitable, d'autant que les deux frères opèrent dans un registre similaire, en l'occurrence une musique principalement instrumentale et post-moderne. Il convient néanmoins d'affirmer que la musique de Roger Eno est plus accessible que celle de Brian, davantage proche d'une musique de film "classique" que d'un album comme "Fear" de John Cale, ou "Ceremony" de Pierre Henry et Spooky Tooth. La mélancolie présente sur ce disque ne nous fait jamais basculer dans la peur, l'angoisse, que peuvent parfois susciter les disques de Brian Eno, piliers d'un monde post moderne, informatisé et terriblement déshumanisé. Il reste néanmoins un disque tout à fait honorable, notamment du fait de la présence du sublime morceau "Fields of Gold".

Ces quatre disques de la famille Eno constituent donc une bande-son idéale pour les soirées passées à dévorer les livres déjantés de Maurice G. Dantec, comme "Les racines du mal" ou "Villa Vortex". Terriblement lucide, en fait.

Frédéric Antona


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